Fondation Caritas France : cinq années de lutte contre l’exclusion

Publié le 30/05/2014
 

Cinq ans après sa création, la fondation Caritas France a financé près de 350 projets de lutte contre la pauvreté. Cette efficacité rapide s’explique par la conjonction de facteurs fiscaux et sociétaux, mais surtout humains.

Depuis sa création par le Secours Catholique en 2009, la fondation Caritas France poursuit le même objectif que son aîné : la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. En cinq ans, elle aura financé dans ce but près de 350 projets, pour un budget total de 13 millions d’euros.

Ce résultat s’explique en partie par l’une de ses fonctions essentielles, prévue par la loi : l’accueil de fondations sous son égide. Un montant minimum de 1,5 million d’euros est en effet nécessaire pour créer une fondation reconnue d’intérêt public en France. Or, « les philanthropes de notre fondation ne sont pas Bill Gates, explique Pierre Levené, son délégué général. Le plus souvent, ils arrivent avec des projets de 10 000 à 15 000 euros. » Les fondations abritantes permettent de "financer et accompagner” des projets moins dotés en les prenant sous leur aile. Les résultats sont là. La fondation Caritas France est aujourd’hui la quatrième fondation abritante française [1].

Des projets personnels

L’efficacité de la fondation Caritas France peut aussi être imputée à un cadre législatif favorable. La loi Tepa de 2007 accorde notamment aux redevables de l’impôt de solidarité sur la fortune une réduction de leur impôt au titre de leurs dons à des fondations. « La raison fiscale existe, mais elle n’est pas la principale, observe Pierre Levené. Il y a d’abord un projet personnel qui a été longtemps mûri. »

Il y a, surtout, concordance avec une tendance de fond. La tradition philanthropique, très ancrée aux États-Unis, pénètre de plus en plus la mentalité française. « Nous sommes arrivés au bon moment et avons bénéficié de l’excellente image du Secours Catholique », résume Pierre Levené.

De grands donateurs, gagnés par cet élan philanthropique, ont exprimé au Secours Catholique leur envie de lancer des projets personnels dont ils contrôleraient l’exécution et l’évolution. Guy Scherrer, l’ancien président de la Biscuiterie nantaise (BN), répondait à cette catégorie. Il a ainsi lancé en 2010 la fondation du Manteau de saint Martin, la première abritée par la fondation Caritas France. Elle travaille à sortir des familles pauvres de la misère définitivement.

Nouvelle génération

Ce phénomène est allé de pair avec l’engouement d’une nouvelle génération d’entrepreneurs pour les fondations. C’est le cas de Sophie Kerob, 42 ans, cofondatrice de Directmedica. Elle a créé sa fondation, “Zéphyr”, en novembre dernier (voir ci-dessous). Les trois bâtisseurs du site de vente de séjours Karavel-Promovacances, tous quadragénaires, ont eux aussi été séduits par la fondation Caritas France. Ils ont ainsi mis en place “Les Avions du bonheur”. Cette fondation offre des vacances en Tunisie à des personnes en difficulté. Elles ont été 210 à en bénéficier en 2013. « Certaines n’étaient jamais allées à l’hôtel de leur vie », relate Elmire Af Geijerstam, directrice de la fondation.

Sophie Kerob, qui avait accompagné ces personnes lors d’un séjour en partie financé par ses soins, s’en souvient avec émotion : « J’ai vécu trois jours extraordinaires, d’une richesse folle. Je ne m’attendais pas à voir autant de bonheur, de gratitude. Un homme m’a dit, incrédule : “Je ne comprends pas pourquoi vous nous donnez vos sous, plutôt que d’acheter des choses pour vous ?” » La réponse est simple : « Grâce à ma fondation, j’ai enfin l’impression d’être utile. Certes, ma société donne du travail à 400 personnes et j’en suis fière. Mais ma fondation m’apporte autre chose : j’ai l’impression de redonner un peu ce que j’ai reçu, après avoir eu la chance de faire d’aussi belles études. »

Plus qu’un passe-temps philanthropique, la fondation peut devenir une véritable vocation. Encouragée par son expérience, Sophie Kerob, qui est toujours directeur général de sa société, compte se consacrer à temps plein à sa fondation dans les années à venir.


Sophie Kerob : redonner le sourire pour sourire à la vie

« Lorsque j’étudiais à Harvard, je savais que je deviendrais entrepreneur. Mais je savais aussi que je ferais de l’humanitaire. J’ai vendu il y a deux ans une partie des actions de ma société, Directmedica, pour concrétiser mon projet de fondation. J’ai déjeuné avec un ami, Alain de Mendonça, qui était mon camarade de classe à Harvard. Il avait monté sa propre fondation, “Les Avions du bonheur”, sous l’égide de Caritas France. Cette fondation était assez souple pour accueillir un petit projet comme le mien. Je l’ai créé en novembre dernier.

“Zéphyr”, c’est le vent, le souffle de vie. Je souhaitais faire le petit geste qui change une vie. Ma fondation aide des personnes démunies souffrant de handicaps qui touchent à l’esthétique et qui ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale. Elle a financé ses premières opérations liées à des problèmes de dentition et de vision. L’un de mes oncles est sourd. C’est ainsi que je me suis rendu compte à quel point le handicap isole. La personne qui en souffre peut perdre ses amis, sa famille. Mon oncle est médecin, il a des appareils auditifs perfectionnés. Mais les gens exclus n’ont pas cette chance.

J’ai rencontré des personnes qui devaient se contenter de professions précaires en raison de leurs problèmes de santé. Elles ne peuvent pas, par exemple, vendre dans un magasin. La société actuelle impose des normes de présentation. En redonnant le sourire à une personne, vous pouvez lui redonner vie. Elle gagne en confiance et retrouve parfois un travail. »

Notes:

[1] En nombre de fondations abritées, derrière la Fondation de France, l’Institut de France et la Fondation du judaïsme français.

Pierre Wolf-Mandroux
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