Bidonville : démantèlement et amertume en Seine-Saint-Denis

Publié le 23/10/2014
Seine-Saint-Denis
Bidonville : démantèlement et amertume en Seine-Saint-Denis
 

« Nous savions depuis la semaine dernière que le bidonville des Coquetiers allait être démantelé, affirme Xavier Vandromme, délégué du Secours Catholique de Seine-Saint-Denis. Nous étions sur place le mardi 21 octobre à 6 heures. » De nombreux bénévoles et quelques salariés des associations de soutien aux habitants, majoritairement Roms, s’étaient levés avant l’aube pour apporter leur soutien aux familles en voie d’expulsion et protester pacifiquement contre une décision jugée inappropriée. Pour éviter tout affrontement, les forces de l’ordre ont attendu 13 heures, à un moment où le comité de soutien s’était réduit, pour intervenir. Malgré cela, Grégoire Valadié, animateur de la délégation, était toujours là. « J’ai été choqué par l’attitude des policiers escortant les familles hors de la ville, les poussant dans le métro », rapporte-t-il.

Diagnostic

Le bidonville des Coquetiers était le plus ancien du département. Les premiers baraquements remontent à 2006 et pouvaient abriter jusqu’à 300 personnes. Mais pas toujours les mêmes, « des gens de passage qui allaient et revenaient », précise Xavier Vandromme. Cela explique pourquoi près de la moitié des familles, soit 137 personnes, ont été relogées tandis que d’autres se sont retrouvées à la rue après l’expulsion.

Depuis 2012, l’État a l’obligation, avant tout démantèlement de bidonville, d’effectuer un diagnostic et de proposer des solutions de relogement. Chargé de cette mission par la préfecture, l’organisme Gip Habitat a effectué ce diagnostic l’été dernier, à un moment où une grande partie des habitants étaient absents. Mardi dernier, les solutions de relogement étaient proposées aux familles dont au moins un des membres avait un travail. D’autres familles se sont vues proposer un suivi d’un an avec le bailleur social Adoma (une solution qui a provoqué la dispersion de nombreuses personnes sur le territoire national, certains étant envoyés en Normandie, d’autres à Metz ou ailleurs). « Il n’y a pas eu de solutions pour ceux qui n’ont pas d’enfants scolarisés et ceux qui n’étaient pas présents cet été lors du diagnostic » explique Marie-Geneviève Guesdon, du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap).

République

Mardi après-midi, sous une pluie froide, 57 personnes, dont une quinzaine d’enfants de moins de 6 ans, ont été poussées à prendre la ligne de métro la plus proche du bidonville. Entre Bobigny et la Place d’Italie, elles se sont arrêtées quelques heures place de la République avant d’aller se mettre à l’abri du froid et de l’humidité dans le grand hall de l’hôpital Saint-Louis tout proche.

Là, le personnel soignant leur a fait bon accueil. Mais la direction a promptement appelé la police, comme en témoigne Grégoire Valadié : « Une centaine de policiers en tenue anti-émeute ont repoussé hors des enceintes de l’hôpital ces 57 personnes. J’étais très choqué. Les familles, très calmes et dignes, sont restées dans la rue de la Grange aux Belles pendant quelques heures. » Finalement, les élus du 10ème arrondissement de Paris ont fait ouvrir le gymnase Paradis pour les accueillir. Deux jours après, les expulsés étaient toujours dans le gymnase, attendant que la région Ile-de-France trouve une solution.

Enfants et vieillards

L’amertume régnait parmi les membres des associations qui accompagnaient depuis des années les habitants des Coquetiers. Amertume due à la disproportion des moyens de l’expulsion. « Ils nous prennent pour des délinquants », pouvait-on entendre parmi les personnes délogées, composées essentiellement de familles portant des enfants dans les bras et des vieillards. « Ce ne sont pas eux qui vont se révolter » ajoutait un bénévole devant le spectacle de la force publique suréquipée face à des personnes désorientées et démunies.

Amertume aussi parce qu’il y avait sans doute d’autres moyens de gérer la situation. Pour Claude Bobey, responsable du Pôle animation à la direction France du Secours Catholique et ancien délégué de l’association dans ce département, « à terme, ce camp se serait résorbé de lui-même, car 90 % des enfants étaient scolarisés et de nombreuses personnes avaient des emplois stables ». Pour Xavier Vandromme, son successeur à Rosny-sous-Bois, « il est possible de faire autrement, comme la mairie de Montreuil, par exemple, qui gère des terrains et des villages Roms avec succès ».

Pour expliquer les raisons de cette amertume, les associations locales, dont le Secours Catholique, ont envoyé une lettre ouverte au Défenseur des droits.

Jacques Duffaut

© Pascal Legrosse/Secours Catholique
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