Caritas Europa : «L’accueil des réfugiés est une occasion formidable»

Publié le 10/09/2015
Caritas Europa : «L’accueil des réfugiés est une occasion formidable»
 

À la veille de « Refugees Welcome », le grand rassemblement citoyen de soutien aux migrants à Calais, samedi 19 septembre, Mgr Luc van Looy, président de Caritas Europa, partage sa vision d’accueil inconditionnel des réfugiés.

Quelles sont les actions menées par Caritas Europa en faveur des migrants ?

Mgr Luc van Looy :
Nous venons de publier un communiqué dans lequel nous demandons que l’Union européenne soit plus ouverte et plus unie afin d’accueillir ceux qui fuient les horreurs dans leurs pays. Nous lui demandons de sécuriser le parcours des migrants à travers l’Europe, de reconnaître sans difficulté le statut de réfugiés, d’attribuer des visas humanitaires, de lever les obligations de visa en cas de crise, de favoriser la réunification des familles et de prévoir des programmes d’intégration adaptés aux besoins des réfugiés. Ce communiqué vient en réaction au fait que les ministres des pays de l’Union européenne n’arrivent pas à se mettre d’accord et à trouver de position commune. Nous, nous avons pour principe que chaque personne a le droit d’avoir des perspectives d’avenir, un accès à l’éducation et au bonheur. Tous les pays d’Europe peuvent offrir à ces personnes, dans la mesure de leurs possibilités, des perspectives de bonheur.

Comment analysez-vous la situation actuelle ?

L’Europe ne parvient pas à établir un système de répartition des migrants dans les différents pays d’Europe. Les migrants ne pensent pas, par exemple, à aller en Pologne ou en Lettonie. Ils pensent à l’Allemagne ou à l’Angleterre, à la France ou à la Belgique. Mais la répartition est une nécessité pour pouvoir gérer cette situation.

Certains pays membres de l’Union européenne refusent les migrants, d’autres y mettent des conditions. Qu’en pensez-vous ?

Le secrétariat de Caritas Europa a des contacts permanents avec toutes les Caritas européennes. Caritas Hongrie est fortement engagée au niveau politique pour chercher à infléchir la position du gouvernement hongrois sur les migrants. Ils sont en contact. La position de la Hongrie est difficilement acceptable, car les migrants ne font que passer, ils ne veulent pas s’arrêter. Comment se fait-il qu’on érige des murs ? Nous voyons ces images à la télévision et on se demande comment un pays européen, d’origine chrétienne, peut prendre de telles décisions.

Nous ne sommes pas d’accord non plus avec les discours qui tendent à ne vouloir accepter que les réfugiés chrétiens. On ne fait pas une profession de foi avant d’accepter une personne dans la famille. Le temps de l’exclusivisme religieux est révolu. La priorité est d’accueillir des gens qui fuient des situations épouvantables dans leurs pays. Par ailleurs, Caritas Europa cherche à savoir comment mettre un terme aux conflits au Moyen-Orient grâce à la politique et à la diplomatie. Nous disons simplement que les gouvernements doivent s’investir politiquement et diplomatiquement pour rechercher des solutions à la paix en Syrie et en Irak.

L’Europe peut-elle absorber autant de migrants qu’elle le souhaite ?

Le pape François a demandé à chaque paroisse d’accueillir une famille. Combien de paroisses avons-nous en Europe ? Si chacune accueille une famille de quatre personnes en moyenne, on arrive à un nombre considérable. Ensuite, il nous faut aider les personnes qui arrivent, les aider à s’intégrer, leur donner la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école par exemple. De nombreux bénévoles sont prêts à aider les familles à apprendre la langue du pays. Personnellement, j’ai écrit une lettre pour demander aux paroisses de mon diocèse et aux institutions de m’indiquer les possibilités d’accueil. Nous avons actuellement en Belgique plus de 300 propositions. Paroisses et institutions vont apprendre à vivre avec les familles accueillies. Cela est vraiment chrétien. Quand les personnes arrivent, il y a un premier moment d’émotion, et, comme le Bon Samaritain, nous allons les aider. Comme le Bon Samaritain s’est adressé à l’auberge, nous allons adresser les réfugiés aux institutions. Puis, nous suivrons la situation, nous leur rendrons visite, nous les écouterons, nous les accompagnerons.

Vous êtes optimiste...

De nature. C’est une occasion formidable si on réussit à accueillir les réfugiés de façon coordonnée. Les bénévoles vont beaucoup apprendre de ces moments. Cela ne veut pas dire que ce sera simple. Nos cultures sont différentes. Mais il y a des opportunités qui s’ouvrent à notre sens chrétien avec cet accueil de l’étranger.

Caritas Europa sera-t-elle présente à « Refugees Welcome », la journée de solidarité du samedi 19 septembre à Calais ?

Absolument. Une délégation de Caritas Europa sera présente à Calais. Je devais y assister moi-même mais je ne peux malheureusement pas y aller. Je me faisais une joie pourtant d’y participer. Mais Caritas Europa est engagée aux côtés de Caritas France, c’est-à-dire du Secours Catholique, dont le secrétaire général, Bernard Thibaud, n’est autre que le vice-président de Caritas Europa, qui lui sera présent à Calais samedi.

Jacques Duffaut
Crédits photos : © Elodie Perriot/Secours Catholique
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