Israël-Palestine : rompre le cercle de la violence

Publié le 10/11/2015
Proche-Orient
Israël-Palestine : rompre le cercle de la violence
 

L'inquiétude de Caritas Jérusalem

Les violences actuelles à Jérusalem-Est et en Cisjordanie ont remis le conflit israélo-palestinien sur le devant de nos écrans. Les partenaires du Secours Catholique-Caritas France sur le terrain tirent la sonnette d’alarme.

Caritas Jérusalem est de plus en plus inquiète face à l’escalade de violence entre Palestiniens et colons israéliens en Cisjordanie. Ces dernières semaines, des incidents allant du jet de pierres aux incendies criminels et à l’utilisation d’armes à feu ont été signalés dans plus de cinquante endroits, et des bagarres ont éclaté dans des postes de contrôle à Naplouse, Ramallah, Bethléem.

Alors que la tension a d'abord été extrême à Jérusalem, c'est actuellement dans la région d'Hébron ainsi qu'à Al Bireh - banlieue de Ramallah - qu'ont lieu les plus gros incidents, selon Caritas Jerusalem. Plus que de simple bagarres, on assiste à Hébron à des violences extrêmes de la part de colons, des actes individuels de Palestiniens envers l'armée et les colons, et une répression collective aveugle et disproportionnée par l'armée.

Nous avons peur de voir la situation se dégrader et déboucher sur une troisième Intifada.

Père Abusahlia, Directeur Général de Caritas Jérusalem.

Les partenaires du Secours Catholique sur place s'inquiètent. « Nous avons peur de voir la situation se dégrader et déboucher sur une troisième Intifada, déclare le Père Abusahlia de Caritas Jérusalem. Cela voudrait dire plus de morts et de blessés des deux côtés, plus de blocages, plus de postes de contrôle et plus de restrictions des déplacements. Cela voudrait dire plus de chômage et de précarité économique. Et plus de difficulté pour nous pour délivrer les services à la population. »

Chaque année plus de 30 000 personnes bénéficient des programmes des services sociaux de Caritas Jérusalem dans les Territoires palestiniens occupés. Caritas s’efforce de poursuivre son travail. Le personnel souligne qu’il est devenu encore plus difficile de passer de Jérusalem-Est en Cisjordanie, et l’accès à la bande de Gaza est fermé, même pour ceux qui détiennent des permis.

 

« La colonisation continue, dans une indifférence générale assez criante »

Mathilde Girardot, chargée de projet Moyen-Orient Afrique du Nord

Pour quelles raisons les actes de violence se propagent-ils à travers la Cisjordanie, et notamment à Jérusalem ?

Les irruptions de violence ne surviennent pas comme ça : elles sont la suite logique d’une pression continue soulevée par 48 ans d’occupation de la Cisjordanie.

Aujourd'hui, cette pression s’accélère suite aux décisions politiques israéliennes récentes en faveur du « tout répressif ». Cela a commencé cet été par l’autorisation des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 20 ans pour les jeunes lanceurs de pierres ; puis, en septembre, c'est l'utilisation de balles réelles pour disperser les manifestations qui est autorisée. Et en parallèle, les nombreux actes de haine contre les arabes demeurent eux, quasiment impunis. La politique du « Shoot to kill » (tirer pour tuer) se répand, et c'est cette forme de justice expéditive qui contribue à mettre à mal le système démocratique pourtant en place dans le pays.

Tant que ces injustices fondamentales continueront, il y aura toujours des éruptions de violence palestiniennes et une répression sanglante israélienne. Cela ne fera qu'encourager le cercle de la violence, qui ne cessera pas tant que l'occupation restera en place. De plus, ces violences sont instrumentalisées par Israël, pour renforcer l'isolement de Jérusalem-Est, et justifier la mise en place de checkpoints et le blocage total de certains quartiers.

Tant que ces injustices fondamentales continueront, il y aura toujours des éruptions de violence palestiniennes et une répression sanglante israélienne.

Quels sont les problèmes rencontrés par nos partenaires sur place ?

Aujourd’hui, la préoccupation de nos partenaires est de donner leur version des faits pour nous alerter sur cette situation dramatique qui n'est que très peu relayée en France.

La colonisation continue et est bien visible autour de la Maison d'Abraham du Secours Catholique : beaucoup d’expulsions ont lieu, au profit de l’installation des colons, dans une indifférence internationale assez criante.

Notre partenaire Caritas Jérusalem s'inquiète pour les habitants de Jérusalem-Est. La ville, qui a été officiellement annexée par Israël en 1982, continue de subir une forte pression par le gouvernement israélien, qui semble considérer que tout Jérusalem fait partie d’Israël, sauf ses habitants palestiniens. Coupés du reste de la population palestinienne et soumis à l’augmentation de la pauvreté, ils ont un statut de résident très précaire, qu’Israël peut d’ailleurs révoquer à tout moment. Ils ne disposent pas de passeport israélien, payent des taxes mais sont privés de services tels que le ramassage des ordures, et n’ont pas non plus de permis de construire alors qu’il y a un manque cruel d’infrastructures (logements, salles de classe et hôpitaux).

Lire la lettre ouverte aux médias de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine

 

Sur quoi veulent-ils alerter la communauté internationale ?

Une loi pour contrôler les financements venant de gouvernements étrangers (comme l'Union Européenne et les Etats-Unis) vers des ONG israéliennes. Concrètement, cette loi veut contrôler voire interdire les flux financiers et mettre leurs acteurs à l’index ; les ONG israéliennes de défense des droits de l'Homme telles que PHR-IL (Physicians for Human Rights - Israel, partenaire du Secours Catholique) ou Breaking The Silence sont les premières en ligne de mire.

Nos partenaires sont aujourd’hui très fragilisés dans le pays, par un gouvernement qui fait tout pour les mettre à l’écart et les discréditer.

Nos partenaires attendent de nous que nous puissions faire pression auprès de l'Etat français, pour qu'il se mette en conformité avec sa position officielle sur la colonisation (régulièrement dénoncée comme illégale par la France) et avec le droit international. C'est le but de la campagne « Made in Illegality », qui vise seulement les colonies israéliennes illégales dans les territoires palestiniens occupés.

il s'agit de rappeler les responsabilités de la France envers le droit international, notamment l’obligation de ne pas reconnaitre ni encourager une situation illégale. Ainsi, la France a l’obligation de ne pas soutenir les colonies, ce qui implique notamment : d’interdire l’importation des produits des colonies israéliennes, d’exclure les colonies israéliennes des accords bilatéraux et de coopération avec Israël, et de dissuader les entreprises françaises d’investir et d’entretenir des relations commerciales avec les colonies israéliennes.

En savoir plus sur la campagne Made in Illegality

Adèle Martignon
Crédits photos : ©Elodie Perriot/Secours Catholique Caritas-France
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