Trêve hivernale : l’impasse de la politique du thermomètre

Publié le 17/03/2014
France
 

La Loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (Alur), adoptée le 20 février dernier, a rétabli la trêve hivernale pour tous, y compris les occupants de bidonvilles et de squats*. Une première étape importante pour le Secours Catholique, mais pas suffisante : la fin de la trêve hivernale est toujours synonyme de retour à la rue pour beaucoup.

Cécile Duflot a annoncé le 12 mars que la trêve hivernale des expulsions locatives, qui devait s’achever le 15 mars, serait prolongée jusqu’au 31 mars prochain. Une annonce qui ne fait que retarder l’échéance pour des centaines de familles. « La situation est assez alarmante, explique Nathalie Rouxel, responsable du pôle Grande exclusion-Logement-Migrants à la délégation du Secours Catholique de Paris. Plusieurs dossiers sont en attentes en mairies et dans les commissariats. » En effet, beaucoup de foyers n’ont plus les moyens de payer leur loyer, à cause de la crise et des exigences toujours plus importantes demandées dans le parc locatif privé.

Le pire pour Nathalie Rouxel, ce sont « ces familles en attente de reconnaissance priorité Dalo qui seront expulsés, parfois quelques jours avant la décision ». Pour eux, la semaine dernière, le Secours Catholique réclamait entre autres la création d’un comité d’urgence pour faire appliquer la loi Dalo.

L’hébergement d’urgence, l’autre point noir

L’autre inquiétude concerne la fermeture des centres d’hébergement d’urgence. Déjà saturés durant l’hiver, ces derniers vont remettre à la rue des personnes fragilisées, anéantissant le travail d’accompagnement commencé. Une situation inacceptable pour Nathalie Rouxel : « Il y a cette image de la petite marchande d’allumettes qui entraîne les bons sentiments des gens durant l’hiver et pousse les pouvoirs publics à agir à cette période. Pourtant il y a autant de morts dans la rue en été qu’en hiver. »

Mais en cette période pré-électorale, il est difficile de faire bouger les lignes selon Paul Carrière, référent logement à la délégation du Rhône : « À Lyon par exemple, le maire ne veut pas s’impliquer dans la question du logement d’urgence. Car on touche ici à des publics soit en très grande exclusion, soit très marqués ethniquement parlant, comme les Roms. » Actuellement, près de 3 500 personnes sont à la rue à Lyon, et le chiffre risque de gonfler dans les prochaines semaines.

Une promesse non tenue

« Ce n’est même pas une question de moyen, continue Paul Carrière, nous réclamons juste de la rationalité et un peu de volonté politique. » Le Secours Catholique demande surtout la fin de la politique du thermomètre, qui vise à se préoccuper des personnes sans domicile en urgence, quand la température baisse. « Cette gestion est une aberration, il faudrait lisser ça sur toute l’année afin d’accompagner les gens sur la durée, et trouver avec eux des solutions. Cela coûterait moins cher, et serait plus efficace » pour Nathalie Rouxel.

Elle cite l’exemple de cet homme sans-abri, logé durant l’hiver dans un centre d’hébergement d’urgence : « Il avait repris espoir, mais finalement malgré les démarches et l’investissement énorme des services sociaux et des bénévoles du Secours Catholique pendant cette période, rien n’a abouti. Dans 15 jours il sera de nouveau à la rue. Aujourd’hui il est retombé encore plus bas qu’au moment où on l’avait accueilli. Il a resombré dans l’alcool et n’y croit plus... »

Pourtant, en décembre 2012, lors de la Conférence nationale contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, Jean-Marc Ayrault avait promis que le thermomètre ne dirigerait pas la politique du gouvernement. Un an et demi après, c’est toujours le cas.

* Ceux qui sont des “occupants entrés dans des lieux [bâtiments ou logements vacants] par voie de fait[c’est à dire par effraction]” constatée ne bénéficient pas de la trêve hivernale.

Gautier Demouveaux
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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