Défi climatique : à Kaolack, on innove pour préserver la sécurité alimentaire

Publié le 04/12/2015
Sénégal
une femme avec des arrosoirs près d'un champ
 

Micro-barrages, reboisement, diversification des cultures, agroécologie… Dans le centre-ouest du Sénégal, la sécurité alimentaire gagne du terrain face aux effets du changement climatique. Entretien avec Gilbert Sene, chargé du développement rural à la Caritas Kaolack, partenaire du Secours Catholique. 

Quel est l’état des terres agricoles dans la région ?

Leur salinisation augmente depuis les années 1980. C’est une manifestation du changement climatique. Quand la quantité de pluie diminue le front salé progresse. Parfois, comme dans la région de Fatick, 33 % des terres sont salées, donc impropres à la culture. Ce phénomène entraîne la mort des arbres fruitiers, la riziculture devient aléatoire, la végétation se dégrade, voire disparaît dans les mangroves (ndlr: forêt littorale surtout composée de palétuviers), les sols sont à nu, les bas-fonds et les vallées ne peuvent plus être exploités.

Par ailleurs, beaucoup de terres qui servaient jadis à la riziculture et au maraîchage – les nappes phréatiques deviennent saumâtres et impropres aux cultures légumières – sont abandonnées. Cela réduit la possibilité pour les producteurs de satisfaire leurs besoins alimentaires à partir de leur propre production.

Quelles réponses Caritas a-t-elle trouvées face à la salinisation ?

Sous l’égide de Caritas, des villageois construisent depuis les années 1990 des micro-barrages pour réguler l’eau et dissoudre le sel. Ils ont bâti 5 micro-barrages anti-sel ; en outre, 6 barrages de retenue ont vu le jour afin de stocker l’eau et de recharger la nappe phréatique. Dans une zone proche de la mer, 3 micro-barrages empêchent l’eau de se déverser plus loin. Ils « rayonnent » sur un périmètre de 16 kilomètres créant ainsi des conditions favorables à l’utilisation des terres agricoles.

Nous reboisons les zones salées.

Autre outil contre la salinisation : le reboisement. Cinquante hectares ont été replantés – 30 000 eucalyptus, arbres à thé…- dans des zones salées, ce qui fait écran contre le soleil. Profitant de l’aubaine, la végétation reprend.  

Mesurez-vous précisément les résultats de votre action ?

Dans le diocèse, les micro-barrages ont étendu la surface « rizicultivable » à environ 500 hectares. La sécurité alimentaire gagne ainsi du terrain. Le front salé est repoussé en profondeur dans la terre. Le maraîchage (tomates, oignons, choux, piments) a redémarré là où la population dispose de puits. Il génère des revenus permettant à des familles de répondre à leurs besoins mais aussi de se procurer des ressources supplémentaires en vendant des produits sur le marché.

Des mesures atténuant les effets du changement climatique sont-elles prises?  

Caritas Kaolack réfléchit avec les populations aux mesures et stratégies pertinentes pour s’adapter au changement climatique ou vivre avec ce dernier sans conséquences graves. Souvent, elle étudie avec les habitants les manifestations visibles de ce changement : décalage et réduction des pluies, températures en hausse, vents chauds, disparition de la végétation… Elle analyse aussi les actions menées (changement des pratiques agricoles…) et encourage les améliorations encore possibles : introduction de cultures locales, diversifiées, variétés à cycles courts, agroécologie, code de gestion des ressources, conventions entre les communautés villageoises pour lutter contre l’exploitation abusive et irrationnelle des ressources forestières.

Yves Casalis
Crédits photos : ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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