Tissons la solidarité : de la fripe à la haute couture

Publié le 08/10/2014
France
Tissons la solidarité : de la fripe à la haute couture
 

Chaque année, les Français jettent 700 000 tonnes de vêtements dont seuls 15 % sont collectés et triés. « Dès les années 90, explique Dominique Macquart, président de Tissons la solidarité (TLS), le Secours Catholique réfléchissait pour transformer ses vestiaires (lieux de collecte, de tri et de redistribution) en chantiers d’insertion. »

Créé en 2004 par le Secours Catholique, TLS pilote aujourd’hui un réseau de 75 structures (ateliers, chantiers et entreprises d’insertion) qui emploient 312 salariés permanents et près de 2 000 personnes sous contrat d’insertion de dix-huit mois. Ces personnes sont à 83 % des femmes.

« En 2006, quand je suis arrivée à TLS, se souvient Caroline Portes, sa directrice, il y avait une trentaine de structures assez éloignées de l’économie classique. » TLS n’a eu de cesse de s’en rapprocher. Les personnes en contrat d’insertion, recrutées par le biais de Pôle emploi, sont automatiquement formées à une plus grande expertise de leur métier.

En 2008, Caroline Portes se tourne vers les maisons de couture. Certains grands noms acceptent, en tant que mécènes d’entreprise, de former à la vente ou de confier aux ateliers de TLS la confection de pièces de leurs collections. La haute couture française étant l’un des rares secteurs à faire appel au “made in France”, c’est au niveau de l’excellence que sont invités à se hisser les salariés en insertion. Cette formation facilite le retour à l’emploi : 31 % d’entre eux (au lieu de 23 % en moyenne nationale) signent un contrat d’embauche à l’issue de leur période d’insertion.

Vêtements haut de gamme

Rien n’est laissé au hasard. Tout, depuis la collecte des vêtements jusqu’à la mise en vente, est séquencé pour améliorer chaque étape : collecte, tri, lavage, repassage sous l’œil aiguisé de professionnels. Les boutiques sont dessinées par des spécialistes : les tons, la disposition des meubles et des mannequins, de la vitrine à l’arrière-boutique, sont étudiés. Jusqu’à l’accueil et au professionnalisme des vendeurs. Et ça marche. Les Parisiens ont pu vérifier le succès de la boutique Bis, située boulevard du Temple. Le magasin ne désemplit pas et, après deux ans d’activité, il est question d’agrandir son espace de vente.

En 2010, TLS lance sa propre griffe. Parrainée par le styliste Christian Lacroix, TLS propose deux collections (été-hiver) par an. Ces vêtements uniques, haut de gamme, réalisés à partir de vêtements de seconde main, sont en vente dans une quinzaine de boutiques à travers la France.

Mais pour Caroline Portes, la réussite de TLS se situe sur le plan humain : « Les femmes sont fières d’appartenir à cette filière. Leur travail y est valorisé. Leur talent y est reconnu et il sert à des réalisations prestigieuses. Elles ont été victimes de la délocalisation des entreprises textiles et de la crise économique. Elles n’en sont pas responsables mais elles en souffrent. Nous les aidons à retrouver un emploi digne d’elles. »

Jacques Duffaut
Crédit photo : © Sébastien Le Clezio / Secours Catholique-Caritas France
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