Enfants étrangers : le parcours du combattant

Publié le 04/09/2013
Enfants étrangers : le parcours du combattant
 

Brigitte Cerf est membre du Collectif pour le droit des enfants roms à l’éducation, partenaire du Secours Catholique. Au sein du syndicat SNUIPP-FSU où elle est engagée, elle s’occupe des questions des droits et des libertés.

Tout enfant de 6 à 16 ans doit être scolarisé quand il réside en France. Qu’est-il prévu pour les enfants étrangers qui ne parlent pas français, dits allophones ?

Quand ces enfants arrivent en France, ils sont orientés vers le Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (CASNAV). Ils passent alors un test d’évaluation, qui peut même avoir lieu dans leur langue natale puisque l’objectif est de découvrir leur niveau scolaire.

Ensuite, ils sont affectés à une Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A). Ce sont des classes spécialisées pour apprendre le français rapidement, dans un établissement de primaire ou de secondaire, réparties sur tout le territoire. Il est important qu’immédiatement, les enfants étrangers aient accès à des cours pour connaître la langue.

De plus, les enfants suivent en même temps les cours d’une classe proche de leur tranche d’âges. Même si parfois cela ne peut être qu’en sport, cela vaut déjà le coup : l’important est qu’ils ne restent pas dans une bulle, qu’ils soient intégrés à un environnement ordinaire le plus vite possible. Cela peut jouer beaucoup pour l’intégration de la famille entière.

Comment les familles inscrivent-elles les enfants ?

Pour l’école primaire, l’inscription se fait à la mairie. Pour les collèges et lycées, il faut se rendre au rectorat. Souvent, il y a plus de complications pour le primaire. Outre le fait qu’il faut avoir tous les papiers administratifs à jour, on note à cette étape des réticences dans certaines mairies.

Les enfants étrangers venant du Canada n’ont généralement pas de problème. D’autres n’ont pas « une adresse comme les autres » : les hôtels les moins chers qui accueillent des demandeurs d’asile ou des réfugiés sont souvent situés dans des zones industrielles. Et quand ces hôtels sont dans un espace limitrophe de deux communes, ces dernières se renvoient la responsabilité.

Les exemples sont nombreux : en Seine-et-Marne, récemment, nous avions une famille dont les grands étaient scolarisés au collège sans souci alors que leurs petits frères et sœurs ont attendu huit mois pour avoir accès à une classe de primaire. À Saint-Gratien, dans le Val d’Oise, en 2011, une trentaine d’enfants de réfugiés politiques ont pu être scolarisés mais n’avaient le droit ni à la cantine, ni à l’accueil scolaire, ni à l’étude.

Qu’en est-il pour les enfants vivant dans les bidonvilles ?

Leur situation rejoint celle des enfants de sans-papiers : quand on passe d’un hôtel à un autre, d’un hébergement à un autre, il est très difficile de suivre une scolarisation normale. Pour les enfants vivant dans les bidonvilles, ce facteur est aggravé : quand on vient d’être victime d’une évacuation par la police, la priorité est de manger, de trouver un toit.

Ensuite, les enfants perdent confiance, certains se disent « si je vais à l’école et que le bidonville est évacué pendant ce temps-là, comment retrouver ma famille ? ». C’est dur pour les familles… et pour ceux qui les accompagnent ! À Deuil-la-barre, dans le Val d’Oise, 22 enfants scolarisés depuis trois dans la commune ont été expulsés en juillet. Une expérience d’insertion qui marchait très bien a été détruite en une journée.

Enfin, il y a le cas des mineurs isolés…

C’est un gros dossier qui risque d’exploser très vite car beaucoup de mineurs isolés sont aujourd’hui à la rue. La scolarisation est très difficile pour eux. Quand ils se présentent pour s’inscrire au collège ou au lycée, on les envoie vers des plateformes professionnalisantes avec un apprentissage accéléré du français et une formation rapide en peinture ou en bâtiment. Quant à ceux qui arrivent en France sans famille avant 14 ans, ils sont orientés vers un CAP. On oublie que ces jeunes sont des enfants, ils ne sont vus que comme des étrangers.

Comment lutter contre les discriminations dont sont victimes ces enfants ?

L’an dernier, une circulaire du ministère pour la Réussite éducative a rappelé les aspects pratiques très clairement : à partir du moment où une famille commence une démarche administrative dans une commune, cela est reconnu comme une attache à cette même commune. De ce fait, doit découler la scolarisation des enfants de cette famille.

Cette circulaire a été prise après une demande du Collectif pour le droit des enfants roms à l’éducation (dont fait partie le Secours Catholique, ndlr). Cette année, nous avons la même préoccupation : certaines mairies semblent avoir oublié ou veulent oublier ce point important.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Elodie Perriot/Secours catholique-Caritas France
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