Haïti : la reconstruction par la formation

Publié le 29/10/2012
Haïti
Haïti : la reconstruction par la formation
 

Le soleil se lève à peine quand le premier ouvrier passe le portail du chantier-école de Grand-Goâve, petite commune rurale à l’ouest du pays. Ce matin, la plupart des ouvriers s’affairent à poser les derniers éléments de la charpente d’un futur atelier de travail, où sera entreposé le matériel de la fondation. « Faire cet atelier, pour moi c’est un rêve », raconte Henri-Claude, 32 ans, devenu chef de chantier quelques mois après avoir débuté sa formation. « J’ai beaucoup appris ici, et maintenant c’est moi qui forme des jeunes à être des professionnels. C’est une grande fierté », explique l’ancien « petit charpentier menuisier », comme il se qualifie lui-même. L’élève devenu maître a – littéralement – troqué son t-shirt siglé « graine de champion » pour un t-shirt « champion ». Le principe de l’ascension matérialisée par le t-shirt, « ça donne envie aux gars de devenir meilleurs », estime Henri-Claude.

Le site sur lequel les ouvriers s’activent était en friche il y a encore un an. « Partir de zéro dans un pays brisé est très complexe », raconte Hervé Manaud, à l’origine de la fondation Rustic Superior. Débarqué en Haïti en 2010, dans l’urgence de l’après-séisme, ce Breton de 37 ans a décidé de s’investir sur le long terme. Objectif : former des professionnels du bâtiment à travers des chantiers-écoles. Avec son comparse Adrien Gomez, 31 ans, il monte une fondation de droit haïtien, Rustic Superior. Drôle de nom, qui résume pourtant bien la philosophie du projet : proposer des constructions à la fois simples et exigeantes. À la manœuvre, des jeunes de cette zone rurale durement touchée par le séisme, à qui la porte est ouverte à la seule condition « d’avoir le désir d’avancer », dixit Hervé. Le principe est simple : ici, on apprend en faisant. Avec l’appui d’Adrien, le coordinateur technique, les élèves apprennent peu à peu les rudiments du métier. Les plus méritants passeront chefs de chantier et transmettront à leur tour leur savoir-faire. Cerise sur le gâteau, ils sont non seulement formés, mais aussi rémunérés – ce qui n’est pas courant dans ce pays parmi les plus pauvres du monde.

Gérer un chantier de A à Z

Parmi les premières réalisations des jeunes ouvriers, des bungalows colorés, qui confèrent un air de vacances à ce vaste chantier-école de bord de mer. Conçus pour loger l’équipe dirigeante de Rustic Superior, ils sont simples, agréables, et surtout adaptés aux normes parasismiques et anticycloniques. « On fabrique des choses adaptées au contexte et duplicables, résume Hervé. À l’avenir, les gars pourront a minima se construire leur propre bungalow. » Loin de se contenter d’apprendre les bases, Rustic Superior vise l’excellence. « Le challenge, c’est de rendre les gens autonomes, en leur inculquant des valeurs entrepreneuriales, explique Adrien Gomez. On leur apprend à gérer un chantier de A à Z : faire les devis, gérer les stocks, payer les gens, tenir les délais… »

En un peu plus d’un an, Rustic Superior a formé une quarantaine de professionnels du bâtiment. Car au-delà de son propre chantier-école, la fondation envoie des ouvriers sur d’autres chantiers, à la faveur de prestations de services pour des organisations partenaires. C’est le cas à quelques dizaines de kilomètres de là, où formateurs et élèves mettent sur pied une réserve d’eau destinée à alimenter un projet agricole voisin. Des curieux s’arrêtent devant le chantier, qui prend forme peu à peu sous leurs yeux. « Les gens n’ont pas l’habitude de voir des choses réalisées en quatre semaines. Ici, c’est plutôt quatre mois… », explique Adrien. Une manière de montrer l’exemple, en espérant que cela donne envie à d’autres de se lancer. Hervé et Adrien, eux, assurent qu’ils ne quitteront le pays qu’une fois le projet viable, et le relais pris par les Haïtiens eux-mêmes. D’ici là, le modèle de Rustic Superior aura peut-être fait des petits.

Marina Bellot
crédit : Élodie Perriot/Secours Catholique
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