Accueil de jour : « Manger avec d'autres, c'est déjà un progrès ! »

Accueil de jour : « Manger avec d'autres, c'est déjà un progrès ! »

Publié le 07/10/2016
Metz
 

Du 13 au 18 octobre a eu lieu la première édition de la Semaine des accueils de jours. Une initiative de la FNARS (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale) et de la Fondation Abbé Pierre pour rappeler le rôle déterminant de ces lieux dans le soutien aux personnes en galère. Le Secours Catholique en gère près de 70 en France. Reportage à l'accueil Jean Rodhain de Metz.

 
Accueil de jour : « Manger avec d'autres, c'est déjà un progrès ! »
Diaposonore

Rencontre avec « les fous du jeudi »

 

Huit heures, un jeudi de septembre, rue de la Glacière, dans un quartier historique de Metz. L'accueil de jour Jean Rodhain (AJR) bruisse des premiers préparatifs. Aux manettes, l'équipe qui se fait appeler « les fous du jeudi », parce qu'elle a la plaisanterie facile.

Autour d'Antoinette, la « coordinatrice », et de Pascal, qui, entre mille choses, gère la réserve, on s'active en cuisine. Dans une demi-heure, une vingtaine d'hommes s'installeront dans le réfectoire pour le petit-déjeuner. Puis c'est le repas du midi - cinquante couverts en moyenne - qu'il faudra concocter.

« Je viens ici tous les jours depuis un an, car j'ai une petite retraite, témoigne Moulay, 82 ans, d'origine marocaine. Et pour moi qui vis seul, manger avec d'autres, c'est déjà un progrès ! » Fidèle aussi, Christian, la soixantaine bavarde. Il habite avec ses deux fils, mais il a connu la rue. « Ici, l'ambiance est bonne, apprécie-t-il. Peu importe la religion ou la nationalité. »

Cette semaine là s'attablent des demandeurs d’asile venus des Balkans qui survivent depuis un mois dans un camp de fortune sur l’avenue Blida à Metz. Ils trouvent ici de quoi se restaurer et se laver. L'après-midi, ce sera au tour de leurs compagnes et enfants, marqués par la fatigue, de venir prendre une douche, souffler, et pour les plus jeunes, dessiner.

 

S'impliquer et s'exprimer

Alors qu'une séance d'épluchage de concombres démarre, une camionnette part collecter les invendus auprès de deux supermarchés. Au retour, Laurent et John, « accueillis bénévoles », déchargent et trient les fruits et légumes frais. Le repas du midi s'improvise en fonction de l'arrivage.

« Au début j'étais juste accueilli, raconte John. L'organisation a changé et on a pu s'impliquer. On a moins le temps de culpabiliser ou de cogiter... ». Pour Sophie, la responsable de l'AJR, la participation est une priorité. « Même dans la galère, chacun a des compétences qu'il peut partager », explique-t-elle.

Entre le repas, l'accompagnement social individuel, l'aide aux démarches sur Internet, les ateliers peinture et jeux et les travaux de bricolage, les heures filent. Comme il fait doux, on fume, on boit le café et on discute dans le petit jardin.

Chantal, qui anime le groupe de parole du mercredi, poursuit avec John le débat entamé la veille. « Pouvoir s'exprimer, c'est important, souligne-t-il. Quand on n'a pas de statut, on s'isole. Ici, on trouve du soutien. Il y a beaucoup de souffrance, même si les gens font figure de résistants. »  

 

« Un lieu propice à la transformation sociale »

Le point de vue d'alexis garnier, délégué du secours catholique meuse - moselle

« L’accueil Jean Rodhain reçoit depuis 1984 des hommes marginalisés de plus de 25 ans. En 2015, 588 personnes, parfois à la rue, y ont ainsi été accueillies. Mais nous constatons qu’un nombre croissant de migrants le fréquentent et qu’un public plus large souhaiterait y avoir accès : jeunes, femmes et même familles.

C’est pourquoi, en vue d’un prochain déménagement, nous sommes en train de redéfinir le projet. Des actions collectives sont expérimentées : sorties, ateliers cuisine, cinéma, peinture, lecture, groupe de parole etc.

Elles s’inscrivent dans notre démarche de faire de ce lieu autre chose qu’un seul espace de restauration : un lieu de vie dans lequel on puisse construire des projets avec les personnes accueillies. Favoriser leur insertion passe en effet par leur offrir un petit-déjeuner et des repas chauds, en particulier l’hiver, mais aussi par la proposition d’activités différentes chaque jour.

Les 70 bénévoles de l’AJR se dégagent donc du temps pour proposer ces moments qui favorisent la confiance en soi, la prise de parole, de responsabilité et la participation à la vie de la maison. Nous avons aussi mis en place des porte-paroles des accueillis qui sont parties prenantes des décisions concernant la structure.

Et cela marche : les personnes sont intéressées et motivées pour prendre des initiatives, confirmant que ce lieu est propice à la transformation sociale. »

Clarisse Briot
Crédits photos : @Xavier Schwebel / Secours Catholique
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