Hayat : une revue au service des femmes

Publié le 04/03/2016
Algérie
Hayat : une revue au service des femmes
Fazia, la rédactrice en chef, accompagne chaque poste dans l'élaboration du journal
 

Née d’une collaboration entre le Croissant-Rouge et Caritas Algérie, la revue Hayat est un bimestriel qui depuis 32 ans parle des femmes aux femmes. Depuis les lieux les plus reculés d’Algérie, celles-ci se répondent.

À l’arrière de la vénérable maison diocésaine d’Alger, dans une partie du premier étage jouxtant les bureaux de Caritas Algérie, se trouve la salle de rédaction du journal Hayat, qui est aussi une salle de réunion. Houria, l’une des rédactrices, Hayet et Hanane, jeunes maquettistes, Tamara et Amina, chargées de la diffusion et Amine, responsable de l’informatique, discutent du prochain numéro d’Hayat avec Fazia, sa rédactrice en chef.

Le dernier numéro traîne sur la table. Celui qui n’a jamais feuilleté ce journal au tirage confidentiel pourra s’étonner de l’épaisseur et de la douceur du papier glacé. De sa solidité. Normal, chacune des 50 pages va passer entre les mains d’une dizaine de lectrices. « Les 1 000 abonnées le partagent, le lisent à celles qui ne le peuvent pas ou l’utilisent pour faire la classe. On estime à 10 000 le nombre de ses lectrices », explique Fazia.

Bimestriel et bilingue

Hayat a été fondé en 1983 par le Croissant-Rouge et Caritas Algérie pour ouvrir aux femmes algériennes isolées une fenêtre sur la société et la culture. Bilingue (français-arabe), Hayat paraît une fois tous les deux mois et coûte 600 dinars (5,25 euros, mais ce prix est diminué pour les plus pauvres). Hayat, qui signifie “la vie” en arabe, traite de sujets universels tels que la culture, la santé, les divertissements. Ses rubriques sont axées sur la diététique, la puériculture et les plantes médicinales. Ses pages culture dressent le portrait de personnalités, l’histoire d’une ville, racontent une légende d’un autre pays.

On y trouve aussi un conseil juridique, une aide à l’éveil des enfants. « Nous avions une rubrique “psychologie”, mais elle n’est plus assurée depuis plusieurs mois », déplore une rédactrice qui fait un lien entre la récente baisse des abonnements et la disparition de cette rubrique. « C’est vrai, reconnaît Fazia, nous cherchons une nouvelle psychologue. C’est nécessaire, nous recevons beaucoup de courrier et d’appels qui relèvent de sa compétence. Pourvoir ce poste est une urgence. »

 

 Les 1 000 abonnées le partagent, le lisent à celles qui ne le peuvent pas ou l’utilisent pour faire la classe. On estime à 10 000 le nombre de ses lectrices

Fazia Belaïdi

Fazia Belaïdi est médecin généraliste. Inconditionnelle du journal depuis sa création, elle avait décliné, il y a plusieurs années, la proposition d’écrire pour Hayat. Son métier l’accaparait. Mais l’an dernier, elle a finalement accepté de consacrer à Hayat une part de son emploi du temps. Pas pour écrire, ce qu’elle aime pourtant faire, mais pour superviser et coordonner tous les postes, de la rédaction à la diffusion, y compris la traduction, et assurer une réponse aux appels et au courrier des lectrices. Car le journal a été conçu pour faire réagir et même participer ses lectrices.

Femmes-relais

« Nous avons mis en place un numéro vert. Tous les jeudis et tous les dimanches nous assurons une permanence », explique Faïza. Nous recevons une dizaine d’appels par semaine, davantage pendant les fêtes religieuses ou lors de catastrophes naturelles. « L’Algérie est une zone à haut risque sismique. Nous subissons aussi de nombreuses inondations. » Dans ces moments-là, la solidarité joue à plein. « Toute la rédaction s’enquiert de la santé des lectrices et leur demande si elles n’ont besoin de rien. » En cas de nécessité, Fazia mobilise son réseau.

Une centaine de femmes, dites femmes-relais, forment en effet le réseau Hayat. De Tamanrasset à Annaba, de Tlemcen à Djanet, des lectrices ont décidé d’être les ambassadrices de la revue, d’en faire la promotion, de s’en servir pour sortir de l’isolement certaines femmes de la campagne comme de la ville. Hayat est leur outil pour constituer un réseau de solidarité féminine.

Ces femmes-relais sont invitées à suivre des formations sur des questions aussi importantes que le droit des femmes à l’héritage ou la manière de mener une médiation. Trois niveaux leur sont proposés. Le troisième niveau les forme au journalisme afin qu’elles deviennent également un relais local d’information. Et qu’un jour, elles écrivent elles aussi.

 

Hayat mars 2016

À l'occasion de la journée mondiale des femmes, le 8 mars, la revue Hayat célèbre les femmes et leur souhaite une bonne fête en français et en arabe : portraits, récits, questions de société...
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Pierre Plazolles
Crédit photo : ©Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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