Burkina Faso : l’état de crise alimentaire officiellement déclaré

Publié le 06/06/2012
Burkina Faso
Burkina Faso : l’état de crise alimentaire officiellement déclaré
 

L’abbé Isidore Ouédraogo, secrétaire exécutif de l’Ocades-Caritas Burkina Faso, de passage à Paris pour la campagne d’action internationale du Secours Catholique, fait le point sur la situation alimentaire dans son pays.

La situation alimentaire au Burkina Faso s’est-elle encore détériorée depuis le mois d’avril ?

La situation au Burkina Faso est critique. L’état de crise alimentaire a été officiellement déclaré. De 1,7 million de personnes en situation d’insécurité alimentaire en début d’année, nous sommes passés aujourd’hui à 2 millions. Par ailleurs, depuis le mois d’avril [la rédaction de Messages du Secours Catholique s’était rendue sur place, lire le dossier], les indicateurs de disponibilité des céréales au niveau des marchés locaux se sont réduits et les prix ont encore augmenté, du fait du commencement de la période de soudure. De manière générale, le nombre de repas quotidiens des familles vulnérables va diminuer encore, alors que vont recommencer les activités agricoles. Aux mois de juillet et août, certaines familles n’auront plus rien à manger, alors qu’[elles] devront effectuer le dur labeur des champs. La semaine dernière, lorsque j’étais à Kaya, au nord du Burkina Faso, les paysans m’ont signalé la mort de leurs animaux car il n’y a plus assez de fourrage et d’eau.
La situation s’est également aggravée du fait de la venue de nombreux réfugiés maliens. Leur nombre a triplé depuis avril, passant de 22 000 à environ 60 000. La pression sur les ressources devient énorme. Et cette situation n’est pas près d’être résolue. On peut donc émettre l’hypothèse que la situation alimentaire sera tendue au moins jusqu’en décembre.

Comment le gouvernement burkinabé répond-il à cette crise ?

Le gouvernement poursuit la vente de céréales à prix social depuis le mois de mars, mais elle est tellement ciblée et insignifiante par rapport aux besoins actuels que nous attendons encore de voir ses effets. Le gouvernement a d’ailleurs lancé un appel à la communauté internationale pour prendre en charge et mettre en œuvre son plan d’action. Mais la réponse n’est pas à la hauteur des attentes.

Les actions d’urgence de l’Ocades-Caritas Burkina Faso ont-elles commencé ?

Oui, les premières distributions ont commencé dans la semaine du 4 au 9 juin. Nous distribuons la ration officielle du Programme alimentaire mondial (PAM). L’Ocades a également opté pour le « cash transfert », autrement dit donner de l’argent aux familles en difficulté pour la reconstitution de leur stock et l’achat de nourriture. Cela bénéficiera à 500 familles dans les régions de Ouahigouya, de Dori et de Fada. Un appui à la production à travers des foires humanitaires pour l’accès aux semences améliorées et l’outillage est également fourni. Nous voulons aussi mettre en place dans chaque diocèse un parc de tracteurs que les agriculteurs pourraient emprunter afin de semer plus vite en fonction des pluies. Car le problème aujourd’hui pour les paysans est de savoir quand ils pourront semer. En raison de l’irrégularité des pluies, ils ont du mal à s’organiser et anticiper.

 

Clémence Richard
crédit : Xavier Schwebel/SC
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