Cambodge : « Le changement de climat n’est pas une vue de l’esprit »

Publié le 13/10/2014
Cambodge
Cambodge : « Le changement de climat n’est pas une vue de l’esprit »
 

Mise en sommeil sous le régime de Pol Pot, la Caritas Cambodge est aujourd’hui un des organismes essentiels de soutien au développement du pays, notamment en matière de sécurité alimentaire. Interview de son président, Mgr Enrique Figaredo.

« Le Secours Catholique est la plus grande de nos “sœurs”, explique Mgr Enrique Figaredo Alvargonzález. Il soutient notre Caritas depuis le début. » Caritas Cambodge, créée en 1972 mais mise en sommeil par l’arrivée au pouvoir de Pol Pot puis par l’occupation vietnamienne, a revu le jour en 1990. D’abord discrète mais efficace, elle est aujourd’hui unanimement reconnue à travers les programmes mis en place pour restructurer la vie sociale détruite par une vingtaine d’années de guerre civile.

« Je suis arrivé à Caritas en 2006, poursuit Mgr Figaredo. Les gens étaient très pauvres. Nous avions affaire à des survivants. Il nous fallait les aider à rendre leur vie supportable. » Le premier objectif : construire des communautés pour régler les problèmes, non pas individuellement mais collectivement. Ensemble, les membres des communautés vont se parler et communiquer régulièrement pour améliorer les problèmes relatifs à l’eau, aux transports, à l’éducation.

Priorité des priorités : la sécurité alimentaire. « La production de riz, base de la nourriture du pays, était insuffisante, retrace Mgr Figaredo. Les familles n’arrivaient pas à stocker suffisamment pour finir l’année. Nous avons décidé de construire des silos pour stocker le riz et les autres productions. Caritas fournit les piliers et le toit, la communauté construit les murs. Le silo terminé reçoit la production de la communauté et Caritas double cette quantité en achetant du riz quand son cours est au plus bas. Ainsi, les membres de la communauté peuvent emprunter du riz qu’ils remboursent la saison suivante à partir de leur récolte, majorée de 10 %. »

Associations de villages pour le développement

Pour souder et renforcer les communautés, des Associations de villages pour le développement (AVD) ont été créées. Accompagnées dans un premier temps par des travailleurs sociaux, ces AVD deviennent progressivement autonomes. Rassemblées une à deux fois par an, elles forment une fédération au sein de laquelle circulent idées et savoir-faire. Caritas est à l’origine de centaines d’AVD dans les 7 plus pauvres provinces du pays.

« Tout cela marche bien quand il n’y a pas de catastrophes, explique Mgr Figaredo en levant les yeux au ciel. Malheureusement, le changement de climat, ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité. Chaque année, un problème inattendu arrive. Cette année, par exemple, nous avons eu de la grêle pour la première fois. Je n’avais jamais vu ça. Elle a tout détruit en cinq minutes. Quant aux températures, elles deviennent extrêmes, avec des minima et des maxima que je n’avais jamais connus en trente ans. » Un programme d’urgence a été créé à la suite des inondations provoquées par les pluies diluviennes de 2013. Ce programme couvre 10 provinces et est venu en aide à 8 500 familles.

Santé mentale

Dans le domaine de la santé, Caritas Cambodge pilote un programme de prévention des problèmes de santé mentale pour les enfants et les adolescents de Battambang et Kandal, et dispose pour ce faire d’un centre situé au sud de Phnom Penh, la capitale. Là, travaillent une vingtaine de salariés qui suivent quelque 500 cas, dont 20 à 25 enfants à résidence. Le traitement choisi par le centre prend en compte non seulement l’enfant et son handicap, mais l’ensemble de sa famille.

« L’approche est holistique, précise Mgr Figaredo, les professionnels enseignent aux parents comment prendre soin de leurs enfants selon leur handicap ; comment réhabiliter, faire faire de l’exercice, stimuler, rendre plus ou moins indépendant. Ces parents sont invités à adhérer à une association de parents de handicapés et à bénéficier d’interactions entre eux. Les gens sont très reconnaissants, car ils sont très pauvres et généralement personne ne les aide. »

Jacques Duffaut
Crédits photos: © Secours Catholique-Caritas France
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