Guatemala : les paysans face à l'insécurité alimentaire

Publié le 20/03/2014
Guatemala
Guatemala : les paysans face à l'insécurité alimentaire
 

De retour du Guatemala, Isabel Esquerdo, du pôle Amérique latine du Secours Catholique, souligne la difficulté de l’État à lutter contre l’impunité (crimes qui remontent, en particulier, au début des années 1980) et à surmonter l’insécurité alimentaire.

Les paysans guatémaltèques ont été privés de leur droit à l’alimentation pendant les trente-six années du conflit armé interne (de 1960 à 1996). Qu’en est-il aujourd’hui ?

La situation s’est peu améliorée ! Dans les diocèses où nous soutenons nos partenaires (Alta Verapaz et Jalapa) les agriculteurs ne peuvent cultiver suffisamment de maïs et de haricots – les cultures de base ici – faute de disposer de champs à eux (ils ne possèdent que des modestes parcelles pour l’agriculture familiale). La plupart des paysans n’ont toujours pas de droit à l’alimentation, n’ayant pas accès à la terre.

À l’éternel obstacle de sa concentration dans les mains de quelques-uns – 1,5 % de la population détient 60 % de la terre agricole [1] – s’ajoute à présent la pression exercée par les grands propriétaires et des entreprises nationales et internationales qui veulent acheter les petits lopins des paysans pour développer la palme africaine, culture très en vogue en ce moment.

Les autorités agissent-elles contre l’insécurité alimentaire ?

Oui, mais avec des résultats insuffisants. Ainsi, les actions de lutte contre la malnutrition chronique infantile, lancées dans le cadre du Pacte “Faim zéro” par le précédent gouvernement, sont plutôt positives. En revanche, les mesures proposées pour augmenter la productivité et les revenus des petits paysans à travers la distribution de semences, de fertilisants et un appui technique ne sont pas adaptées aux besoins. On peut également regretter que les zones les plus touchées par l’insécurité alimentaire ne soient pas considérées comme prioritaires.

La réforme agraire, véritable serpent de mer en Amérique latine, fait-elle toujours partie du débat ?

En tout cas, la Loi de développement rural, qui veut répondre à cette question, attend d’être examinée au Congrès depuis ...2012. À travers cette question fondamentale apparaît un enjeu national : quelle agriculture veut-on ? Va-t-on cesser de s’intéresser aux petits agriculteurs uniquement au moment des élections et mettre en place une politique agricole sortant les plus pauvres d’entre eux des cultures de survie ? Nos partenaires, dont la Caritas - Pastorale sociale, font la promotion de la petite agriculture familiale : ils privilégient une agriculture respectueuse de l’environnement et l’agro écologie pour favoriser une alimentation diversifiée et de qualité.

Le travail de mémoire et de lutte contre l’impunité entrepris à l’issue du conflit armé avance-t-il ?

Un climat de violence et d’impunité sévit toujours dans le pays. Pourtant, le 10 mai 2013, la justice guatémaltèque a montré son indépendance. À Guatemala City, la capitale, un tribunal a condamné pour “génocide” Rios Mott, dictateur des années 1982-1983, l’une des périodes les plus sanglantes de la guerre civile. Une première ! Après une longue instruction, le procès a permis à des victimes de s’exprimer sur les viols collectifs, les massacres perpétrés… Leur parole a été libérée.

Mais, le 20 mai 2013, la Cour constitutionnelle a annulé pour vice de procédure le jugement. Cette décision prouve l’incapacité du pays à tourner la page de ces années sombres. Elle a freiné le travail de mémoire et de lutte contre l’impunité conduit par les organisations de défense des victimes. Mais celles-ci poursuivent à présent leur tâche immense.

Notes:

[1] Selon l’association Action Solidarité Tiers monde

Yves Casalis
Crédit Photo : © Saul Maritnez/Epa/MaxPPP
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