Vestiaire : avec les migrants face à l’hiver

Publié le 08/01/2015
Calais
Vestiaire : avec les migrants face à l’hiver
 

À Calais, où le nombre de migrants est passé de 500 à 2500 en quelques mois, le Secours Catholique-Caritas France apporte aide matérielle et soutien moral. Reportage au vestiaire, qui permet à des centaines d’hommes et de femmes de s’habiller pour faire face à l’hiver.

Dans l’aube noire et glacée de décembre, ils sont plusieurs dizaines à patienter devant un ancien bâtiment paroissial reconverti en entrepôt géant, en plein cœur de Calais. Certains ont passé la nuit ici, serrant dans leur main le ticket donné par les bénévoles, précieux sésame qui leur permettra de repartir avec de quoi s’habiller chaudement.

Les bénévoles aussi sont arrivés dans la nuit noire : dès 6 heures du matin, une petite équipe s’affaire à préparer boissons chaudes et tartines. « Qu’est-ce que tu veux, mon grand ? », interroge énergiquement une bénévole en s’efforçant à grands gestes de se faire comprendre d’un jeune homme qui ne parle que l’anglais.

« Avant, je m’occupais d’organiser les tournées vers les douches du Secours Catholique (qui ont été détruites, ndlr), confie Jean-Claude. Et puis je me suis reconverti en venant aider ici, car les migrants me manquaient... ».

La générosité s’organise

À l’intérieur, des montagnes de vêtements de toutes sortes attendent les quelque 300 femmes et hommes qui se presseront ici jusqu’à ce soir. « Avant, on ouvrait un samedi sur deux. Maintenant, c’est un sur trois tant il y a de monde », indique Marie-Christine, en charge du vestiaire.

Face aux besoins immenses, le Secours Catholique a noué un partenariat avec Emmaüs et la générosité s’organise : « Beaucoup de Calaisiens font des dons. Et cela va au-delà de Calais : des particuliers de Nancy nous ont récemment donné 250 couvertures, et demain ils chargent un camion entier de vêtements ! Ils ont vu à la télé que les conditions étaient inhumaines et les besoins énormes et ont été touchés… ».

En plein mois de décembre, certains migrants n’ont que des tongs aux pieds et beaucoup portent des vêtements de fortune, élimés, troués, rapiécés. Au vestiaire du Secours Catholique, ils trouvent de quoi s’habiller entièrement : bonnets, écharpes, gants, sous vêtements, pulls, sweats, chemises, polos, t-shirt, blousons et pantalons.

« Malheureusement, il n’y aura pas de distribution de chaussures cette fois-ci car il n’y en a pas assez, indique Marie-Christine. Si on sert 100 personnes, et que les autres n’ont rien… La dernière fois, on a donné au moins 400 paires ».

« Allez les amis, on se dépêche », scande Michaël, professeur et bénévole de longue date, devenu expert pour fluidifier la circulation d’un “stand” à un autre, presser les plus lents et dénouer les embouteillages aux pantalons.

En faire plus

À ces femmes et ces hommes qui manquent de tout, on donne aussi des kits d’hygiène (serviette et gant de toilette, brosse à dents, dentifrice…) et des bougies. L’immense majorité vit dans la jungle, ces campements sauvages sans eau ni électricité, sans savon ni médicaments.

Face à cette détresse, le réseau de bénévoles s’est agrandi. Au seul vestiaire, ils sont pas moins d’une trentaine. « Je voyais souvent les migrants, j’étais intriguée, je voulais les aider mais je ne savais pas comment, raconte Laura, lycéenne, qui distille attentions et sourires. Un jour, on m’a parlé du vestiaire et depuis j’y viens à chaque ouverture et je participe au tri le mercredi. Je voudrais en faire plus ».

Car le nombre de migrants est passé de 500 à 2 500 en quelques mois. Et tous le savent ici : l’hiver sera rude. « Quand il y avait 400 migrants, on disait que c’était difficile, mais aujourd’hui… On n’arrive pas à les satisfaire », soupire Jean-Claude.

Marina Bellot
Crédits photos : Lionel Charrier - Myop / Secours Catholique
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