La Caritas auprès des jeunes algériens

Publié le 23/06/2014
Algérie
 

À son retour d’Algérie, Cyrille de Billy, responsable du pôle Moyen-Orient/Afrique du Nord au Secours Catholique-Caritas France, décrit un chômage des jeunes explosif mais aussi un élan associatif indéniable, notamment porté la Caritas nationale.

Quel est la préoccupation première dans la société algérienne ?

Le premier problème en Algérie est l’absence de perspectives pour beaucoup de jeunes. Notre partenaire, Caritas Algérie, le souligne avec force. Avec un taux de chômage des moins de 35 ans qui s’élève à 21,5 %, selon le Fonds monétaire international (FMI), l’accès à l’emploi est le premier défi à relever par la société. Le problème, c’est que l’argent – et il y en a ! – issu de la rente pétrolière et gazière – 97 % des recettes de l’État proviennent des hydrocarbures – n’est pas investi dans le développement économique du pays. Celui-ci importe massivement.

Par ailleurs, en lien avec l’extrême difficulté pour les jeunes de trouver un travail, des observateurs estiment que le système éducatif n’éveille pas assez le sens critique, que les méthodes pédagogiques employées ne sont plus adaptées aux enfants… Dans ce contexte, Caritas a mis en place un programme de formation d’éducatrices dans le secteur petite enfance.

Que se passera-t-il lorsque la rente pétrolière ne sera plus là pour, si l’on ose dire, faire “tourner” le pays ?

C’est la question que beaucoup de jeunes, notamment, se posent car elle est liée à leur avenir ! L’absence de stratégie de développement économique sur le long terme crée de la désespérance. Cela dit, l’Algérie a un atout dans son jeu : le pays est resté politiquement stable durant le Printemps arabe (né en janvier 2011). Au-delà, l’espoir réside dans les associations de jeunes – encore rares – ou d’accès à la culture, très dynamiques. Comme celle lancée par Caritas à Bab El Oued, un quartier d’Alger, qui propose des cours de français, de l’accompagnement scolaire… à des femmes voilées ou non voilées mais aussi à des enfants de familles engagées dans des mouvements islamistes au cours de la “décennie noire” (années 1990).

De plus en plus d’Algériennes, dans certaines régions, seraient victimes de violences conjugales ou familiales. Le confirmez-vous ?

Les femmes que j’ai rencontrées n’ont pas évoqué de violences mais un contrôle de leurs maris et/ou de leurs familles sur leurs déplacements et relations. À Alger, j’ai visité un atelier de couture et de macramé animé par des sœurs. Grâce à ce lieu d’écoute tout simple, des Algériennes, quelquefois dépressives, ou au chômage, font une pause. L’une d’entre elles a parlé de « thérapie » à propos d’une formation suivie en… couture ! Elles se libèrent quelque peu de l’étau conjugal et familial. Pour certaines, l’atelier constitue aussi un sas pouvant les conduire à un emploi.

Le Secours Catholique soutient à Alger le projet intitulé “Accompagnement de migrants et promotion de leurs droits”. Que retenez-vous de la rencontre que vous eue avec des migrants ?

Alors que 7 000 à 8 000 Maliens, Syriens, Ivoiriens, Palestiniens tentent de survivre à Alger, ce projet est inédit dans la mesure où il est animé par les migrants eux-mêmes. Ces derniers privilégient un travail d’écoute, d’information et d’orientation – formation professionnelle, accès aux soins… – plutôt qu’une aide matérielle ponctuelle. Ils mettent également en place des activités anti-stress, comme le yoga.

Yves Casalis
Crédits photos: © Thierry Gachon/L’Alsace/PhotoPQR/MaxPPP
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