Traite des êtres humains : les jeunes de l’Église catholique mobilisés

Publié le 17/11/2014
Rome
 

L’Académie pontificale des sciences du Vatican a organisé les 15 et 16 novembre, un symposium sur “Les jeunes engagés contre la prostitution et la traite des êtres humains”. À cette occasion, une soixantaine de jeunes mobilisés sur la question, dont une bénévole du Secours Catholique-Caritas France et des représentants de nombreuses Caritas, ont échangé à Rome sur les réalités de leur pays.

« Nous étions tous de nationalités différentes et pourtant, c’était marquant de constater, lors de ce symposium organisé par l’Académie pontificale des sciences du Vatican ces 15 et 16 novembre, que pays en développement ou pas, quel que soit notre continent, nous étions tous face à une même réalité du trafic des êtres humains », explique Constance Mazard, bénévole sur ce thème au Secours Catholique-Caritas France. Une dure réalité : environ 21 millions de personnes sont concernées à travers le monde. Partout, des hommes, des femmes, des enfants sont trompés, vendus, soumis à des conditions d’esclavage sous diverses formes et dans divers secteurs, tels que l’agriculture, le service domestique, la prostitution, la pornographie, le tourisme sexuel, les mariages serviles, le trafic d’organes.

C’est pourquoi, depuis deux ans, l’Académie pontificale des sciences du Vatican organise des rencontres sur le sujet : l’an dernier, elle avait rassemblé lors d’un séminaire de nombreux acteurs de la lutte contre le trafic humain et lancé un appel à combattre ce fléau.

« Certains semblaient lycéens »

Pour cette rencontre proposée en partenariat avec les associations Global freedom network et Vinculos en red et dédiée à l’engagement des jeunes, les participants ont pu entendre les témoignages de nombreux survivants. « Plus de la moitié des intervenants ont partagé leur histoire, précise Constance Mazard. C’était des personnes qui, suite à un kidnapping, une prostitution forcée, des menaces de ou sur leur famille, ont été victimes de la traite et en sont sortis. Soutenus par une ONG, ils sont venus la représenter pour expliquer l’importance de son travail. Nous avons vécu des moments forts en émotion. »

La jeune fille a été particulièrement touchée par les “très jeunes”. « Certains semblaient lycéens mais avaient un discours très précis, très sérieux sur les rouages du trafic humain et notamment sur la prostitution forcée. Souvent, ils avaient été confrontés à la question dès l’age de 12 ans... »

L’écho a été d’autant plus fort pour Constance Mazard qu’elle suit, depuis deux mois, le travail de plaidoyer du Secours Catholique sur les mineurs étrangers isolés et leur vulnérabilité. « Ce symposium, en continuité avec mon engagement dans l’association, a changé ma façon d’envisager mon propre avenir : juriste, j’ai découvert l’importance du combat pour les droits de l’homme. Mettre un visage, une histoire sur l’idée abstraite qu’est le trafic d’êtres humains a renforcé mon implication dans la lutte. »

Le pape François est venu soutenir cet engagement. « Il nous a remerciés et surtout, nous a encouragés », témoigne Constance Mazard, touchée qu’il ait passé un long moment avec eux.

L’Église engagée auprès des victimes de la traite des êtres humains

L’Église catholique s’investit depuis longtemps pour lutter contre la traite des êtres humains, de façon très concrète et assez peu connue. « Les congrégations religieuses ont beaucoup de lieux d’accueil où elles reçoivent des personnes victimes des traites, souligne Geneviève Colas, responsable de plaidoyer sur le sujet au Secours Catholique. Elles sont aujourd’hui très au fait de leurs situations car elles les accueillent, les hébergent et les accompagnent. Avec discrétion mais avec efficacité : elles constituent un réseau international très fort. Celui-ci a pris une forme plus officielle quand il est devenu le réseau Renate (Religious in Europe Networking against trafficking and exploitation), membre de Coatnet, coordonné par Caritas Internationalis. »

Le Secours Catholique est lui aussi en première ligne à travers son implication dans le collectif Ensemble contre la traite des êtres humains, coordonné par Geneviève Colas.

 

Sophie Lebrun
G.© C. Marino/Global Freedom Network
Homme levant les bras
Plus d'informations
Droits humains
# sur le même thème