Calais : «un Sangatte sans toit»

Publié le 02/04/2015
Calais
Calais : «un Sangatte sans toit»
 

Malgré l’ouverture prochaine d’une “plateforme de services”, les migrants actuellement à Calais ont reçu l’injonction de se regrouper sur un terrain ayant accueilli une ancienne décharge sauvage. Une mesure indigne que conteste le délégué du Secours Catholique-Caritas France d’Arras, Vincent De Coninck.

Comment décririez-vous la situation des migrants ces derniers temps et quel changement est attendu ?

À Calais, il y avait quatre ou cinq lieux (camps, squats ou jungles) où survivaient les migrants. Dernièrement, les autorités ont envoyé un message à l’ensemble des exilés présents sur la zone en leur disant : « Vous avez jusqu’au 31 mars pour quitter vos abris et vous installer sur un nouveau terrain. » S’ils ne bougent pas, il est fort probable qu’ils seront délogés manu militari.

Le terrain qui leur est destiné est à la périphérie de la ville ; c’est une ancienne décharge sauvage, une friche où la population calaisienne avait l’habitude de déposer des déchets. La végétation a repoussé mais dès qu’on gratte… Ces derniers jours, on a pu sentir la pression policière. Une majorité d’exilés ont choisi de ne pas vivre ces expulsions et ont déménagé d’eux-mêmes. Alors, on a pu assister à une sorte d’exode : les migrants ont démonté le peu de choses qu’ils possèdent et chargé sur des chariots ce qui leur permet de survivre.

Pourquoi inciter les migrants à aller sur ce terrain en particulier ?

C’est une volonté de ne plus voir les migrants en centre-ville, de les rendre invisibles, les dissimuler à la vue de la population locale. Cela humilie les exilés et les blesse, car au-delà de l’absence de toute commodité, ils ont le sentiment d’être parqués à la périphérie de la ville, d’être coupés de la vie sociale, de tous liens, et d’être relégués à l’extérieur.

Les pouvoirs publics vont ouvrir un centre pour aider les migrants. Que propose ce centre ?

Effectivement, la plateforme de services Jules-Ferry ouvre ses portes le 11 avril. Sur place, et tous les jours de 12 h à 18 h, les migrants se verront proposer un repas distribué en fin de journée, la possibilité de prendre une douche entre 12 h 30 et 15 h 30, les soins d’un infirmier, une information municipale sur l’aide au retour, ou encore la possibilité de recharger leurs téléphones portables et de boire un thé.

Le Secours Catholique va-t-il apporter son aide dans ce centre ?

Oui, nous allons accueillir et fluidifier l’arrivée des migrants qui veulent prendre une douche. Les anciennes douches que nous gérions jusqu’ici cessent leur activité. Au centre Jules-Ferry et ses 60 douches pour hommes, nous pourrons permettre 800 à 1 000 douches par jour.

De ce point de vue, n’est-ce pas une avancée pour les migrants ?

La situation est complètement schizophrénique. C’est une avancée d’un côté, mais d’un autre, on regroupe les migrants dans un terrain vague sans envisager leur mise à l’abri. Nous avons demandé plusieurs fois que ce terrain où vont être regroupés les migrants soit aménagé a minima, avec une mise à l’abri (des tentes par exemple), des sanitaires, un accès à l’eau potable. Les autorités nous répondent qu’à Jules-Ferry, il y a de l’eau et des sanitaires. Or, le terrain est à un kilomètre et il n’est ouvert que de midi à 18 heures.

L’État a investi quelque 4 millions d’euros dans la plateforme de services Jules-Ferry. Nous demandions juste 150 000 euros pour placer de l’eau courante, des toilettes et tracer quatre chemins. Nous n’avons obtenu qu’un bout de chemin et deux bennes à déchets. Faire vivre tous ces exilés sur un même lieu dans des conditions indignes est source de tensions. Pour nous, c’est un retour à Sangatte, mais cette fois, un Sangatte sans toit.

 
Jacques Duffaut
Crédits photos : © Lionel Charrier - M.Y.O.P. / Secours Catholique
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