« Les hommes seuls et étrangers subissent de multiples ruptures »

Publié le 05/11/2014
France
« Les hommes seuls et étrangers subissent de multiples ruptures »
 

Luc Bert, directeur du Centre d’entraide pour les demandeurs d’asile et les réfugiés</a> (Cedre) antenne du Secours Catholique-Caritas France, a participé à l’élaboration du rapport statistique 2013.

40 % des hommes seuls accueillis par le Secours Catholique sont des migrants. Pouvez-vous nous en dresser le portrait ?

La plupart sont jeunes : un sur deux a 40 ans ou moins. Ils viennent principalement d’Afrique – 6 sur 10 –, essentiellement du Maghreb (27 %) et d’Afrique subsaharienne (36 %), des pays ayant un lien historique avec la France. Ceux-ci sont plus nombreux à se présenter auprès de l’association depuis deux ans (4 points de plus par rapport à 2011). Mais tous ne sont pas dans la même situation : deux hommes seuls et étrangers sur trois n’ont pas de statut administratif.

En quoi cela a-t-il un impact sur eux ?

N’ayant pas le droit de travailler, la plupart n’ont pas de ressources légales. Seuls 7 % des hommes étrangers vivant seuls ont un emploi ou sont en formation. Cela entraîne beaucoup de difficultés : une surexploitation au travail – au noir –, des ruptures avec la famille restée dans le pays d’origine, un fort isolement et un accès à l’hébergement très difficile.

Pour les demandeurs d’asile particulièrement, l’incertitude face à l’avenir est pesante, d’autant plus après avoir subi une période d’errance. Faire une demande de protection à la France est une procédure longue (entre 18 et 24 mois). Pendant ce temps, leurs conditions de vie sont très précaires. Ils n’ont pas d’autorisation de travail et reçoivent 11 euros par jour d’allocation. Les possibilités d’hébergement dans des centres spécifiques sont extrêmement réduites : il manque des milliers de places à ce jour.

Les ressources mensuelles des hommes seuls et étrangers que le Secours Catholique reçoit sont en moyenne de 166 euros, soit à peine plus de 5 euros par jour car tous n’ont pas accès à leurs droits.

Que viennent-ils chercher au Secours Catholique ?

Les hommes seuls et étrangers sont en rupture à plusieurs niveaux : ils sont en quête de reconnaissance, ils ont besoin d’écoute et de soutien. Les demandes sont multiples : attente de contact, et aussi besoins beaucoup plus pragmatiques comme un accompagnement pour régulariser leur situation juridique et administrative ou de petits coups de pouce financiers.

Les statistiques mettent en évidence un besoin d’engagement de l’État pour accompagner ces personnes. Que demande le Secours Catholique ?

Le Secours Catholique soutient ces personnes partout en France et dans les Dom-Tom. Ce n’est pas suffisant. Notre association interpelle les pouvoirs publics sur les situations de plus en plus précaires des personnes qu’elle rencontre. Nous demandons notamment l’accès facilité – un guichet unique – à une domiciliation postale, condition indispensable de toute démarche administrative.

Nous demandons également le rétablissement de l’autorisation de travail pour les demandeurs d’asile (supprimée en 1991). Cela leur permettrait une certaine autonomie, une meilleure insertion et les restaurerait dans leur dignité.

Enfin, il nous paraît fondamental que la France reconnaisse les diplômes étrangers – ou propose une équivalence – afin de faciliter l’intégration de ces personnes et de faire profiter notre pays de cette richesse.

Sophie Lebrun
Crédits photos : © © Elodie Perriot/Secours catholique-Caritas France
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