Hauts-de-Seine : en campagne contre l’indifférence

Publié le 18/03/2014
Gennevilliers
Hauts-de-Seine : en campagne contre l’indifférence
 

À l’occasion de la campagne municipale, le Secours Catholique des Hauts-de-Seine mène plusieurs projets pour interpeller le monde politique et sensibiliser les citoyens sur l’action sociale et la solidarité. Reportage à Gennevilliers.

« Bonjour ! Allez-vous voter pour le candidat invisible ? » Surpris, les passants s’arrêtent ; l’accroche a produit son petit effet. Ce candidat invisible, né de l’imagination de Christophe Lalain, animateur du Secours Catholique de Gennevilliers, serait le candidat le plus pauvre de la commune, celui que tout le monde ignore. L’analogie avec la place des plus précaires dans notre société est évidente.

En ce dimanche matin, jour de marché, la discussion a un peu de mal à prendre avec les Gennevillois. Pas qu’ils soient indifférents, non, mais disons plutôt... sur-sollicités. À une semaine du premier tour des élections municipales (23 et 30 mars), la petite place est quadrillée par les équipes des candidats distribuant tracts et programmes, serrant des mains, discutant avec les habitants.

Difficile, dans ces conditions, de se distinguer et de ne pas déranger familles et promeneurs venus profiter de cette matinée quasi-printanière pour flâner ou faire quelques courses.

Lettre ouverte aux candidats

Si cette proximité de l’échéance électorale a son revers pour les bénévoles de l’association, elle est aussi la raison de leur présence ici. Le contexte politique chargé de ce début d’année a en effet été l’occasion pour le Secours Catholique des Hauts-de-Seine de lancer simultanément plusieurs démarches.

Parmi celles-ci, l’envoi d’une lettre ouverte aux différentes têtes de listes dans une vingtaine de villes du département. « L’objectif est de les interpeller et d’attirer leur attention sur le rôle des Centres communaux d’action sociale (CCAS) dans la lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté », précise Christophe Lalain.

L’association leur demande de s’engager publiquement sur cinq points. Sur le marché, Christophe et deux bénévoles sont venus adresser une piqûre de rappel aux candidats n’ayant pas encore répondu, mais aussi distribuer des photocopies de la lettre aux passants afin de leur expliquer la démarche.

Et, par la même occasion, les sensibiliser aux questions de solidarité et de fraternité dans la ville. « Car si les citoyens ne s’y intéressent pas, il y a peu de chances pour que les élus s’en emparent », résume Laurent Seux, le délégué départemental des Hauts-de-Seine.

Lorsque la messe sera finie

Sur le parvis de l’église, à deux pas du marché, l’ambiance est plus tranquille. Des enfants jouent sur la place baignée de soleil. Des personnes âgées se reposent sur un banc. À quelques encablures à peine des longues barres d’immeubles de la cité du Luth, le quartier entourant l’église Sainte-Marie-Madeleine affiche un air étonnamment pittoresque.

C’est ici, lorsque la messe sera finie, que les bénévoles vont poursuivre leur tractage et ouvrir le second volet de l’action de ce matin : prendre en photo des personnes tenant une pancarte au message clair et net, "L’indifférence, pas de ça chez nous !".

Durant la messe, Marcelle a pu lire une courte intervention écrite expliquant la démarche aux paroissiens. En attendant leur sortie, la discussion s’engage avec des passants. « Ici la pauvreté est cachée, on ne la voit pas, note Tarek Annouche, un habitant de Gennevilliers. Les gens souffrent, mais c’est une détresse qui est invisible pour la plupart. »

C’est aussi pour donner plus d’écho à ces questions que cette campagne a été lancée. Pour profiter du contexte politique afin de « rendre visible, à notre échelle, cette valeur de l’attachement à l’autre, sur la scène publique », comme l’a lu Marcelle aux fidèles.

Les Gennevillois se prêtent au jeu

Pour que les notions de bien commun, de mixité sociale et d’attention portée à autrui ne soient pas des mots vains. Voilà ce qu’expriment, dans le fond, ces photos symboliques prises à la sortie de la messe avec l’écriteau.

Un grand sourire aux lèvres ou plus timidement, une partie des paroissiens et des Gennevillois passant par là se prêtent au jeu puis discutent, reconnaissant qu’il est important de porter la parole des plus démunis auprès des élus. Mais également, de renforcer les moyens de dialogue entre personnes en situation de précarité, associations et institutions.C’est aussi l’une des volontés affichées par les autres démarches effectuées dans ce contexte électoral par le Secours Catholique des Hauts de Seine, comme la Campagne Logement 92 ou les groupes d’action citoyenne ayant par exemple travaillé sur un court-métrage incitant au débat sur la question du logement à Colombes ou recueilli la parole des habitants à Asnières.

Julien Fournier
Crédits photos: © David Metra / Secours Catholique-Caritas France
La Délégation de Lille revendique les droits des plus fragiles
Plus d'informations
Prises de position et expertises
# sur le même thème