Essonne : Young Caritas auprès des migrants

Publié le 01/07/2014
 

Cet hiver 2013, plusieurs jeunes bénévoles du Secours Catholique Essonne se sont mobilisés pour distribuer café, thé et gâteaux aux immigrés qui font la queue devant la sous-préfecture de Palaiseau. Ce groupe, appelé Young Caritas Essonne compte assurer cette action de soutien tous les jeudis.

Young Caritas Essonne est officiellement né le 2 octobre 2013. Il a succédé au réseau Jeunes solidaires, mis en place par le Secours Catholique de l’Essonne. Il compte 63 jeunes et est porté par Gaëtan Ziga, moniteur-éducateur de 31 ans.

Le lendemain de Noël de cette année, Gaëtan Ziga a passé pour la première fois la nuit entière avec les étrangers venus renouveler leur titre de séjour à la sous-préfecture de Palaiseau. Pour tromper l’ennui et surtout le froid, il a joué quelques parties de dames avec eux. Il nous livre son témoignage.

Perdre son travail pour pouvoir refaire son dossier en préfecture

« Je suis arrivé au réseau Jeunes Solidaires de l’Essonne en juin. J’ai proposé de monter un projet autour de la sous-préfecture, où les immigrés font la queue toute la nuit. Je connais bien la question. Je suis moi-même d’origine camerounaise. J’ai eu à peu près le même parcours qu’eux avant ma naturalisation, il y a quelques années. J’ai dû rater des cours au lycée pour remplir mon dossier à la préfecture. Je me rappelle avoir vu des mères et pères de famille en larmes dans la queue. Certains avaient perdu leur travail à cause de cette attente. Cela m’avait touché, j’ai voulu les aider. »

« Beaucoup de gens attendent dans leur voiture pour se protéger du froid »

« J’ai aménagé mes horaires de travail pour pouvoir être disponible tous les jeudis matins. Une bonne quinzaine de jeunes participent à cette action. Ils sont étudiants à l’école Polytechnique, à la fac d’Evry, etc. On arrive vers 6 heures avec du café, du thé et des gâteaux, et on reste jusqu’à 9 heures. Les immigrés demandent généralement de quelle association on est. Ils sont surpris par la gratuité du geste. Ils veulent nous remercier en nous payant, parce qu’ils pensent que c’est une campagne de dons. Ça n’en n’est pas une, c’est une autre forme de don. »

« Certaines personnes arrivent à la sous-préfecture la veille, vers 19 heures. Elles attendent ensuite l’ouverture à 9 heures. Celles qui arrivent trop tard devront revenir un autre jour, plus tôt. Elles deviendront alors à leur tour les “gardiens de la sous-préfecture”, comme je les appelle souvent (sourire). »

« Beaucoup de gens attendent dans leur voiture pour se protéger du froid. Aujourd’hui (le 26 décembre, NDLR), après minuit, une personne m’a même demandé si elle pouvait dormir dans ma voiture. J’ai accepté. »

« Il y a parfois des tensions, par exemple lorsque des nouveaux venus tentent de resquiller. Mais il y en a d’autres qui prennent tout cela avec philosophie. Un homme m’a dit très sérieusement : “La France, c’est magnifique. Grâce à elle, j’ai appris une chose : la patience.” Un autre m’a lancé avec gravité : “Ce que vous faites est formidable. Continuez, mes enfants.” Quand on passe la nuit ici, on apprend à observer ce qui nous entoure. On prend garde jusqu’aux oiseaux qui chantent la nuit dans les arbres ! Il y a une forme de poésie dans tout cela. »

« Les policiers apprécient ce que nous faisons »

« Des policiers sont parfois présents devant la sous-préfecture. Ils apprécient ce que nous faisons. Un matin, un brigadier m’a demandé comment nous faisions pour nous approvisionner en eau chaude. Nous lui avons expliqué que nous devions retourner au local du Secours Catholique le plus proche, en l’occurrence à Massy. Il nous a alors proposé de nous rendre plutôt au commissariat, qui est très proche de la sous-préfecture. Il a rempli une note de service et une semaine plus tard, c’était chose faite. »

« En marge de cette action, Young Caritas Essonne propose aussi, une fois par semaine, un accueil de rue devant la gare de Massy qui repose sur le même principe. Nous distribuons du café, du thé et des gâteaux aux sans domicile fixe (SDF). On a aussi installé un jeu d’échecs qui donne lieu à des rencontres surprenantes. Beaucoup de cadres en costume-cravate passent par la gare de Massy. Certains s’arrêtent pour jouer avec les SDF. C’est un spectacle peu courant… Avant que les bidonvilles de Ris-Orangis ne soient détruits le 20 décembre, nous faisions également du soutien scolaire aux jeunes Roms qui s’y trouvaient. »

« Il faut que les jeunes aient envie de s’investir en tant que citoyen pour améliorer le cadre de vie de ces personnes qui sont loin de tout. »

Pierre Wolf-Mandroux
Crédits photos : @Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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