L’Accorderie : un système d’échanges de services solidaires qui séduit

Publié le 10/06/2014
Bordeaux
 

Ce mardi 10 juin a lieu la première Assemblée générale du Réseau national des accorderies, dont le Secours Catholique est co-fondateur. Importé en France du Canada par la fondation Macif en 2011, ce concept solidaire d’échanges de services “rémunérés” en temps se développe à toute vitesse. Exemple d’une accorderie lancée en janvier 2014 à Bordeaux, initiative dont la délégation locale du Secours Catholique est partenaire.

L’idée est simple : à l’Accorderie, on échange du temps. Chaque accordeur propose ses compétences gratuitement ; lorsqu’il réalise un service pour un autre accordeur, il reçoit un “chèque temps” qui lui permet à son tour de demander un service. Né au Québec il y a 12 ans, ce système d’échanges de services solidaire connaît un fort succès en France.

Soutenu par le Secours Catholique, le Réseau national des Accorderies (voir ci-dessous) compte déjà onze Accorderies et autant devraient voir le jour d’ici un an.

Un fort besoin de se rencontrer, d’échanger, de s’entraider

L’Accorderie de Bordeaux suit la même courbe exponentielle : depuis sa création en janvier, 124 accordeurs ont échangé plus de 150 services. Comme Jean-Philippe, informaticien de 53 ans : « Je propose des dépannages informatiques. Et je lance un atelier d’initiation à la menuiserie : de nombreux accordeurs voudraient savoir bricoler, fabriquer et réparer par eux-mêmes. Pour moi, j’ai eu besoin de coups de main pour la plomberie et débarrasser mon garage… »

Gaëlle, 38 ans, a quant à elle un petit budget « mais des compétences et des besoins ». « On m’aide pour les courses, moi j’offre du repassage et des cours de langues étrangères. Je réalise un échange par semaine, mais cela va s’accélérer car il y a de plus en plus d’accordeurs ! Ce qui me plaît, c’est que toutes les compétences sont au même niveau. »

« Cet engouement révèle un fort besoin de se rencontrer, d’échanger, de s’entraider », témoigne Charlotte Desfontaine-Maccagno, unique salariée de l’association, qui assure depuis février des permanences d’accueil et anime le développement du réseau. Jean-Philippe le dit bien : pris dans une vie professionnelle intense, il « s’enfermait dans (son) univers ». « On rencontre des gens de tous horizons. À chaque échange, on prend le temps d’un café. »

Favoriser la mixité sociale

Ce projet bordelais est né en novembre 2012 lors du forum socialorganisé par la ville et les acteurs du développement social local. Alain Philippe, alors président de la Fondation Macif, a convaincu les associations* et la municipalité. « Tout est allé très vite, se souvient Bernard Azéma, un des trois co-présidents de l’Accorderie de Bordeaux. Le concept existait, nous étions soutenus… nous n’avions plus qu’à le concrétiser. »

L’initiative est financée pour trois ans (50 000 € par an) par le Réseau national des Accorderies et des partenaires locaux**. La délégation de Gironde du Secours Catholique a participé aux réunions préparatoires et à l’assemblée générale constitutive. Aujourd’hui, son rôle est de faire connaître l’Accorderie.

L’Accorderie s’est implantée dans le sud de Bordeaux, quartier en mutation, mais touche tout le bassin bordelais. Elle dispose de trois locaux prêtés par les associations – et bientôt du local du Secours Catholique – et partage avec une accordeuse un local près de la gare Saint-Jean pour accueillir des soirées hebdomadaires et des journées portes ouvertes.

Deux objectifs restent à atteindre, rappelle Charlotte Desfontaine-Maccagno. Permettre aux accordeurs de « prendre la main » : à terme, prendre les décisions importantes en assemblée générale, assurer les permanences, répondre aux besoins à mesure que le réseau se développera… Et favoriser la mixité sociale en atteignant de nouveaux membres au-delà des cercles associatifs des gens engagés.

 

* Les cinq fondateurs : Le Secours Catholique, Yakafaucon, les Halles des Douves, Astrolabe et Promo Femmes.

** La municipalité, le Fonds de dotation Bordeaux Solidaire, la Caisses d’Allocations familiales et la Caisse des Dépôts et consignations.


Un réseau national pour soutenir les Accorderies

Depuis octobre 2013, le Réseau national des Accorderies accompagne la naissance et le développement des Accorderies : aider les porteurs de projet à définir leur budget, leur fonctionnement et besoins salariaux, à trouver d’indispensables partenaires locaux. Ensuite il faut soutenir les nouvelles Accorderies matériellement et humainement. Celles-ci disposent du site du réseau, sur lequel les accordeurs échangent leurs services. Elles bénéficieront des sessions de formation et de partage d’expériences proposées par le réseau – la première devrait avoir lieu cet automne.

« Le réseau vise aussi à assurer la fidélité des projets aux objectifs de l’Accorderie : la lutte contre l’exclusion et la précarité, la mixité sociale et la mise en œuvre du “pouvoir d’agir”, qui consiste à amener les personnes en difficulté à mobiliser leurs ressources pour s’en sortir », explique Philippe Lefilleul, responsable du département Mobilisation citoyenne et Éco-consommation au Secours Catholique et membre du conseil d’administration du Réseau. Le Réseau est soutenu par le Secours catholique à hauteur de 15 000 € en 2014, après 40 000 € en 2012-2013.

Adrien Bail
© Mourad Chefaï/Macif
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