Église : les pauvres s’expriment à pleine voix

Publié le 07/05/2013
 

Pour faire vivre la démarche Diaconia, plusieurs commissions d’experts ont été créées en 2010. L’une d’elles, le groupe “Place et parole des pauvres”, réunit des personnes en situation de précarité.

« Il existait, au lancement de la démarche Diaconia, une commission nationale de théologiens, une autre sur l’œcuménisme, une pour l’animation… mais aucune ne donnait la parole aux personnes en situation de pauvreté, » se souvient Jean-Claude Caillaux, coordinateur du réseau Pierre d’angle (rassemblant plusieurs groupes de partage d’Évangile). « Nous avons donc proposé la création d’une commission qui permette aux pauvres de faire partie de l’organisation et de la réflexion qui commençait. Notre conviction était que l’Église comme la société ont à apprendre des plus démunis. »

Il est alors devenu l’animateur de cette commission, appelée groupe “Place et parole des pauvres”, qui a d’abord comporté 9 personnes, pour des réunions mensuelles, avant de s’élargir en juillet dernier à 21 participants. 15 d’entre eux sont des personnes fragilisées qui fréquentent un groupe de partage d’Évangile dans leur région, tous membres du réseau Saint-Laurent.

Dès les premières réunions, en novembre 2010, des thèmes ont été choisis pour guider les discussions. Le titre de la commission fut une première inspiration : la place des pauvres dans l’Église, leur parole en son sein, comment être un chrétien “normal”… Leurs échanges ont conduit à la rédaction de plusieurs textes. « Ce groupe a pour but de laisser émerger une pensée. Celle-ci manque souvent, car on considère plus facilement un théologien qu’une personne précaire », ajoute Jean-Claude Caillaux.

La Parole de Dieu, source de force dans la précarité

Pourtant, comme le dit Linda Molina, l’une des participantes, « devant la Parole de Dieu, on est tous ensemble, mélangés. Il n’y a plus de pauvres ou de riches ». Pour Laurence Drouin, «  la Parole de Dieu est forte en nous, les pauvres, parce qu’on sait ce qu’est la souffrance, on l’a vécue ».

Entre les participants du groupe “Place et parole des pauvres”, on sent une compréhension réciproque, un niveau de complicité qui semble difficile à atteindre pour ceux qui n’ont pas vécu de “descente aux enfers”. « Dans ce groupe, je trouve la joie d’être écouté, » témoigne Alain Bonnet. « Pour être bien dans ma peau, il faut que je rencontre des gens comme moi, des pauvres, car on parle le même langage. Les autres ne comprennent pas toujours… »

Martine Fernet en a fait une analyse : « Nous avons la mémoire du corps. Les coups durs, les galères sont présents dans notre organisme. Même si nous pouvons aller mieux, il y a des périodes où cela nous retombe dessus. Moi, je l’expérimente chaque année, à l’anniversaire de la naissance de mon fils et à celui de sa mort. Et il faut se bousculer pour ne pas se laisser submerger par le noir qui s’installe, prier pour sortir de l’enfermement. »

Barrière douloureuse

Pour Geneviève Gimelle, l’apport du groupe “Place et parole des pauvres” a été dans les rencontres avec d’autres au sein de la commission : « Avant, je faisais le ménage et le service dans une maison d’accueil de Rennes. Nous recevions parfois les évêques de l’Ouest. J’étais alors le manche du plat. Je les servais sans un regard de leur part. C’était important pour moi de parler avec des évêques dans le cadre du groupe, de voir qu’il n’y avait pas cette barrière douloureuse. »

Pour démultiplier l’apport de la commission à la démarche, le “club Diaconia” a été créé. En juin et en décembre derniers, puis en janvier, tout le groupe s’est retrouvé pour une conférence à l’Institut catholique de Paris, partageant la tribune avec un évêque, un économiste ou encore un chef d’entreprise. « Ce n’est pas ordinaire de voir des pauvres parler à égalité d’humanité avec des personnalités, sans que ces dernières monopolisent la place », confie Jean-Claude Caillaux.

Les réunions de copilotage de la démarche Diaconia ont aussi amené les autres commissions à évoluer au contact du groupe “Place et parole des pauvres”. « Au début, on était beaucoup à penser que ce groupe servirait à poser la question du service au frère, de ce que l’Église pouvait apporter comme solutions solidaires aux pauvres », explique Jean-Marie Martin, chargé de projet en animation spirituelle du Secours Catholique et membre du groupe.

Les personnes en situation de fragilité du groupe ont très vite répondu : « C’est bon, ça fonctionne de ce côté-là. Par contre, on veut parler de la manière dont on peut faire Église avec les autres, notre priorité c’est de parler de la foi. »

L’un des participants du groupe va jusqu’à déclarer : « Il n’est pas acquis du tout que l’Église accepte les pauvres chez elles. » Des signes positifs sont néanmoins là : des diaconies sont en train de se créer dans plusieurs diocèses, des groupes de partage d’Évangile se rencontrent les uns les autres et se mettent en lien avec les communautés paroissiales.

Mais le plus grand espoir pour la commission “Place et parole des pauvres” est venu de Rome, très récemment, comme l’exprime Olivier Barrey, l’un des membres : « Avec le nouveau pape François, après les gestes qu’il a déjà posés, c’est sûr que Diaconia ne va pas s’arrêter à la fin du rassemblement de mai. »

Pour accompagner la démarche Diaconia, l’équipe nationale a réalisé un DVD qui réunit des témoignages de personnes démunies participant à des groupes de partage d’Évangile : Paroles de Dieu, paroles de vies, 15 euros (+ 2 euros de participation aux frais de port).

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Lionel Charrier-Mop/Secours Catholique
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