Crise syrienne : le Liban fragilisé

Publié le 10/05/2013
Liban, Syrie
 

Hombeline Dulière travaille pour le Centre des migrants de Caritas Liban (CLMC). Présente dans le pays depuis le début de la crise syrienne, elle témoigne de l’évolution préoccupante de la situation et des besoins grandissants des réfugiés.

Quels sont les besoins les plus urgents des réfugiés au Liban ?

Les Syriens fuient leur pays les mains vides ou avec une petite valise et arrivent donc au Liban avec presque rien. Certains ont pu emporter les quelques économies qu’ils avaient, mais la vie au Liban est chère et cet argent part très rapidement. Selon les assistantes sociales qui sont sur le terrain, les besoins principaux sont :
- la nourriture ;
- la literie ;
- les vêtements ;
- le lait et les couches pour les jeunes enfants.

Au-delà de ces besoins de base, beaucoup de familles n’arrivent plus à payer leur loyer et demandent aux ONG des tentes ou une aide au loyer.

Certains réfugiés vivent dans des tentes qu’ils ont fabriquées eux-mêmes et vivent dans des conditions très précaires. D’autres louent des appartements – qui sont maintenant très chers (certains propriétaires profitent de la situation, mais aussi en raison de la demande élevée, les prix augmentent) – et ont beaucoup de mal à payer les loyers. Certaines familles finissent donc par aller dans des camps. D’autres encore habitent chez des Libanais qui les accueillent.

Comme partout, la situation économique est difficile et peu de Syriens réussissent à trouver des emplois. La plupart d’entre eux trouvent un emploi journalier (un jour ils vont travailler dans un champ, un autre dans le bâtiment, etc.), ce qui n’apporte toutefois pas un revenu stable et fixe.

Comment Caritas fait-elle face à ces besoins croissants ?

Caritas a des bureaux dans les différentes régions du Liban, ce qui facilite son travail. Elle distribue des biens alimentaires et non alimentaires au Nord, au Sud, dans la vallée de la Bekaa, à Beyrouth et dans sa région.

Caritas assiste les familles syriennes non enregistrées au UNHCR [1] ou en attente d’enregistrement, ainsi que les Libanais et les Palestiniens de Syrie. Concrètement, les assistantes sociales de Caritas collectent les informations de base lorsque les réfugiés viennent pour s’enregistrer, puis effectuent une visite à domicile afin de répondre aux besoins réels des familles et d’évaluer leur vulnérabilité. Les familles ayant des besoins spécifiques sont référées aux ONG compétentes.

Principales difficultés des assistantes sociales : le grand nombre de Syriens qui affluent dans les bureaux pour s’enregistrer et recevoir de l’assistance. En raison du trop grand nombre de familles venant dans les bureaux, les voisins se plaignent du bruit et exigent que Caritas déménage. Caritas est donc à la recherche d’autres locaux.

Par ailleurs, les assistantes sociales ont parfois des difficultés à répondre à tous les besoins des réfugiés (aide au loyer, trouver un emploi, etc.), les moyens financiers dont elles disposent étant limités.

Quels sont les besoins en termes de santé ?

L’assistance médicale est un grand besoin : le UNHCR a dû diminuer le budget alloué pour aider les Syriens en raison du manque d’argent. Dans leur pays, les Syriens bénéficiaient de la couverture de l’État et n’avaient rien, ou peu, à payer pour les frais de santé. Au Liban, les frais hospitaliers sont exorbitants et la plupart d’entre eux ne peuvent payer l’assistance médicale. Or beaucoup souffrent de maladies chroniques, ou ont été blessés en Syrie, et n’ont pas les moyens de se soigner correctement. Le suivi psychosocial est également un grand besoin pour la plupart d’entre eux suite aux traumatismes vécus.

Caritas a une clinique mobile (composée d’un pédiatre et d’un gynécologue) qui tourne dans la vallée de la Bekaa et fournit aux malades les médicaments nécessaires. En revanche, il n’y a pas de médicaments pour les maladies chroniques. Lorsque les assistantes sociales de Caritas rencontrent des personnes qui ont des besoins spécifiques, elles les réfèrent aux ONG ou institutions compétentes.

Les enfants sont-ils scolarisés ?

Le centre des migrants est partenaire de l’UNICEF pour enregistrer les enfants dans les écoles, payer les inscriptions et distribuer cartables, uniformes et fournitures scolaires. Tous les enfants ne sont pas scolarisés mais les ONG, dont le CLMC, travaillent dur pour cela. Jusqu’à présent, 15 144 enfants (13 401 Syriens, 641 Libanais de Syrie et 1 102 Libanais hôtes) ont été inscrits dans des écoles par le CLMC à travers le Liban dans le cadre du projet UNHCR.

D’autre part, comme le cursus scolaire syrien (en arabe exclusivement) est différent du cursus libanais (anglais, français et arabe), les enfants ont du mal à suivre à l’école. Des cours de soutien scolaire, pour mettre les enfants à niveau ou leur apprendre les langues, sont mis en place par les ONG, dont le CLMC.

Constatez-vous des tensions entre la population libanaise et les réfugiés syriens ?

Certaines tensions grandissent entre Libanais et réfugiés : les Syriens sont embauchés par des employeurs au détriment des Libanais car c’est une main d’œuvre moins chère. Par ailleurs, le nombre de Syriens au Liban augmente de jour en jour ce qui effraye les Libanais qui ne veulent pas devenir une minorité dans leur pays.

 

Notes:

[1] Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Marina Bellot
© Patrick Delapierre/Secours Catholique
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