Défendre une agriculture au service des plus pauvres

Publié le 13/10/2014
Défendre une agriculture au service des plus pauvres
 

Émilie Johann, responsable du plaidoyer international du Secours Catholique, est l’une des rares Françaises à avoir participé au Sommet mondial pour le climat organisé par les Nations unies à New-York le 23 septembre. Interviewée juste avant, elle explique les enjeux de cette rencontre.

Pourquoi participez-vous au sommet mondial pour le climat ?

Ce sommet, initié par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, vise à offrir aux chefs d’États une tribune pour faire des annonces en vue de la prochaine conférence annuelle sur le climat (COP20) organisée à Lima en décembre. Lors de ce sommet, la France devrait se prononcer sur ses engagements en la matière, probablement le fonds vert mais aussi sur sa participation à l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (CSA Alliance) que nous estimons très dangereuse.

Mon rôle est de faire du lobby auprès des décideurs en faveur d’un engagement ambitieux et contraignant pour lutter contre les changements climatiques et qui soit respectueux des plus pauvres. J’assiste également au sommet interreligieux pour le climat qui réunit des leaders religieux de toutes confessions le 21 et 22 septembre. Enfin, j’assiste à l’assemblée générale des Nations unies sur les futurs objectifs de développement durable (ODD).

Qu’est ce que l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat ?

La CSA Alliance est lancée par la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, la Hollande, l’Afrique du sud, la Banque mondiale et bien d’autres pays en réaction aux blocages des négociations dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). En effet, certains pays du sud s’opposent à prendre des engagements contraignants dans le secteur agricole car ils sont inquiets pour leur sécurité alimentaire.

Pourquoi refuser cette Alliance ?

Cette alliance nous inquiète avant tout car elle est créée en dehors de la CCNUCC. Or nous estimons que le cadre onusien est essentiel car il garantit la participation de tous les pays.

Ensuite, au lieu de repenser les modèles agricoles, cette alliance prévoit simplement de verdir la production agricole. Autrement dit, elle propose de rester avec une approche de l’agriculture très productiviste, sans repenser le système alimentaire dans son ensemble ni se poser la question de l’accès à l’alimentation. Or nous savons que le problème de l’alimentation ne se pose pas aujourd’hui en terme de quantité mais d’accès et de répartition de la nourriture. Ce n’est pas parce qu’on produira plus de nourriture, que celle-ci sera plus accessible à tous.

Il ne faut pas qu’au nom de la lutte contre le changement climatique soient proposées des solutions qui fragilisent la sécurité alimentaire des populations. Ce concept d’agriculture intelligente face au climat reste très flou. En effet, il va de l’agro-écologie et la petite agriculture aux OGM et au marché carbone dans le secteur agricole. Or, par exemple, les crédits-carbone qui ne sont accessibles qu’aux grandes exploitations risquent de créer un attrait supplémentaire sur les terres et d’augmenter la pression sur le foncier, déjà très prisé par les multinationales.

En outre, la France a déclaré qu’elle y participerait, alors qu’elle recevra la 21ème conférence annuelle sur le climat (COP21) en 2015. Cela risque de contrecarrer ses efforts diplomatiques pour un engagement satisfaisant.

Clémence Véran-Richard
Crédits photos: © Lionel Charrier - M.Y.O.P. / Secours Catholique
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