Espagne : l’Europe et Caritas au chevet de l’emploi

Publié le 21/05/2014
Espagne
 

Maria-Jesus enroule une mèche de cheveux avant d’appliquer la couleur. Elle avait obtenu son diplôme de coiffeuse à 18 ans, mais en trente ans les choses ont beaucoup changé. « Mon mari et moi sommes au chômage. Nous touchons 400 euros par mois. Nous avons une fille de 6 ans, un crédit à payer, des factures. Et on a beau chercher du travail, il n’y a rien. »

Caritas Madrid est son unique recours. C’est le deuxième cours auquel elle participe et à l’issue des 100 heures de formation offertes, elle envisage de s’installer à son compte. Comme elle, 6 millions de personnes sont au chômage en Espagne.

Pour lutter contre ce fléau, le Fonds social européen intervient dans ce pays depuis les années 2000. Grâce à ces financements, dont 90 % vont à l’emploi, le réseau Caritas a pu intensifier ses actions. Rien qu’à Madrid, trois centres ont ouvert depuis la crise et proposent des cours pour devenir concierge, électricien, cuisinier... Mais les listes d’attente ne cessent de s’allonger. Alors qu’au départ les fonds étaient principalement destinés à réinsérer des personnes immigrées et très éloignées du monde du travail, aujourd’hui, une personne accueillie sur deux est espagnole.

Économie solidaire

« Nous rencontrons des personnes que nous n’aurions jamais vues il y a seulement quelques années. Qualifiées, elles ne trouvent pas de travail et ne perçoivent plus aucun revenu, s’inquiète Sebastian Mora, secrétaire général de Caritas Espagne. Mais nous croyons qu’un monde meilleur est en train de se dessiner grâce aux mouvements citoyens. Nous sommes arrivés aux limites du capitalisme. Le pape lui-même l’a dit, il faut refonder le système. »

L’organisme a fait le pari de l’économie sociale et solidaire avec 22 entreprises d’insertion et 6 coopératives à travers tout le pays, qui ont permis la création de près de 600 emplois l’an dernier. « Nous voulons promouvoir un autre type d’entreprise, précise Felix Miguel Sanchez, coordinateur emploi au sein de Caritas Espagne, plus soucieuse de l’humain que des bénéfices et capable de réinsérer les personnes en situation d’exclusion. »

Deyner, 37 ans, fait partie de ces exclus. Jamais il n’aurait pu être embauché par une entreprise classique. En prison depuis cinq ans, ce Colombien a retrouvé la force de se battre grâce à Asiscar, une entreprise d’insertion du réseau Caritas Madrid qui fait du transport de colis. « J’avais besoin de bouger et de recommencer à travailler, sinon je serais devenu fou. Quand Asiscar m’a dit que j’étais embauché, c’était comme gagner à la loterie. »

L’expérience l’a transformé

Lorsqu’il est arrivé en Espagne, Dreyner a trouvé du travail comme ouvrier dans le bâtiment. Mais sans prévenir, son patron a mis la clef sous la porte sans lui payer ce qu’il lui devait. Pour Dreyner, c’est le début de la descente en enfer. Il commence à vendre de la drogue pour se faire de l’argent facile mais les choses tournent mal. Tous les soirs, il rentre dormir en prison, en attendant de pouvoir retrouver son scooter, ses collègues et un peu de liberté.

Pour Francisco, tout cela est déjà derrière lui. À 46 ans, et après des années à enchaîner des petits boulots et des périodes de chômage, il est prêt à déplacer des montagnes. Son expérience chez Asiscar l’a transformé. « Mentalement, physiquement, économiquement, je vais beaucoup mieux. J’ai arrêté la drogue, mon ex-femme qui ne voulait plus me voir est devenue une amie et je passe plus de temps avec mes filles. Je suis un autre homme. »

Une pile de CV sous le bras, il s’apprête à démarcher toutes les entreprises de transport de la capitale. Et s’il le faut, il achètera une petite moto grâce au microcrédit que propose Caritas Madrid. « Ce n’est qu’un début, l’encourage Tusti Gutierrez, la directrice adjointe en charge de l’emploi. Nous serons toujours là pour t’aider. »

Au total, depuis 2007, ce sont près de 500 000 personnes qui ont été accueillies, dont 81 633 ont repris pied dans l’emploi. Cependant cette réinsertion se fait encore dans des conditions très précaires, puisque les contrats signés sont temporaires, allant d’une journée à deux mois maximum.

Concepcion Alvarez

 

 

 

© Lionel Charrier-Myop/Secours Catholique
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