Violences conjugales : Claude Bertaut, révolte d’une femme soumise

Publié le 15/04/2013
France
Violences conjugales : Claude Bertaut, révolte d’une femme soumise
 

La page est tournée. Définitivement. Claude Bertaut peut désormais parler librement de ses années passées sous le joug marital, libérée d’un inimaginable fardeau. « Je suis allée au bout de mes idées en écrivant ce livre, confie l’auteur du Miroir du silence de l’amorfemelle [1]. C’est ça qui est important : aller au bout de ce qu’on veut faire. Ce n’est pas toujours évident mais quand on s’en donne les moyens, ça fait du bien. » Au-delà des lignes, ce livre est pour elle une thérapie : « pour me défouler, poser les mots sur le papier. Je ne suis pas la seule femme à avoir subi des violences conjugales. J’ai donc voulu dédier mon ouvrage à ces femmes toujours sous l’emprise de leur mari et les faire profiter de mon expérience », déclare-t-elle.

« J’étais une femme-objet »

« T’as pas assez de traces pour porter plainte.  » Une phrase récurrente chez son mari lorsque Claude le menace de le dénoncer. Plus que les coups, la violence morale était la plus difficile à endurer. Le titre de l’ouvrage en est le témoin : Le miroir du silence de l’amorfemelle, ou comment désigner la mise à mort de la femme. «  Mon mari m’avait dit qu’il me détruirait.  » Vingt ans de soumission, de silence aussi. Claude était une chose obéissante, protégée dans une cage dorée. « Si j’avais une idée, elle ne venait pas de moi. Je n’avais pas le droit de penser. Je n’étais rien du tout. Un simple objet dans toute sa splendeur », se souvient-elle. Elle n’avait pas le droit de travailler, devait gérer la maison et élever ses deux filles. «  3 000 euros pour vivre, une maison de 100 m bien meublée, un terrain de 100 m et deux voitures… j’avais une vie confortable  », reconnaît-elle. Mais à quel prix ? Celui de la soumission aux coups de son mari. Pourtant, au début de leur histoire, elle ne s’était pas laissée faire. Employée chez un notaire, elle avait mis à la porte son conjoint dès la première gifle. Par la suite, un grave accident les a rapprochés. L’emprise est revenue. Tout doucement. Puis le piège s’est refermé.

Adèle la rebelle

Au fil des pages, le “je” laisse progressivement place à une troisième personne du singulier qui s’appelle Adèle, le personnage principal du roman. Adèle devient guerrière et décide d’affronter son mari violent. Un mari qui l’avait isolée de ses amis qu’elle va chercher à reconquérir. De douce et soumise, Adèle se transforme : «  Il faut être rebelle pour sortir de cet enfer, ne plus jamais l’accepter. C’est ce qui m’a sauvée. J’ai pu partir malgré la trouille de devoir assumer seule mes deux enfants. Quand on est dans cette situation, on a tendance à se replier sur soi.  »

Des traces indélébiles

Aujourd’hui, Claude est secrétaire dans une maison de retraite en Seine-et-Marne. Le salaire n’est pas mirobolant, mais il lui permet de boucler les fins de mois tant bien que mal. Avec encore une fille à charge, elle dispose aussi de la faible pension alimentaire versée par son ex-mari. Les fins de mois sont dures mais elle travaille et c’est bien là l’essentiel pour elle. « Ça fait quatre ans que je suis salariée dans cette maison de retraite, par intermittence, quand je ne fais pas de chutes », dit-elle en souriant. En raison de problèmes de santé, notamment au dos et à la hanche, Claude a le statut de travailleur handicapé. « Ces blessures n’ont aucun lien avec les coups portés par mon ex-mari mais davantage avec les tâches ménagères incessantes qu’il m’imposait, tient-elle à préciser. Il fallait que tout soit fait avant son inspection !  » Un travail qu’elle réalisait sans broncher. Une soumission qu’elle payera pour le restant de sa vie.

Envie d’avancer

Ne plus être dépendante des autres. Ne plus se retourner et regarder vers l’avenir. Ne plus survivre mais profiter de la vie, de tous les bonheurs qu’elle peut offrir. Entourée de ses amis et de sa famille. Voilà désormais ce à quoi aspire Claude. À la suite de son divorce, ce retour à une vie normale n’a pas été facile et Claude s’est tournée vers le Secours Catholique. «  J’avais à peine 600 euros qui ne suffisaient pas à payer le loyer, les courses et les factures. Aujourd’hui, je m’en sors, mais à l’époque, j’y allais parce qu’il me fallait subvenir aux besoins de mes filles. C’était douloureux. Ce n’était pas évident de devoir être aidée pour maitriser mon budget, de regarder ensemble ce que j’avais dépensé. Tout était listé. C’était une forme d’autorité, or je n’en accepte plus aucune. Pas après ce que j’avais vécu. » Mais cette aide du Secours Catholique, ainsi que celle de ses proches, l’a aidée à reprendre vie. La femme soumise n’est plus. Aujourd’hui, elle est Claude. La courageuse.

Aurélien Tournier (avec Clémence Véran-Richard)

Notes:

[1] Le miroir du silence de l’amorfemelle, éditions Lulu.com, 38 pages, 15,72 euros

© Sebastien Le Clezio/SC
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