Dominique Fontaine : « Le christianisme apporte une dimension en plus à l’écologie »

Publié le 17/06/2015
France
 

À l'occasion de la sortie de l'Encyclique du pape François Laudato Si consacrée à l'écologie, dominique Fontaine, aumônier général du Secours Catholique-Caritas France, explique l’importance de ce texte pour les chrétiens en particulier, et pour la planète en général.

 

L’écologie n’est pas un sujet nouveau au sein de l’Église catholique. Qu’est-ce que cette encyclique peut apporter de plus ?

Effectivement, la question écologique est abordée par Benoît XVI dans Caritas in Veritate. Avant lui, Jean-Paul II en avait parlé. Et des évêques se sont aussi déjà exprimés sur le sujet. Néanmoins, François effectue un pas supplémentaire, car c’est la première fois qu’une encyclique est entièrement consacrée à la question. Ce qui n’est pas rien, d’autant plus que c’est la première encyclique que le Pape François écrit lui-même [1].

Pourquoi une telle encyclique n’a-t-elle pas été rédigée avant ?

Parce que d’une manière générale, nous sommes à la traine sur l’écologie, et pas seulement l’Église. Tous les courants spirituels et philosophiques sont en retard. Même ceux qui disent se préoccuper de la question depuis longtemps, cela fait 50 ans maximum. De fait, le Concile de Vatican II parle déjà d’écologie, mais pas beaucoup et on reste sur une vision globale de la planète qui doit être conservée par l’homme, sans vraiment développer.

Je pense que si le Pape décide aujourd’hui de prendre le sujet à bras-le-corps, c’est aussi lié à la Cop 21. On voit bien ce qui se joue aujourd’hui : soit on prend des décisions et on met en place un vrai processus, soit on va dans le mur. Et le Pape a conscience de ça.

Pourquoi cette encyclique est-elle selon vous importante pour les chrétiens ?

D’abord parce que ça peut les mobiliser. Changer le monde depuis chez soi, c’est difficile d’y croire, on a rapidement l‘impression d’une goutte d’eau. Par contre, si on sent que l’Église catholique se mobilise globalement, que ce n’est pas seulement nous, quelques chrétiens dans la paroisse, mais les chrétiens du monde entier - de Côte d’Ivoire, du Tchad, d’Afghanistan, du Népal... - qui s’y mettent, cela peut motiver et fédérer. Les petits gestes individuels et quotidiens prennent en effet plus de sens dans un projet global.

Ensuite, parce que cela réaffirme que, contrairement à certaines idées reçues, l’écologie et le développement durable ne sont pas des sujets marginaux pour les chrétiens.

On dit même, à tort, que la Bible inciterait à exploiter la nature. Tout part de cette phrase dans la Genèse : « Dieu les bénit (Adam et Ève) en leur disant : Soyez féconds et prolifiques remplissez la terre et dominez-la... » (Gn 1,28). On a toujours (mal) compris cette idée de « dominer la terre » comme une sorte de droit d’exploiter. Or il faut ici comprendre « dominer » comme « être responsable ». La terre est donnée à l’Homme pour en être l’intendant et le jardinier, pas l’exploiteur.

C’est important de réaffirmer cela, non seulement pour les chrétiens mais pour tout le monde, car le christianisme a une dimension en plus à apporter à l’écologie.

Laquelle ?

La dimension spirituelle. Il ne s’agit pas seulement de cultiver la terre, de préserver la nature, les fleurs, les arbres... Mais de mettre toute l’humanité face à sa responsabilité du milieu dans lequel elle est. Et le titre de l’encyclique, « Laudato si » (Loué sois-tu), fait référence au chant de Saint François : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit... » La démarche est de se dire : « La terre ne nous appartient pas et nous nous tournons vers le créateur, nous sommes amenés à nous comporter comme des serviteurs et non pas comme des exploiteurs. »

En quoi cette encyclique est-elle importante pour le Secours catholique ?

Le Secours Catholique peut profiter du message universel du Pape pour insister sur la participation de tous au défi écologique. On a tendance à penser que l’écologie est une affaire de riches, or tout le monde peut et doit être acteur. L’association est partenaire de plusieurs projets liés au développement durable en Afrique, au Bangladesh... Par exemple, au Sénégal, des villageois ont mis en place le tri des déchets chez eux, et comptent, quand leur projet sera bien mûri, le proposer à la collectivité.

En France, il y a, par exemple, cette initiative en Picardie pour accompagner des personnes propriétaires de leur logement qui n’arrivent plus à payer leurs factures d’énergie. Souvent, il y a un problème d’isolation. On va effectuer avec elles les démarches nécessaires pour faire rénover leur habitat. À terme, elles font des économies d’énergie, résolvent le problème de factures et améliorent leur bilan carbone. Il faut mettre en avant et développer ce type de projets.

 

[1] La précédente encyclique, Lumen Fidei, avait été écrite avec Benoît XVI

Propos recueillis par Benjamin Sèze
Crédit Photo : © Martin De Lalaubie
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