Ebola : « Le réseau Caritas fortement engagé contre l’épidémie »

Publié le 24/10/2014
Ebola : « Le réseau Caritas fortement engagé contre l’épidémie »
 

Quelle est la situation en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, les pays les plus touchés par le virus ?

Dans des pays tout juste sortis de la guerre, la situation est grave. Beaucoup de bureaux, d’écoles, d’usines, de commerces ont dû fermer. La maladie bloque nombre d’habitants chez eux ou les pousse à quitter leurs villages ou villes. De nombreux champs ne sont plus cultivés. La population a du mal à se nourrir d’autant que les dépenses alimentaires augmentent, celles liées à la santé aussi.

Les cliniques et hôpitaux, eux aussi, ferment, le personnel prenant peur ou fuyant faute de matériel médical adéquat. À Monrovia, la capitale du Liberia où je me suis rendu récemment, la panique est visible et des malades sont stigmatisés. Une femme, sortie guérie de l’hôpital, a été empêchée de revenir chez elle par des voisins. J’ai vu aussi des orphelins – non infectés –, dont les parents ont été emportés par cette épidémie, rester seuls car leurs familles ne veulent pas d’eux...

Que vous ont dit les autorités libériennes sur cet engrenage meurtrier ?

Le ministre de la Santé a insisté auprès de moi pour que le réseau mondial Caritas continue à aider les malades porteurs du virus mais aussi, au-delà, ceux touchés par le paludisme, les personnes accidentées, les enfants ayant la rougeole... Il faut soulager les structures sanitaires dont les tâches sont très lourdes.

Comment appuyer les systèmes de santé en rupture face au “séisme” Ebola ?

Il est impératif que le réseau Caritas envoie des médecins, infirmières et gestionnaires pour consolider ces systèmes. En même temps, sur le terrain, y compris dans les zones les plus reculées, il faut mobiliser les communautés villageoises, informer le clergé, identifier les malades pour protéger les valides et sensibiliser la population en donnant des informations exactes (afin de lutter contre les fausses rumeurs et la stigmatisation) pour expliquer les modes d’infection et la méthode pour minimiser la transmission.

Parvient-on à atteindre les malades dans les zones les plus reculées ?

L’Église catholique est présente dans ces zones au moyen de ses dispensaires. Elle y accueille et y isole des malades qui sont ensuite soignés dans les centres ruraux gouvernementaux ou animés par Médecins sans frontières (MSF). Là, comme ailleurs, l’Église fournit aussi une aide alimentaire aux personnes les plus démunies affectées par les conséquences économiques et sociales de cette crise.

Vous insistez aussi sur les besoins affectifs et spirituels des malades et de leur entourage. Que faire dans ce domaine ?

L’aide spirituelle est importante ! Des agents pastoraux prient avec des villageois et citadins pris dans la spirale de l’épidémie tout en leur présentant, ainsi qu’aux responsables catholiques, les moyens de prévention adéquats. Aux catéchistes de convaincre les familles d’éviter d’observer les rites funéraires traditionnels (au cours desquels elles touchent les corps, portent le défunt dans l’église…) et de proposer dans les paroisses, comme alternative, des messes en mémoire des victimes.

Propos recueillis par Yves Casalis


Sierra Leone : des kits et des règles d’hygiène contre Ebola

Au 23 septembre, 584 personnes étaient décédées sur les 1 753 atteintes par la maladie en Sierra Léone. Sous l’égide de la Caritas locale, dans 9 districts affectés ou risquant de l’être, 61 965 personnes (familles très démunies, dont des membres sont morts du fait d’Ebola, ou ont connu des présomptions de contamination…) reçoivent des kits d’hygiène (savon, chlore en tablettes…). Des chefs traditionnels locaux, des agents de santé villageois, des responsables de jeunes, préalablement formés par Caritas, informent les habitants des villages les plus reculés sur les règles d’hygiène à appliquer pour éviter la transmission du virus. Les villageois proches des sites de quarantaine comprennent désormais mieux leur rôle dans le recul de l’épidémie. Le Secours Catholique verse 50 000 euros d’aide d’urgence à son partenaire.

© Caritas Internationalis
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