En finir avec le chômage de longue durée

Publié le 09/12/2015
France
En finir avec le chômage de longue durée
 

Mercredi 9 décembre, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité une proposition de loi « territoires zéro chômage de longue durée », inspirée par un projet conçu par ATD Quart Monde et soutenu par le Secours Catholique-Caritas France. Quelle est l'idée de ce projet ? Entretien avec Guillaume Almeras, responsable Emploi et économie solidaire au Secours Catholique.

En quoi consiste le projet « territoires zéro chômage de longue durée » ?

L'idée principale de ce projet est de réorienter les efforts engagés dans la lutte contre le chômage longue durée, que ce soit sous forme d'aide financière ou d'accompagnement vers l'emploi, vers la création d'activité.

De quels constats est né cette idée ?

Depuis la fin des années 1980, le Secours Catholique accompagne des personnes vers le retour à l'emploi, notamment à travers l'insertion par l'activité économique. Aujourd'hui, on voit bien qu'il y a des personnes pour qui cette dynamique n'est pas suffisante. On peut les accompagner, les motiver, pendant un ou deux ans, mais au bout du compte, on sait bien qu'elles auront toujours du mal à trouver un emploi.

Parfois tout simplement parce qu'elles ne sont pas prêtes à aller vers le travail, mais aussi, dans beaucoup de cas, parce qu'il n'y a pas d'offres sur leur territoire.

Avec ce projet, on prend le problème à l'envers. Partant du principe que c'est un peu vain de travailler sur l'accompagnement s'il n'y a pas d'offres d'emploi au bout, on réfléchit à comment créer de l'activité sur un territoire sinistré afin que tout le monde puisse travailler.

Car quand une personne est au chômage depuis un, deux ou trois ans, elle a sans doute un peu d'argent pour vivre, mais elle souffre souvent d'un sentiment d'inutilité, de non reconnaissance par la société. Tout l'intérêt ici est de permettre à ces personnes de se sentir utiles parce qu'elles contribuent à la société.

Quel serait le processus ?

La première idée est de réaffecter les « dépenses passives ». Plutôt que de donner de l'argent à des personnes parce qu'elles ne peuvent pas travailler, on va verser cet argent à une entreprise, ou une association, habilitée qui aura pour vocation de créer de l'activité pour donner du travail à ces personnes. Ces dernières seront employées en CDI et toucheront un vrai salaire à hauteur du Smic. Ce salaire sera financé en partie par les dépenses sociales réaffectées et en partie par les recettes générées par l'activité. 

La deuxième idée est que l'activité créée ne doit pas concurrencer celle d'une entreprise existante sur le territoire, et qu'elle doit correspondre à des besoins sur place.

On peut imaginer, par exemple, un particulier ou une paroisse qui veut faire rafraîchir son jardin mais qui ne trouve pas d'entreprise dans le coin pour ce type de service, ou qui n'a pas le budget pour s'offrir les services de cette entreprise.

En revanche, ce particulier, ou cette paroisse, seraît prêt, ou prête, à payer moins cher pour cette prestation. Cela crée un marché qui n'existerait pas sans ce nouveau service proposé à un tarif abordable.

La troisième idée est d'essayer de faire coïncider les compétences des personnes et les besoins du territoire. Un graphiste, un sculpteur, un informaticien ou un chauffeur routier, qui pour une raison ou pour une autre ne peut exercer son métier, a des compétences qu'il peut mettre au service du territoire. Il faut voir dans quelle mesure, cela peut répondre à des besoins.

Qu'attend-t-on de cette expérimentation ?

D'un point de vue financier, qu'elle ne coûte pas plus cher à la collectivité que le simple versement d'une prestation sociale. Il faut 25 000 euros pour financer un poste sur une année. L'État verse 15 000 euros. Il faudra donc que la personne, à travers son activité, réussisse à faire rentrer 10 000 euros par an.

D'un point de vue humain, que cela soit facteur de mieux-être chez la personne. Il faudrait évaluer cela à partir d'indicateurs de bien-être : le confort, la santé physique et psychologique, les relations sociales...

D'un point de vue économique et social, que cela génère un petit dynamisme local. On peut imaginer, par exemple, un service de visites à domicile chez les personnes âgées isolées.

Ou dans certaines communes, un service d'entretien des monuments ou des chemins de randonnée qui étaient jusque là laissés à l'abandon faute de moyens. Cela pourrait même générer un petit regain du tourisme local.

Ou enfin, dernier exemple : une personne, qui a des compétences de graphiste, pourrait proposer ses services à un petit artisan local qui a besoin de flyers publicitaires pour développer son activité mais qui n'a pas les moyens de payer une boîte de communication.

Ce sont de toutes petites choses, qui peuvent néanmoins amorcer une tendance positive. Pour vivre ensemble et en confiance, il faut donner la possibilité à chacun de contribuer à la vie collective.

Jusqu'à quand doit durer la phase d'expérimentation ? 

L'expérimentation est prévue pour 5 ans. Elle doit être menée sur 10 territoires dans 5 départements : la Nièvre, les Bouches-du-Rhône, l'Ille-et-Vilaine, les Deux-Sèvres et la Meurthe-et-Moselle.

Nous avons, pour l'instant, choisi des territoires ruraux pour des questions notamment de lisibilité, c'est plus facile d'y observer le réel impact du dispositif.

 

Territoires Zéro Chômeur : le manuel d'expérimentation

Un guide pédagogique et pratique pour comprendre et mettre en œuvre l'expérimentation Territoires Zéro chomeur basée sur les trois principes : personne n'est inemployable, le travail ne manque pas, et l'argent non plus !
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Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
Jeune homme réparant un ordinateur
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