François Soulage quitte la présidence du Secours Catholique

Publié le 19/06/2014
France
 

Six ans après son arrivée au Secours Catholique, François Soulage, 70 ans, quitte  ce jeudi 19 juin la présidence de l’association. Ce pionnier de l’économie sociale revient sur les grandes orientations mises en place au cours de ses deux mandats.

« L’un des points marquants de mon mandat a été l’importance du plaidoyer auprès des autorités politiques. Nous voulions qu’elles puissent écouter les aspirations des personnes en difficulté et nos propositions pour s’attaquer aux causes de la pauvreté. Cela répondait à mon envie d’avoir dans la maison davantage de projets structurants, qui s’inscrivent dans la durée. Nous sommes aujourd’hui considérés comme un partenaire fiable par les ministères, de gauche comme de droite.

Le rapport statistique annuel du Secours Catholique a été le support sur lequel nous nous sommes appuyés pour porter notre plaidoyer. J’ai décidé d’utiliser au maximum ce document qui dresse un portrait social de la France, statistique mais aussi humain. Je relayais déjà ce rapport lorsque j’étais président d’une petite association d’insertion de chômeurs.

En contact rapproché avec le terrain

En six ans, j’ai rencontré les représentants de 75 délégations. Dès que l’on m’invitait dans l’une d’elles, je m’y rendais. Car on ne parle bien de quelque chose que lorsqu’on l’a vu. Cela me permettait de fournir des exemples concrets lorsque je m’exprimais devant un ministre.

Je me souviens de l’un de mes premiers déplacements, à Angoulême. J’assistais à une réunion d’un groupe de parole. Personne ne m’a dit bonjour. Les personnes accueillies étaient intimidées. Puis on a parlé. Une personne a fini par me dire : « Monsieur le président, cette réunion est le seul moment de la semaine où je parle à quelqu’un. » Cela m’a marqué. Puis j’ai entendu cet aveu bien d’autres fois.

Diaconia

La parole des plus pauvres est pourtant fondamentale, comme l’a montré la démarche Diaconia. Je ne soupçonnais pas alors à quel point cette parole était importante. J’ai eu l’idée de Diaconia en novembre 2008 sans savoir où j’allais. J’en ai eu l’idée en relisant l’encyclique Deus Caritas est de Benoît XVI sur les trois missions de l’Église : Marturia (la célébration), Leiturgia (le témoignage) et Diaconia (le service). Je me suis dit : « Nous n’avons jamais développé de démarche autour de Diaconia ! En se mettant au service du frère et en s’appuyant sur la parole des plus pauvres, nos communautés chrétiennes peuvent être bousculées. Diaconia les interroge sur leur responsabilité. »

C’est un ajout extrêmement positif. D’autant plus qu’à mon avis, le Secours Catholique est parfois en retard sur l’approfondissement de ses valeurs spirituelles.

Des liens renforcés avec l’Église

Depuis les années 1980, le Secours Catholique a beaucoup insisté sur les rapports avec les institutions publiques. Mais on a peut-être un peu négligé les liens avec les institutions ecclésiastiques. J’ai constaté que les relations avec les paroisses n’étaient pas toujours satisfaisantes. Je me suis efforcé de nouer des liens forts avec les évêques.

Il m’a fallu notamment les convaincre que le rapprochement de certaines délégations diocésaines – qui mettent en commun leurs forces et leurs moyens d’animation – était une façon de dynamiser le service de la charité dans leur diocèse. Aujourd’hui, ce dynamisme renouvelé est reconnu par beaucoup d’évêques.

L’empreinte du Secours Catholique

À mon arrivée, j’ai découvert une maison que je ne connaissais pas. Grâce à ses moyens matériels et intellectuels, j’ai eu l’impression de pouvoir vraiment changer le cours des choses. La foi très forte des personnes que j’ai rencontrées, notamment des plus pauvres, m’a changé. En tant que président, il m’était parfois difficile de tenir le rythme. Il faut faire attention à ne pas excéder ses compétences… J’ai lancé beaucoup de projets et il est temps pour moi de prendre du recul en laissant la maison les absorber.

Nouveau président du collectif “Alerte”

Après avoir passé la main, je partirai en vacances en Italie, dont est originaire ma mère. Je prendrai ensuite la présidence du collectif “Alerte”, qui réunit plusieurs associations de solidarité. Ce sera surtout un travail de communication sur les enjeux et les mesures de lutte contre la pauvreté. Ce fut d’ailleurs un de mes grands bonheurs au Secours Catholique : pouvoir porter dans les médias une parole catholique. Les médias interrogent désormais beaucoup l’association, ce qu’ils n’auraient pas fait en d’autres temps. C’est le fruit d’un travail commun, d’une vraie collaboration dans les équipes.

Lorsqu’on s’occupe des plus pauvres et des plus fragiles, on n’en sort pas indemne. Mais pour moi, la cause des personnes en grande précarité doit être défendue sans trêve. Telle a été ma vie jusqu’à présent et il n’y a pas de raison que cela s’arrête. »


BIOGRAPHIE

1943 : naît à Nanterre, où il vit toujours
1989-1992 : délégué interministériel à l’Économie sociale
Février 2008 : devient président du Secours Catholique


CE QUE JE CROIS

« Je crois en la force subversive de l’Évangile. Toute société ne peut changer que si elle part d’abord de la situation des plus pauvres, dont le Christ ne cesse de parler. Mais pour comprendre cela, il faut faire de la Bible une lecture actuelle, et ne pas la prendre au premier degré. Par exemple, l’Évangile ne condamne pas l’argent. Il condamne la manière dont on peut s’enrichir et un certain usage de cette richesse. »

Pierre Wolf-Mandroux
Crédits photos: © Elodie Perriot/Secours Catholique
Notre organisation
Plus d'informations
Notre organisation
# sur le même thème