« Au Liban, la pauvreté et la clandestinité favorisent l'exploitation des réfugiés »

Publié le 09/05/2016
Liban
 

En poste à Beyrouth pour le Secours Catholique, Hombeline Dulière dénonce l’exploitation dont souffrent de nombreux réfugiés au Liban.

Entretien avec Hombeline Dulière, coordonnatrice du Secours Catholique-Caritas France pour les urgences au Moyen-Orient.

 

1,5 million de réfugiés syriens vivent actuellement au Liban. Quelle est leur situation ?


D’après le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), 89 % des familles de réfugiés étaient endettées en 2015 et autant n’avaient pas assez à manger. Depuis le début du conflit syrien en 2011, le nombre de réfugiés syriens, mais aussi de Libanais pauvres, a augmenté de… 110 % !

Sur les 5,9 millions de personnes vivant actuellement au Liban, 3,3 millions manquent du nécessaire ! Sept Syriens sur dix vivent sous le seuil de pauvreté et près d'un Libanais sur dix survit sous le seuil d’extrême pauvreté.

 

Selon le Centre des migrants, soutenu en 2013 par le Secours Catholique-Caritas France, de « nombreux réfugiés risquent d’être exploités ».


61 % des Syriens seraient en situation irrégulière. Cela les rend vulnérables et favorise les risques d'exploitation : des femmes obligées de se prostituer, des enfants de travailler dans les rues… Une récente étude publiée par le Secours Catholique-Caritas France (1) souligne « les risques liés au développement de mariages contractés entre des jeunes filles réfugiées syriennes et des adultes libanais ou étrangers. »

Dans le contexte actuel, « ces mariages perdent leur valeur symbolique d’union entre les familles et deviennent pour des parents un moyen de mettre sa fille à l’abri et/ou d’obtenir de l’argent. »
 

Plus précisément, quels sont les risques dont parle l’étude ?


Ils sont d’abord sanitaires pour les épouses de 12 ou 13 ans. En cas de grossesse, leur santé est menacée car leur morphologie n’est pas encore assez développée. De l’exploitation sexuelle peut ensuite se cacher derrière ces mariages. Des intermédiaires, profitant de la vulnérabilité des parents, parviennent à les convaincre de marier leur fille sans trop s’interroger pour savoir si le mari est intègre ou pas.

Les risques sont aussi liés à l’endettement des familles syriennes. Certaines, soit déjà en difficulté financière avant le conflit, soit obligées de tout abandonner pour cause de départ précipité, ont contracté des dettes pour pouvoir passer la frontière. Elles n’ont souvent pas d’autres solutions que de marier leurs filles pour échapper aux usuriers.
 

Quelle aide apporte le Centre des migrants ?


Il conseille et assiste juridiquement les réfugiés pour le renouvellement des permis de séjour. Il assiste aussi et représente devant les tribunaux des femmes victimes de violences.

(1) « La traite des êtres humains dans les situations de conflits et post-conflits », Geneviève Colas et Olivier Peyroux, 2015.

Yves Casalis
Crédits photos : © Matthieu Alexandre/Caritas internationalis
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