Xavier Chavane : au carrefour des cultures

Publié le 30/01/2015
Xavier Chavane : au carrefour des cultures
 

Vicaire épiscopal pour la pastorale des cités et curé des Mureaux (Yvelines), le père Xavier Chavane est une cheville ouvrière du dialogue interculturel, aux côtés de la délégation locale du Secours Catholique-Caritas France.

« La joie d’un prêtre est de faire corps avec les habitants d’un lieu donné. Aux Mureaux, les gens m’ont aidé à être prêtre », déclare Xavier Chavane, curé de cette ville depuis 2006. Les Mureaux sont une commune d’environ 32 000 habitants située dans le nord du département des Yvelines. Cité industrielle, elle compte 46 % de logements sociaux, un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale et une population aux deux tiers musulmane. Certains de ses quartiers sont dits “sensibles”. Comment ce fils de bourgeois lorrains élevé à Versailles trouve-t-il son bonheur parmi une population aux origines multiples ?

« Enfant, j’avais très envie de tenir un café, de rencontrer les gens, d’échanger avec eux », dit-il pour expliquer son parcours. « Plus tard, quand j’ai été séminariste, j’ai découvert la richesse des cités populaires où le monde entier est représenté. Nous en faisons l’expérience à travers les visages et les histoires concrètes qui se croisent. »

Né en 1968, élevé chrétiennement au sein de la paroisse Saint-Symphorien de Versailles, le jeune Xavier sera membre des Scouts unitaires de France de 11 à 22 ans, puis poursuivra des études de droit et de russe. « À l’époque, il existait un mur qui divisait l’Europe et derrière lequel on parlait russe. J’avais envie d’aller voir derrière le mur et de comprendre. Lorsque j’ai pu aller en Roumanie ou en Pologne, avant même la chute du communisme, il était mal vu de parler russe. Ce que j’avais appris ne m’a pas servi. Mais je ne regrette rien : il y a d’excellents écrivains russes. »

La France n’est pas communautariste

Il y a peu ou pas de Russes parmi les Muriautins. La plupart des habitants sont d’origine africaine. « La France, contrairement à la Grande-Bretagne ou aux États-Unis, n’est pas communautariste, souligne le père Chavane. C’est une caractéristique forte de nos cités populaires. » Ici, pour vivre ensemble, il est impératif de se connaître et de se comprendre. La priorité du père Chavane a été « d’aider les jeunes et les adultes à se rassembler et à monter des projets qui leur soient propres. »

Sa première initiative fut de mettre sur pied une chorale. « Pour louer Dieu, explique le père Chavane, quel meilleur moyen de Le vénérer qu’en chansons ? Nous avons découvert de véritables talents. Nous chantons en plusieurs langues, nous apprenons les refrains en lingala (langue bantoue parlée dans les deux Congos, ndlr), en créole antillais, ou en d’autres dialectes. »

La “table ouverte” est une autre de ses initiatives. Tous les mardis et tous les jeudis, une vingtaine de personnes participent à cette réunion culinaire et gustative. « Une bonne moitié de ces personnes ont des difficultés financières pour se nourrir, d’autres souffrent de solitude et d’autres viennent parce qu’elles sont heureuses de partager un repas et de vivre une expérience de fraternité. » Lors de ces repas, chacun cuisine, dresse la table, anime le repas, participe au rapprochement des cultures et à la bonne entente entre chrétiens et musulmans.

Chemin de croix

Ce travail quotidien n’est pas toujours compris. En 2011, les musulmans veulent construire leur propre mosquée. Les fidèles du père Chavane, apprenant l’initiative, marquent leur solidarité par un geste symbolique : lors du carême, ils collectent 600 euros qu’ils offrent à leurs concitoyens musulmans. Certains médias reprochent alors au père Chavane de faire le jeu de l’islam.

« Quand la polémique a éclaté, se souvient-il, je me trouvais sur l’île de Fadiouth, au Sénégal. Sur cette île vivent 80 % de chrétiens et 20 % de musulmans. Et dans cette église, il y a une véritable œuvre d’art, un chemin de croix de toute beauté offert par la communauté musulmane en signe d’amitié. » Comment peut-il y avoir confusion entre prosélytisme et respect des autres croyants ?

Partisan du “être avec” plutôt que du “faire pour”, conviction qu’il partage régulièrement avec les acteurs du Secours Catholique-Caritas France présents sur place, le père Chavane a favorisé l’installation en 2008 d’une communauté de religieuses, les Filles de la Croix, à la cité des Musiciens, l’un des quartiers les plus délaissés de la ville des Mureaux, ainsi que l’implantation du Rocher, association d’éducateurs chrétiens. Ces éducateurs vivent avec les habitants, mènent des actions auprès des enfants, rencontrent les parents, fédèrent les mamans.

Ces mamans sont invitées à faire connaître les plats de leurs pays respectifs lors des repas “Saveurs du monde”, cinq ou six fois par an. Un jeudi par mois, le Rocher organise un débat dans ce qui est appelé le “Café philo”. « Jeudi dernier, précise Xavier Chavane, le sujet était le suivant : comment nos origines nous construisent-elles ? »

Ce que je crois

« Jésus a dit : “Heureux les doux, ils auront le paradis en partage.” Mais c’est compliqué de n’avoir aucune violence en soi, ni dans les mots ni dans les actes. Encore moins devant les situations d’injustice. Le dialogue interreligieux relève de la même logique : il est vital pour le monde d’aujourd’hui comme l’est la douceur et l’amour, mais il n’est pas facile. »

Sophie Lebrun et Jacques Duffaut
Crédits photos : © Gaël Kerbaol / Secours Catholique-Caritas France
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