Viande de cheval : les pauvres ne doivent pas être la « caution morale » d’un système amoral

Publié le 01/03/2013
France
Viande de cheval : les pauvres ne doivent pas être la « caution morale » d’un système amoral
 

Les plats cuisinés frauduleux avec de la viande de cheval pourraient être donnés aux associations caritatives. Un procédé que refuse le Secours Catholique.

Jeudi 28 février, le ministre de la Consommation, Benoît Hamon, a annoncé qu’il était possible que les associations caritatives puissent recevoir les marchandises retirées des rayons dans le cadre de l’affaire de la viande de cheval. Il faisait ainsi suite à une demande de plusieurs d’entre elles.

Pour le Secours Catholique, le procédé pose une grave question éthique : « Si ce n’est pas conforme pour le consommateur lambda, pourquoi le serait-ce pour les personnes démunies ? » s’interroge Bernard Schricke, directeur France-Europe au sein de l’association.

« La course effrénée au profit met l’humanité en danger »

Pour Bernard Schricke, le problème autour des produits alimentaires supposés être fabriqués à partir de viande de bœuf et contenant en réalité de la viande de cheval vient d’un emballement économique. « Personne ne souhaitant ou ne pouvant rogner sur ses marges, les économies dans la grande distribution sont réalisées sur les matières premières et sur le coût du travail. À force de sous-traitance et d’intermédiaires, la chaîne de responsabilité se dilue et nous arrivons à la situation que nous connaissons aujourd’hui. »

« Benoît XVI n’a cessé de nous rappeler, au long de son pontificat et plus particulièrement dans son encyclique Caritas in veritate, que la course effrénée au profit met l’humanité en danger, ajoute-t-il. Aujourd’hui, nous refusons que les besoins réels des plus fragiles servent de “caution morale” à un système de production et de commercialisation devenu amoral. Ce qui devrait vraiment nous indigner, c’est que l’on puisse prendre le risque de fabriquer n’importe quoi et de le mettre sur le marché. »

La dignité des personnes

Et Bernard Schricke de continuer : « Quand les gens nous sollicitent pour une aide alimentaire, nous répondons de plus en plus fréquemment avec des chèques d’accompagnement. Ainsi, ils choisissent ce qu’ils vont manger car le choix n’est pas un luxe, mais un droit. Ensuite, il ne faut pas oublier que le problème n’est pas l’accès à l’alimentation, mais l’accès à des ressources suffisantes pour vivre. »

Derrière cette proposition du gouvernement, découle une vision de l’aide aux plus pauvres contre laquelle lutte le Secours Catholique : « Respecter la dignité des personnes que nous accueillons, c’est leur permettre d’accéder à leurs droits, de contribuer à la lutte contre le non-recours. C’est leur permettre d’être des consommateurs comme les autres, pas des “redresseurs d’image”. »

Car, si les produits incriminés sont sains, au plan des règles sanitaires, et si le problème n’est qu’une tromperie sur la marchandise, rien n’empêche les distributeurs marchands de changer l’étiquetage et de vendre à très bas prix ces produits. « Les coûts de stockage, de logistique seront supportés par ceux qui ont quelques responsabilités dans ce qui arrive, explique Bernard Schricke. Cela constituera une aubaine pour les consommateurs, dont les plus fragiles. »

Sophie Lebrun
© F. Laguet/PhotoPQR/Ouest France
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