Dans le Jura, des partenaires particuliers

Publié le 27/06/2016
Jura
Angélique avec les acteurs du Secours Catholique devant sa maison dans le Jura.
 

Dans le Sud Revermont, au cœur du Jura, le Secours Catholique et les institutions publiques conjuguent leurs savoir-faire pour tirer de la précarité leurs concitoyens les plus en difficulté. Récit d'une mobilisation pour une maman en détresse.

Les hivers jurassiens sont souvent longs, froids et humides, et « les gens se ruinent à chauffer des maisons mal isolées. Les personnes en difficulté ne demandent qu’exceptionnellement de l’aide, constate Colette Clément. Pas facile d’aller vers elles»

Infirmière à la retraite, Colette est aussi secrétaire de l’association familiale locale, conseillère municipale et membre du centre communal d’action sociale (CCAS) de Cousance.

Christine Comas, animatrice du Secours Catholique local, siège au même CCAS. Les deux femmes se connaissent bien et cherchent ensemble les moyens de tirer de la détresse les personnes en grande difficulté. Colette évoque « les fournisseurs d’énergie obligés de déclarer en mairie les impayés ». Une piste pour savoir qui est dans le besoin.

Christine explique sa façon de procéder : « Dans le Jura sud, les bénévoles vont au domicile des personnes. L’équipe ne peut pas attendre que les personnes ayant des problèmes matériels ou de mobilité viennent à nous. Parfois, ce sont nos partenaires qui nous indiquent des situations difficiles. »

Maman en détresse

Il y a quelques mois, Patricia Vermeil, assistante sociale du secteur, a signalé une maman en détresse au Secours Catholique. Jean-Noël Klinguer, bénévole de l’association, est aussitôt allé lui rendre visite. Angélique, 37 ans, l’a reçu dans la cour. Elle est propriétaire de la maison, achetée à crédit il y a dix ans avec son premier compagnon. Puis elle y a vécu avec le père des enfants avant qu’il ne quitte à son tour le foyer.

Elle, ses trois enfants (7, 5 et 3 ans) et leurs nombreux chats vivent entre des murs qui se désolidarisent et sous un toit qui s’écroule. Angélique s’épuise à chauffer l’intérieur en alternant poêle à bois et chauffage électrique. Abandonnée, sans emploi, profondément déprimée, la jeune femme perd progressivement pied. L’alerte donnée par l’assistante sociale va stopper cette descente aux enfers.

 

L’intervention du Secours Catholique stigmatise moins que celle d’un travailleur social

 

Le Secours Catholique a immédiatement débloqué une aide financière et poursuivi ses visites à Angélique. À Noël, Jean-Noël est allé lui proposer un catalogue de jouets. Cette fois, il a été reçu sur le seuil. « Elle était heureuse, dit-il. Pour quelques euros, elle allait offrir des jouets neufs à ses enfants»

Par la suite, Christine et une autre bénévole lui ont proposé de partir en vacances avec ses enfants, tous ensemble. « Ce jour-là, elle nous a fait entrer. Elle avait préparé des tisanes et elle souriait»

Xavier Saget, responsable de la maison des solidarités du conseil départemental, juge complémentaire l’action simultanée des associations et des assistantes sociales. « L’intervention du Secours Catholique stigmatise moins que celle d’un travailleur social, surtout s’il vient pour l’Aide sociale à l’enfance. Le rapport est différent. Le regard moins lourd»

Améliorer l'habitat

« Ce jour-là également, se rappelle Christine, nous avons parlé à Angélique d’un programme d’amélioration de l’habitat. » Un programme élaboré par le conseil départemental et Ajena, association réunissant des techniciens spécialisés dans les diagnostics thermiques et les économies d’énergie.

Ajena étudie la faisabilité de partenariats financiers applicables aux solutions qu’elle préconise. Christophe Dalloz, conseiller à Ajena, est venu rencontrer Angélique. Il n’est pas encore entré dans la maison mais, vue de l’extérieur, celle-ci lui paraît très mal en point. « Elle ne vaut plus ce qu’elle a coûté il y a dix ans. Difficile de la revendre pour éponger le crédit bancaire. »

Accéder à la mobilité

Autre source d’angoisse pour Angélique, sa voiture. Le diagnostic de plusieurs garages est identique : les disques de freinage sont morts. Pour cela, Christine a contacté le seul garage solidaire du secteur. Christophe Gruet, son directeur, l’a ouvert il y a un peu plus d’un an en prenant modèle sur Solidarauto, le garage solidaire de Grenoble, financé par le Secours Catholique.

Il reçoit en don des voitures qu’il répare et revend aux bénéficiaires des minima sociaux. Il loue aussi des véhicules 6 euros la journée : « Attention ! Pas pour partir en week-end. Il faut me fournir un contrat de travail, une preuve que le véhicule est loué pour aller bosser. Je suis hyperstrict. Cela fait 180 euros par mois. Pour des gens qui gagnent 600 ou 700 euros, c’est beaucoup. »

Il réparera les freins de la voiture d’Angélique, « elle rentre dans les clous ». Angélique entend bien reprendre un travail après l’été. Elle relève la tête et voit soudain un avenir devant elle.

Jacques Duffaut
Crédits photo : © Xavier Schwebel
Portrait de famille
Plus d'informations
Soutien aux familles et à l'enfance
# sur le même thème