Tous bâtisseurs de fraternité

Publié le 07/05/2013
 

Depuis trois ans, la démarche Diaconia invite les catholiques à “servir la fraternité”, en s’engageant dans la charité et en redonnant une place aux démunis sur les bancs des églises. Cette prise en compte des plus faibles dans l’Église pourrait contribuer à faire évoluer le regard que leur porte la société civile.

« Éveiller ou réveiller, allumer ou rallumer, chez les fidèles (et chez ceux qui ne nous paraissent pas fidèles) cette charité qui est la vraie religion. » En 1948, Jean Rodhain définissait ainsi son ambition pour le Secours Catholique.

La démarche Diaconia, mise en œuvre par les évêques de France en 2010, rejoint cette exigence. Elle mobilise depuis trois ans les associations caritatives catholiques, les diocèses, les communautés religieuses et autres acteurs ecclésiaux avec pour objectif cette « charité, vraie religion » chère au cœur de Jean Rodhain.

« Faire bouger les lignes »

La démarche s’est donné comme thème “servir la fraternité”. Un projet vaste : « La fraternité n’advient qu’avec le dérangement que provoque l’autre, la blessure qu’il inflige à mon autarcie quand, au travers de sa différence parfois traumatisante, je découvre en lui mon semblable, mon frère en humanité », souligne le théologien Robert Scholtus, prêtre à Metz (1).

Les tables ouvertes paroissiales ont incarné cette définition. Leur objectif : inviter à un repas festif à la paroisse ceux que l’on ne voit pas le dimanche à la messe, les personnes âgées, les voisins esseulés, les gens de la rue que l’on croise sans s’arrêter… À Créteil, Mgr Michel Santier avait appelé chaque paroisse à organiser une de ces tables ouvertes, le 2 décembre dernier.

« Nous voulions faire bouger les lignes pour que les paroissiens portent un regard différent sur les personnes en situation de précarité », explique Marc Potelon, délégué local du Secours Catholique et membre du conseil de solidarité diocésain. Le résultat a dépassé les attentes : sur 80 paroisses, plus de 40 tables ouvertes paroissiales ont eu lieu. « Beaucoup de paroissiens nous ont ensuite confié qu’au début, ils avaient peur de venir à la table ouverte, ils craignaient ces personnes qui sont sales et qu’ils ne connaissent pas, se souvient-il. Et ils ajoutaient tous : “J’ai discuté avec eux et finalement, ils sont comme moi”. »

Les promesses de Dieu

Mais à la messe, dans la liturgie, dans les groupes de prière… les plus pauvres sont-ils accueillis comme des frères ? « Si la Bible et la tradition de l’Église accordent une grande place aux plus pauvres dans une dynamique diaconale, il reste un déficit quant à leur rôle dans la mission ecclésiale », observe Gwennola Rimbaut, enseignante à la faculté de théologie d’Angers (2).

Pour Isabelle Grellier, professeur de théologie pratique à la faculté de théologie protestante de Strasbourg (2), l’inclusion des personnes en situation de pauvreté est un défi fondamental : « Les fragiles, les humiliés, les exclus devraient être particulièrement à l’honneur [dans l’Église], eux qui renvoient à l’expérience de Jésus de Nazareth, eux qui ont tant à apprendre à ceux qui croient pouvoir s’appuyer sur leurs richesses. »

Pour Gwennola Rimbaut, « rejetées par tous, exclues de la plupart des groupes sociaux, les personnes en situation de précarité entendent que Dieu leur promet un avenir, quels que soient leurs itinéraires chaotiques. Pour elles, la Parole de Dieu affirme leur dignité même si elle est déniée par tant de regards extérieurs ».

Groupes de partage d’Évangile

C’est pourquoi de nombreux groupes de partage d’Évangile avec des personnes en situation de pauvreté existent. Ils sont aujourd’hui rassemblés au sein du réseau Saint-Laurent et participent activement à la démarche Diaconia. Certains de leurs membres ont même été invités à constituer une commission officielle de Diaconia appelée “Place et paroles des pauvres”.

L’enjeu est ensuite que cette richesse spirituelle s’inscrive dans les communautés paroissiales. Pas au premier rang, mais au milieu des fidèles, comme des catholiques à part entière. L’Église enverrait alors un message prophétique : la fin de l’exclusion des plus pauvres en son sein sera un signe pour la société civile.

(1) Dans “La mystique du service, un autre regard sur la diaconie”, Christus, n°237, janvier 2013.

(2) Dans “Diaconie et Parole”, Cahiers de l’Atelier, n°530, juillet-septembre 2011.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © D. Metra/Secours Catholique
Procession de Lourdes
Plus d'informations
Spiritualité
# sur le même thème