Emploi : l’Europe propose des financements

Publié le 06/02/2012
Europe
 

Après le traité de discipline budgétaire et la mobilisation pour l’emploi adoptés le 30 janvier par le Conseil européen, Cristina Arigho, porte-parole du commissaire européen chargé de l’Emploi, des Affaires sociales et de l’Inclusion, commente les nouveaux moyens proposés par l’Europe pour lutter contre le chômage, qui touche près de 24 millions de travailleurs. Caritas Europa, partenaire du Secours Catholique, demande un salaire minimum pour tous les pays.

Le Fonds social européen (FSE) dispose de 30 milliards d’euros pour aider notamment les associations à financer des projets d’aides à l’insertion par l’emploi.

Le Fonds social européen (FSE) a été doté de 30 milliards d’euros. À quoi vont-ils servir ?

Cristina Arigho : Il reste en fait 22 milliards d’euros en 2012 dans le FSE, sans affectation précise. S’y ajoutent 8 milliards de cofinancements nationaux. Pour utiliser cet argent, nous avons besoin que les pays nous donnent des projets spécifiques qui devraient être orientés vers les jeunes, dont on connaît la situation dramatique dans plusieurs pays. En Espagne leur taux de chômage atteint 50 %.
Le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement du 30 janvier a précisé la destination à donner à ces crédits : soutien à la mise en place de dispositifs d’apprentissage et à ceux en faveur des jeunes entrepreneurs et entrepreneurs sociaux.
Par ailleurs, le Conseil demande des mesures concrètes aux États : que tous les jeunes soient en emploi ou en formation peu de mois après leur sortie du système éducatif ; augmentation des stages et de l’apprentissage ; utilisation d’Eures, le portail européen de l’emploi [1], pour faciliter l’emploi des jeunes dans un autre État membre ; suppression des restrictions injustifiées dans les services et le commerce (notamment en France) ; soutien de la Banque européenne d’investissement aux PME…

Sur les 23,7 millions de chômeurs européens, combien ont-ils retrouvé du travail dans un autre pays grâce au système Eures [2] ?

Il est difficile de répondre, mais on peut dire que notre portail de l’emploi en Europe présente plus de 1 300 000 offres de tous pays et 784 000 curriculum vitae, accessibles à tous. Les entretiens entre les correspondants Eures des services de l’emploi de chaque pays membre et les demandeurs d’emploi ont par ailleurs débouché sur 50 000 stages internationaux en 2010.

Comment concilier la priorité donnée par les agences de l’emploi aux chômeurs de leur pays et les candidatures des demandeurs d’emploi d’autres pays ?

Il ne devrait pas y avoir de priorité. Tous ont les mêmes droits en tant que travailleurs européens. C’est le droit fondamental de la libre circulation des travailleurs. Un coiffeur, par exemple, doit pouvoir travailler dans tous les pays de l’Union. Les seules restrictions admises ont trait aux compétences et à la reconnaissance des qualifications professionnelles. Le commissaire au Marché intérieur et aux Services, Michel Barnier, travaille à l’harmonisation de ces compétences. Il faut par exemple que la spécialité « traumatologie » trouve son équivalent dans tous les pays de l’Union.

Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation aide à la réinsertion de travailleurs ayant perdu leur emploi, notamment après des délocalisations. N’est-ce pas une façon d’encourager celles-ci ?

Non car ce fonds, doté de 500 millions d’euros par an, est destiné aux travailleurs et non aux entreprises. Celles-ci n’échappent en rien à leurs obligations. Les pays non plus. C’est un peu plus d’argent pour permettre un service personnalisé, comme par exemple des formations pour les travailleurs licenciés qui veulent créer une petite entreprise.

Pourquoi le taux de chômage de l’Autriche ne dépasse-t-il pas 4 % ?

Ce pays a par exemple instauré une véritable garantie pour les jeunes à leur sortie du système scolaire : dans les quatre mois, ils ont l’assurance d’être soit en emploi, soit en formation. Ce qui permet de les retirer des statistiques du chômage. Le Danemark et les Pays-Bas ont aussi un faible taux de chômage. Ce sont les pays de la flexi-sécurité : les contrats de travail ne sont pas trop protégés, c’est l’emploi qui est protégé. Quand on perd son travail, on est fortement soutenu et on en retrouve très vite un nouveau.

La Commission considère que la France n’a été que « moyennement » affectée par la crise. Comment l’expliquez-vous ?

Il faut se reporter aux recommandations de juillet 2011 du Conseil européen. Votre pays a été relativement moins touché, grâce à l’ampleur de ses stabilisateurs économiques (l’indemnisation du chômage soutenant le pouvoir d’achat, notamment) et à la résistance de la consommation des familles. Mais le déficit budgétaire est passé de 3,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2008 à 7,5 % en 2009.

Dans les mêmes recommandations, le Conseil note cependant que le nombre de conseillers de Pôle emploi reste très insuffisant, tout en indiquant que la protection de l’emploi demeure trop stricte. N’est-ce pas contradictoire ?

Non, il n’y a aucune contradiction à mes yeux. Je ne pense pas qu’il soit question de réduire la protection de l’emploi, mais qu’il s’agit plutôt d’introduire plus de flexibilité dans les contrats de travail et en même temps plus de sécurité. Cela n’augmente pas nécessairement le chômage, alors que les contrats trop protégés peuvent paradoxalement entraîner des licenciements.

Notes:

François Tcherkessoff
© Zhou Lei/Landov/Maxppp
Jeune homme réparant un ordinateur
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