Brésil : éradiquer l’esclavage

Publié le 25/04/2014
Brésil
 

Le frère Xavier Plassat, 64 ans, vit depuis 25 ans au Brésil où il consacre son temps à faire reculer l’esclavage. Il intervient les 25 et 26 avril à l’Institut catholique de Paris lors des journées CEFAL organisées en partenariat avec le Secours Catholique et dont le thème porte cette année  sur la traite des êtres humains et sur l’esclavage. Rencontre avec un "combattant".

L’Organisation internationale du Travail (OIT) estime aujourd’hui que le Brésil est une référence dans la lutte contre le "travail esclave". Il faut dire, qu’en la matière Brasilia revient de loin. Sous l’impulsion de la société civile et de l’Église en particulier, l’Etat mène depuis plusieurs décennies un véritable combat contre ce fléau.

Le frère Xavier Plassat y est engagé en tant que coordinateur de la campagne contre le "travail esclave" au sein de la Commission pastorale de la terre (CPT). À l’époque où il arrive au Brésil, la CPT a plus de dix ans. Cette commission a été créée au milieu des années 1970 pour faire valoir les droits des petits paysans opposés aux investisseurs qui, alléchés par des avantages fiscaux, viennent créer des fermes, déboiser, transformer les terres réputées vacantes en pâturage. Ces investisseurs arrivaient avec des tracteurs et des bulldozers et expulsaient les paysans locaux sans compensation et sans discussion.

Réduits en esclavage

En 1989, la démocratie renaît au Brésil. Xavier Plassat crée d’abord une équipe de trois personnes pour appuyer des groupes de paysans, les aider à mettre une autre agriculture, adaptée à un territoire limité. C’est à ce moment-là que lui parvient l’histoire de travailleurs attirés, à quelques centaines de kilomètres, par des promesses mirobolantes et qui se retrouvent réduits en esclavage. Ces gens travaillent pour une bouchée de pain et parfois même pour rien. Certains se sont enfuis et ont pu témoigner de leur situation. Le travail de frère Xavier se transforme en action d’urgence : il faut tirer ces personnes de cette situation et empêcher que cela se reproduise en faisant de la prévention. En même temps, il faut convaincre les autorités qui, au début, nient la réalité.

L’Église est la première à alerter sur ce sujet. Elle fait pression sur le pouvoir. En 1995, le travail se révèle payant : la CPT est reconnue officiellement et et le gouvernement prend alors des mesures allant dans le sens de ses préconisations : création d’une équipe d’intervention fédérale qui agit de concert avec les procureurs et des inspecteurs formés à la lutte contre la traite.

6000 esclaves libérés

Le combat contre l’esclavage porte ses fruits : 5 à 6000 esclaves sont libérés entre 1995 et 2002. Mais la CPT estime que « libérer des esclaves ce n’est pas la même chose qu’éradiquer l’esclavage. »

« L’esclavage a des racines, il obéit à des règles, c’est un système. C’est cela qu’il faut attaquer  », explique Xavier Plassat. En 2002, avec le forum social de Porto Alegre et la victoire électorale de Lula da Silva, des mesures pour combattre l’esclavage à la source sont annoncées. En 2003, un Plan national pour l’éradication de l’esclavage est mis en place, suivi quatre ans plus tard par un second Plan pour éradiquer le "travail esclave".

Est-ce pour autant que l’esclavage a disparu du Brésil ? « Non, répond Xavier Plassat. D’abord le Brésil est immense, un continent en phase de découverte et ensuite, il reste des situations d’esclavage qu’on pensait circonscrites à une région mais qu’on rencontre pratiquement dans tous les États du Brésil ».

Un pas considérable

C’est la grande avancée de ces dernières années : celle de la reconnaissance et la définition du travail "analogue à celui d’esclave". Ce travail se définit comme étant un travail forcé (obligation de travailler sans possibilité de refus) mais aussi un travail imposé dans des conditions dégradantes : journées de travail épuisantes, conditions de travail, de logement, d’alimentation et d’hygiène dégradantes, qui attentent gravement à la dignité de la personne.

« Aujourd’hui, le Brésil dit : tout travail qui bride la liberté ou qui viole la dignité des travailleurs est un travail analogue à l’esclavage. C’est un pas considérable. Car désormais, on braque le projecteur sur des situations qu’on n’avait pas identifiées. », se félicite Xavier Plassat.

 


Traite et esclavage… jusqu’à quand ?

Dans le cadre de sa session annuelle, le Comité épiscopal France-Amérique Latine (CEFAL) propose en partenariat avec le Secours Catholique et le CCFD, une journée de colloque ouverte au public le samedi 26 avril à l’Institut catholique de Paris, 21 rue d’Assas 75006 Paris.

Elle a pour thème : "Traite et esclavage...jusqu’à quand ?" et propose notamment une intervention du frère Xavier Plassat.

Entrée libre et gratuite.

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Jacques Duffaut
© DR
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