Les bonnes feuilles du livre de François Mabille

 

Découvrez notre sélection des bonnes pages de l’ouvrage de François Mabille qui reviennent sur l’évolution du mode d’engagement du Secours Catholique : du caritatif à la transformation sociale.

 

Transformation sociale

« En 1996, Catherine Dumas témoigne du travail qu’elle réalise au sein de sa délégation et de l’évolution depuis les années 1970 : le Secours Catholique [années 1970] poursuit son action en développant un travail de sensibilisation de l’opinion, de pédagogie mais également son action d’assistance auprès des personnes en situation de pauvreté.

A la fin des années 1980, mais surtout au début des années 1990, c’est la notion d’exclusion sociale qui apparaît, afin de désigner d’une manière générale toute la diversité des situations de pauvreté et de précarité, alors que la crise de l’emploi se confirme et s’amplifie.

En  1996, le Secours Catholique change de cap, il pose une option radicale, celle de « s’associer avec les pauvres, pour construire une société plus juste et fraternelle », ceci pour créer les conditions d’une transformation sociale.

Ce changement a été orienté quelques années auparavant dans les années 1990 par des cadres du Secours Catholique de la région Centre-Est qui travaillaient à la recherche de solutions aux questions de l’exclusion.

Ainsi, c’est sur les principes fondateurs de la théologie de la libération de Paolo Freire qu’un des délégués est allé voir et se former à la Caritas Inde pour en revenir avec la conviction que la démarche d’animation globale était un moyen de mise en œuvre de l’association avec les personnes en difficulté et surtout un moyen pour sortir des pratiques « assistancielles ». »

 

Laboratoire d'innovation sociale

« Il faut souligner l’attention du Secours Catholique-Caritas France aux mutations sociales mais aussi et surtout sa capacité à proposer des interventions sociales potentiellement généralisables, des expérimentations locales.

Le Secours Catholique-Caritas France fut et demeure profondément une organisation de prospective sociale. C’est également en ce sens qu’il faut comprendre la phase de Jean Rodhain : « La charité d’aujourd’hui, c’est la justice de demain ».

Ce qui s’y lit est tout à la fois une culture politique, une proposition et une compréhension des processus de changement  dans la société française : culture politique profondément catholique qui accorde sa place aux mécanismes de subsidiarité et qui n’attend pas tout de l’État et fait même de ce dernier le lieu de synthèse de propositions venues des forces vives du pays. »

 

Multiples défis à relever

« Le Secours Catholique-Caritas France, en France et à l’international, dans le cadre de Caritas Europa ou de Caritas Internationalis, est présent sur tous ces fronts, continuant à privilégier la solidarité sans discrimination d’identités et de territoires. 

Acteur social catholique français et international, le Secours Catholique-Caritas France, fort de ses si nombreux  bénévoles, doit néanmoins  aujourd’hui relever de multiples défis : mutations du bénévolat, plus lié à l’individualisme et à la participation que naguère ; défi pédagogique lié à la complexité des mécanismes d’exclusion ici, ou à celle des causes de guerre ailleurs ; défi encore de la rencontre au moment où pointe une société digitalisée et où grandit  a génération des « digital natives ».

Acteur catholique, il est confronté à un défi spirituel, dans une société sécularisée, visant à rétablir ou à suggérer le cheminement qui méne de la figure du pauvre à celle du  fondateur du christianisme. Pour relever ces défis, le Secours Catholique-Caritas France peut s’appuyer sur son histoire et doit savoir capitaliser son expérience.

Et il revient à la fois à ses responsables mais aussi à son réseau de savoir opérer un discernement pour comprendre quelles actions mettre aujourd’hui en œuvre pour continuer à assumer une  politique de présence efficace et qui, en fidélité à ses origines, sait se dépasser au profit d’une visée éthique du don et du contre-don. Si le vocabulaire de l’action charitable s’est aujourd’hui effacé, demeure néanmoins le sens profond de la charité, l’agapé :

« L’amour qui donne au lieu de prendre, l’amour qui se fait petit au lieu d’occuper toute la place, l’amour qui veut le bien de l’autre plutôt que le sien, l’amour affranchi de l’ego » (Emmanuel Carrère, Le Royaume).

Défi individuel et collectif... »

 

Une femme à la présidence

En 2014, le Secours Catholique a vécu une petite révolution dans sa gouvernance. Pour la première fois de son histoire, la présidence de l'association est occupée par une femme. Retour avec Véronique Fayet sur la particularité de l'association qu'elle préside désormais.

 

« François Mabille : Quels sont les traits marquants de l’histoire et de la culture du Secours Catholique?

 

Véronique Fayet : Il est pleinement engagé sur la question des migrations, nouvelle depuis cinq ans, qui devient extrêmement violente et mondiale, qui percute les sociétés occidentales, créé des fractures  dans la population et au sein de la classe politique. Le Secours Catholique-Caritas France est très présent à Calais ; il accueille de plus en plus de personnes étrangères dans ses permanences (prés d’un tiers). Nous sommes donc là où il faut être.

Non seulement nous agissons dans l’urgence mais aussi nous  faisons un  travail de réflexion. Le fait que la confédération Caritas Internationalis (dont est membre le Secours Catholique-Caritas France) ait choisi de faire sa campagne dans les trois années qui viennent sur les migrations montre ainsi que le Secours Catholique-Caritas France et les Caritas du monde souhaitent être aux avant-postes pour soulager les détresses sur le terrain et réfléchir à des solutions politiques à ce problème. Une interpellation qui se fait selon la méthode du Secours Catholique-Caritas France qui est, de plus en plus, de s’associer avec d’autres.

 

FM : Quels sont les autres points-clé ?

 

VF: Nous ne parlons jamais seuls, nous sommes toujours dans des collectifs associatifs, en liens avec les pouvoirs publics, les institutions. Nous avons vraiment le souci très fort de mobiliser l’ensemble de la société, et notamment les communautés chrétiennes, sur ces nouvelles  pauvretés et, dans ce cas précis, la question des migrations.

Autre trait prégnant, pas forcément très visible de l’extérieur : la démarche du Secours Catholique-Caritas France d’agir avec les plus pauvres. Fondamentalement,  il y a un mouvement long et ancien d’association avec les personnes qui vivent la pauvreté. C’est en 1996, il y a donc vingt ans, que le Secours Catholique-Caritas France a affiché dans sa vision cette idée de « s’associer avec les pauvres pour un monde juste et fraternel ». C’est donc un mouvement  ancien, profond, qui transforme de l’intérieur l’association : on est de plus en plus dans des groupes d’action citoyenne, dans des mobilisations, dans le dialogue avec les élus. De plus en plus, nous réfléchissons et agissons avec les personnes en précarité, à partir de leur expérience, de leurs pensées ». »

Yves Casalis