Vacances solidaires : main dans la main dans les gorges de l’Aveyron

Publié le 01/07/2014
Tarn-et-Garonne
Vacances solidaires : main dans la main dans les gorges de l’Aveyron
 

L’été dernier, ils n’ont pas pu prendre de vacances, soit parce qu’ils n’en avaient pas les moyens, soit parce qu’ils étaient seuls. Alors, en septembre 2013, pour casser un peu leur quotidien, le Secours Catholique leur a fait découvrir les régions arrosées par l’Aveyron. Au programme : visite d’une chapellerie à Caussade, des châteaux de Bruniquel et de la cité épiscopale d’Albi.

C’est d’une oreille très attentive que le groupe de Valence d’Agen (Tarn-et-Garonne) écoute les explications de la guide des châteaux de Bruniquel, situés sur un promontoire dominant les gorges de l’Aveyron. Le petit groupe suit la guide sans sourciller à travers l’escalier en colimaçon qui mène jusqu’au donjon. « Il n’y a pas d’ascenseur ? », s’exclame alors Paulette, faisant éclater de rire tous ses camarades. Il est certain que pour la bonne humeur, ils peuvent compter sur cette bénévole de 73 ans, l’une des plus anciennes du Secours Catholique de Valence d’Agen, toujours pleine d’énergie.

La particularité de ce groupe de convivialité : il est formé d’autant de bénévoles que de personnes accueillies par l’association. La plupart se sont rencontrés lors des « lundis en couleurs », un rendez-vous qui les réunit au Secours Catholique chaque lundi après-midi de l’année autour d’une activité (peinture, couture, patchwork…).

Et en vacances comme durant les activités de la délégation, tout le monde est traité d’égal à égal, assure Isabelle, 42 ans, séparée et mère de trois enfants. Elle a recours à l’association depuis quelques mois pour tenir ses fins de mois, notamment grâce aux bons alimentaires qui lui permettent de nourrir sa petite famille.

« À force d’être seule, on devient un peu sauvage »

Arrivée de Dijon il y a sept ans pour suivre le père de ses enfants, elle se retrouve aujourd’hui sans travail et sans amis. Pour elle, ces quatre jours de vacances sont donc une véritable bouffée d’oxygène. « Ça me permet de décompresser, d’apprendre à aller vers les autres, d’être moins réservée. Ça fait quatre ans que je suis seule, que je ne parle qu’avec mes enfants, donc ça fait du bien de rencontrer de nouvelles personnes, parce qu’à force on devient un peu sauvage… (rires). Et puis, ici, on n’est pas jugé, c’est très important le regard des autres. »

Pour l’instant, elle n’ose pas encore se rendre aux « lundis en couleurs », mais il y a fort à parier qu’après ce séjour, elle réussira à vaincre sa timidité et sa gêne.

Après la visite de Bruniquel, direction le roc d’Anglars, qui offre un merveilleux panorama sur l’Aveyron et sur le village de Saint-Antonin-Noble-Val, où loge le groupe. « On pourrait presque s’envoler », se prend à rêver Madeleine, une autre des six bénévoles de la délégation de Valence d’Agen, qui accueille chaque année environ 80 familles. Lorsque Isabelle a été orientée vers le Secours Catholique, c’est elle qui s’est chargée de l’accompagner avec ses enfants à la piscine. « Nous travaillons en lien avec les assistantes sociales. Elles apportent une aide plutôt administrative. Nous, nous sommes davantage dans l’écoute, l’accompagnement, le lien social. »

« C’est comme une famille »

Ce soir-là, nous la retrouvons aux côtés de Michel, le chouchou de ces dames – puisque le seul homme du groupe –, tentant de prendre une revanche à la belote. Pour ce veuf de 82 ans, il a longtemps été difficile de trouver un lieu où il se sente à l’aise. C’est finalement au sein de ce groupe qu’il est le mieux, « comme un poisson dans l’eau », disent-elles.

« J’ai essayé d’aller dans des clubs pour seniors, mais je n’y retrouvais pas la même ambiance, raconte Michel, devenu peintre en herbe. J’aime la simplicité qui y règne, c’est comme une famille. » Depuis décembre, il a déjà peint cinq toiles, des paysages essentiellement. « C’est vrai qu’à l’école, je caricaturais déjà mon professeur qui me punissait parce que j’étais gaucher, mais je ne pensais pas que la peinture me plairait autant et que je progresserais si vite. »

Avant de se décider à partir en vacances avec ses nouvelles amies, il a tout de même beaucoup hésité. « Ce sont mes enfants qui m’y ont poussé, et je ne regrette rien. Par contre, il ne faut pas être cardiaque avec elles, il faut les suivre ! », dit-il avec le sourire.

En octobre prochain, il se rendra à Jérusalem pour le Voyage de l’Espérance avec Elisabeth, la coordinatrice du réseau Secours Catholique pour la région du Quercy. « Nous sommes toutes ravies qu’il se soit si bien intégré. » Pour le séjour dans l’Aveyron, c’est elle qui a organisé les différentes activités. Et pour fédérer davantage le groupe, Elisabeth a prévu un temps de parole, un moment pendant lequel elle lit un texte et anime ensuite la discussion entre les membres. Cette fois, elle a choisi de raconter l’histoire d’une cruche fissurée, beaucoup moins performante que les autres, mais qui en perdant de l’eau tous les jours sur le bord de la route, a permis à des fleurs de germer.

« Aujourd’hui je fais partie du clan »

Pour Carole, cette histoire lui rappelle son parcours. Veuve elle aussi, elle a rejoint le Secours Catholique il y a plus de deux ans pour une aide financière ponctuelle. Puis, elle s’est peu à peu impliquée dans l’organisation, et se charge désormais du café solidaire le mardi. Un moyen pour elle d’aider les autres et de s’occuper, car à 55 ans, elle peine à retrouver un emploi. « Finalement, dans tout malheur, il y a du bon. Et chacun, s’il le veut bien, peut être utile pour les autres. »

Née en région parisienne, elle a longtemps travaillé dans une usine d’appareils climatiques en Normandie. Licenciée économique il y a maintenant dix ans, elle est venue à Valence d’Agen pour se rapprocher de sa fille. « Aujourd’hui je fais partie du clan, on apprend beaucoup les unes des autres, on est à l’écoute, on fait ce qu’on peut pour aider les autres, on n’est pas mère Teresa, mais on essaye d’être disponible tout simplement. Et puis, il vaut mieux être ensemble que de s’embêter tout seul chez soi devant la télé. Ce qu’il faudrait c’est qu’on soit plus nombreux. »

C’est en effet l’un des principaux enjeux pour le groupe de Valence d’Agen qui commence à se structurer. En attendant, il est temps d’embarquer à bord d’une gabarre pour découvrir au fil de l’eau la ville d’Albi, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2010.

Concepcion Alvarez
Crédits photos: © Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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