Aurélie Filippetti : « Le ministère doit s’appuyer sur le réseau associatif compétent »

Publié le 03/06/2013
France
 

Alors que le budget consacré à la culture a été réduit de 4,3 % en 2013, Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication, assure que la lutte contre les inégalités reste l’une de ses priorités.

Le 30 décembre dernier, vous avez invité 400 bénéficiaires d’associations caritatives à visiter plusieurs grandes expositions parisiennes. N’est-ce pas un signal contradictoire, au moment où François Hollande appelle de ses vœux une “décentralisation culturelle” ?

Cette visite s’est en effet déroulée dans des établissements parisiens. Je voulais, à travers cette manifestation, affirmer l’engagement des établissements sous la tutelle de mon ministère. Ce jour-là, j’ai annoncé que cette opération serait reconduite tout au long de l’année et sur l’ensemble du territoire. La culture est un moyen de lutter contre les inégalités et l’exclusion : j’ai mobilisé tous les établissements publics dans cet objectif.

L’essentiel est bien sûr le travail quotidien, régulier, que ces établissements assument en profondeur. Mais il me semble important de reconnaître et de mettre en valeur l’importance de leur mission. Je veux donc lancer ces initiatives personnelles et symboliques. Par exemple, accueillir des publics défavorisés au château de Versailles. Lors du “tour de France“ que j‘organise en région dans le cadre projet national d’éducation artistique et culturelle, je poursuivrai cette démarche.

Avez-vous les moyens de vos ambitions, à l’heure de la rigueur budgétaire ?

Oui. Certes, il y a encore trop d’inégalités face à la culture. Mais, la culture est aussi, je le répète avec force, un outil de lutte contre les inégalités et l’exclusion ! Il est incontestable que les inégalités culturelles sont dans une large mesure le produit de mécanismes de reproduction d’inégalités sociales et, dans une moindre mesure, territoriales qui échappent totalement aux choix qui sont faits en matière de politique culturelle.

Et à cet égard, j’admets que plusieurs évolutions récentes de la société française ne jouent pas dans le sens d’une réduction des inégalités : persistance d’un haut niveau de chômage, stagnation du pouvoir d’achat, augmentation du poids des dépenses contraintes (logement, électricité, combustible…) dans le budget des ménages les plus pauvres.

Dans ce contexte, la mobilisation de l’ensemble des départements ministériels est d’autant plus fondamentale pour développer l’accès à l’art et à la culture des populations spécifiques. C’est ainsi que les partenariats entre mon ministère et les ministères en charge de la Santé, de la Justice, du Monde rural, du Handicap sont confortés. Par ailleurs, je signerai dans les prochains jours de nouveaux partenariats avec les ministères en charge de la Vie étudiante et de la Politique de la ville. Enfin, j’ai demandé à mes services de réfléchir à des actions en faveur des populations d’outre-mer et des populations immigrées.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets de mesures prioritaires, et nous dire à quelle échéance elles seront mises en œuvre ?

Afin de repérer et de prendre en compte les publics les plus fragiles, le ministère ne peut travailler seul : il doit s’appuyer sur le réseau associatif compétent au plus près des populations concernées. C’est pourquoi je renforcerai notre partenariat par une convention 2013-2015 avec votre association ainsi qu’avec cinq autres associations de solidarité (Emmaüs France, Fnars, JOC, la Cimade, Fnasat- Gens du voyage).

L’objectif est bien de favoriser l’accès à l’art et à la culture des populations en situation de pauvreté et d’exclusion. C’est dans cette perspective que je ferai de l’éducation artistique et culturelle un enjeu essentiel, car il me semble qu’il est de notre responsabilité d’offrir à nos enfants, quelle que soit la situation sociale et le lieu de domicile de leur famille, la possibilité de découvrir pleinement, de s’approprier tous les pans de la création, de l’art et de la culture.

Marina Bellot
© Didier Plowy/MCC
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