Vintimille : le risque d'un nouveau Calais

Publié le 12/07/2016
Vintimille
 

Cela fait plus d’un an que la frontière franco-italienne est contrôlée et que les migrants sont refoulés à Vintimille, ville italienne accolée à la France. Ils sont désormais plus d’un millier à vivre dans un campement dans des conditions d’hygiène difficiles. Caritas Europa, ainsi que la Caritas italienne et le Secours Catholique-Caritas France, appellent les gouvernements à respecter la dignité de ces migrants.

 

Entretien avec Adélaïde Bertrand, déléguée du Secours Catholique des Alpes-Maritimes

 

Quelle est la situation à Vintimille aujourd’hui ?

 

Depuis plusieurs mois, l’évêque a ouvert son église pour accueillir les migrants qui vivent dans le bâtiment et aux alentours. Les familles avec enfants sont hébergées dans d’autres églises.

Le nombre de migrants s’est accru particulièrement ces dernières semaines : on est passé de quelques centaines de réfugiés à des milliers. En quarante jours, Caritas Italie a aidé plus de 5 000 personnes !

Les migrants sont des Soudanais, des Érythréens et des Éthiopiens. Ils ont souvent traversé la Méditerranée en bateau. Ils sont arrivés jusqu’à Vintimille avec l’espoir de traverser la frontière pour poursuivre en France, en Angleterre ou en Europe du Nord.

Mais depuis un an, la police contrôle la frontière et refoule les migrants à Vintimille ou dans d’autres villes italiennes.

 

Dans quelles conditions vivent ces personnes à Vintimille ?

 

Dans le campement autour de l’église, les conditions d’hygiène sont difficiles. Il manque de douches pour les 1 000 personnes. On a délimité une partie pour les femmes, une autre pour les hommes et une autre encore pour les repas.

Les migrants dorment parfois à même le sol ! Des femmes ont donné naissance dans ces conditions. On manque de matériel : vêtements mais aussi savons, serviettes. La chaleur rend les choses difficiles.

Mais il faut noter que les gens sont dignes et participent à la tenue du campement. Par exemple, ils trient les poubelles.

 

Comment agit le Secours Catholique en partenariat avec Caritas Italie ?

 

La Caritas de Vintimille est très présente et elle est aidée par plusieurs associations dont le Secours Catholique. Nos bénévoles y vont deux à trois fois par semaine. Ils aident à préparer le petit déjeuner, à ranger, à distribuer les vêtements, les kits hygiène. Ils forment aussi à la réalité du droit d’asile en France.

 

Que demandez-vous aux autorités françaises, italiennes et européennes ?

 

On veut attirer l’attention sur ce qui se passe là-bas ! Même dans notre département, les gens ne connaissent pas cette réalité. On exige que les droits les plus fondamentaux et la dignité humaine soient respectés au niveau européen, et que Schengen s’applique à tout le monde.

On demande aussi à l’Europe d’agir pour ne pas laisser l’Italie gérer seule ce problème. Si rien n’est fait, Vintimille risque de devenir un nouveau Calais. Nous pensons qu’il est plus important de protéger la dignité humaine, plutôt que de protéger les frontières !

 

Notre dossier  « Les Caritas européennes mobilisées auprès des migrants »

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Maxppp / Yann Castanier | hanslucas.com / Secours Catholique-Caritas France
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