Élections : quand l’Europe s’engage auprès des plus pauvres

Publié le 09/05/2014
Union Européenne
 

L’Europe peine à se faire aimer de ses citoyens, qui se rendront aux urnes du 22 au 25 mai pour élire leurs eurodéputés. Beaucoup la perçoivent comme lointaine, peu préoccupée du sort des plus démunis. Elle développe pourtant de nombreuses actions, souvent peu connues, en leur faveur.

Kheira regarde l’objectif sans ciller. Sur l’ardoise qu’elle brandit, ces simples mots : « Je suis citoyenne française, je suis à la rue. Que fait l’Europe ? » La photographe qui lui fait face saisit son appareil et immortalise sa demande.

Kheira fait partie de cette dizaine de personnes accueillies par le Secours Catholique de Saint-Denis (93) qui ont exprimé, le 11 février, leurs attentes vis-à-vis des institutions européennes.

Cet événement entrait dans le cadre de la campagne pour une Europe plus solidaire conduite depuis des mois par plusieurs associations européennes, dont le Secours Catholique. « Nous y associons les personnes en difficulté pour qu’elles puissent témoigner, et réfléchir sur l’impact que pourrait avoir l’Europe sur leur quotidien, explique Geneviève Colas, responsable du pôle Europe au Secours Catholique. Être citoyen européen, ce n’est pas seulement voter. C’est faire entendre sa voix. »

Avancées menacées

Il s’agit d’une nécessité. Car dans les faits, l’Europe sociale peine à se concrétiser. Ses timides avancées sont même parfois menacées. Le Fonds d’ajustement à la mondialisation, qui vient en aide aux chômeurs européens, a par exemple vu son budget annuel passer de 500 à 150 millions d’euros.

De même, le Fonds européen d’aide aux plus démunis, indispensable à l’aide alimentaire, a failli disparaître l’année dernière sous la pression des chefs d’État. Ce Fonds a finalement été sauvé grâce à la Commission et au Parlement européens.

La rapporteur du Parlement pour le Fonds social européen (FSE), Élisabeth Morin-Chartier, était de ce combat : « Certains chefs de gouvernement, de droite comme de gauche, pensent : “chacun ses pauvres.” Or l’une des valeurs fondatrices de l’Europe est la solidarité. On ne pourra pas sortir de la crise actuelle sans l’Europe sociale. »

Si l’Europe sociale est loin de faire l’unanimité, elle n’en existe pas moins. De nombreux fonds financent aujourd’hui la politique sociale européenne, ou “politique de cohésion”, dans le jargon bruxellois. Elle s’appuie, entre autres, sur le Fonds européen de développement régional (Feder) et le Fonds social européen. Créé en 1957, ce dernier représente la première ébauche concrète d’une Europe solidaire.

Augmentation du budget du Fonds social européen

À l’origine, ce fonds permettait à des travailleurs de professions sinistrées, comme celle des mineurs, de retrouver un emploi. Puis le FSE a progressivement élargi son action à d’autres catégories. Pour la période 2014-2020, une nouvelle mission lui a été confiée : favoriser le maintien dans l’emploi, et non plus seulement l’entrée ou le retour sur le marché du travail. « Il est plus simple de maintenir quelqu’un dans l’emploi que de lui en retrouver un une fois qu’il l’a perdu », a constaté Élisabeth Morin-Chartier.

Le Parlement européen a obtenu que 20 % des 84 milliards alloués au FSE sur la période 2014-2020 soient utilisés pour lutter contre la pauvreté par le biais de l’emploi. C’est une victoire pour les tenants d’une Europe plus sociale, d’autant plus que le budget du FSE a augmenté de 8 milliards d’euros par rapport à la précédente mandature. Et ceci en dépit d’une baisse globale du budget européen.

Élisabeth Morin-Chartier regrette toutefois que le FSE n’ait pas la visibilité du Feder, qui finance entre autres la construction de bâtiments : « Sur le terrain, les élus ont une fâcheuse propension à préférer le bitume au capital humain. Un bâtiment s’inaugure avec un beau ruban. L’intégration professionnelle, elle, est moins visible. »

"DG Marx"

Moins visible, comme tant d’actions menées par l’Europe. Et c’est bien là le nœud du problème. L’Europe continue de pâtir de son image technocratique et de sa complexité institutionnelle. Élisabeth Morin-Chartier n’en disconvient pas : « Lorsque je suis arrivée en 2007, il existait sept niveaux de contrôle au sein du FSE avant la validation de certaines demandes d’aide ! Nous avons dû simplifier la procédure. »

« L’Europe, ce n’est pas de la politique étrangère, c’est la vie quotidienne », a même dû rappeler Michel Barnier, le commissaire au Marché intérieur, lors d’un débat européen à la Plaine-Saint-Denis le 27 février.

Paradoxalement, cette complexité a eu un bienfait : celui de développer une culture du consensus. Jusqu’à, parfois, brouiller les lignes politiques. Tous deux de droite (UMP), Élisabeth Morin-Chartier et Michel Barnier n’en défendent pas moins une ligne à mille lieues de l’ultra-libéralisme. La première soutient la convergence des salaires au niveau de l’Europe, tout comme le ministre des Affaires européennes Thierry Repentin.

Michel Barnier, pour sa part, se bat pour réglementer en profondeur le système bancaire européen. Au point que son administration, la “DG Markt”, a été surnommée “DG Marx” par ses détracteurs. Si l’Europe sociale a encore un long chemin à parcourir, elle ne manque pas d’apôtres.


Pierre Wolf-Mandroux
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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