Lyon : la longue attente des demandeurs d’asile

Publié le 31/01/2014
Lyon : la longue attente des demandeurs d’asile
 

Dans cette salle éclairée par de hautes verrières, où trône encore un sapin chargé de guirlandes, on s’est assis autour d’une table ronde. Il y a Serge, Josué et Papy, à peine 30 ans, originaires de République démocratique du Congo (RDC), et Farès, un ancien militaire algérien à l’épaisse moustache. Lucile Froitier, bénévole de 24 ans, s’est jointe à eux.

Les mains s’agitent, évoquent des histoires douloureuses et des rêves. « C’est Dieu qui m’a amené ici », explique Papy, en France depuis deux mois. Il fixe Lucile de ses grands yeux sombres : « Rien n’est facile au départ, mais demain sera meilleur. Quand j’aurai mes papiers de réfugié, j’irai à Paris ! »

Première étape : rédiger son histoire

Chaque après-midi, dans ce local proche de la gare de la Part-Dieu, les bénévoles de l’Accueil des demandeurs d’asile (Ada) du Secours Catholique écoutent les récits de ces réfugiés. On en compte 1 200 nouveaux chaque année. Des Africains, des Russes, et de plus en plus d’Albanais et de Kosovars.

Ces jeunes hommes – pour la plupart – ont tout quitté pour sauver leur vie et gagner la France. « Ils sont orientés vers nous par le forum Réfugiés, qui ouvre leur dossier de demande d’asile et leurs droits, explique Claire Deffontaines, chargée de projet sur la question des migrants. Ici, ils trouvent des réponses à leurs besoins matériels et sont suivis dans leur procédure auprès de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). »

Beaucoup viennent tous les jours. Les bénévoles les aident à rédiger leur histoire, élément indispensable pour espérer convaincre les fonctionnaires de l’Ofpra, dont ils attendent et redoutent en même temps la convocation.

« Ils arrivent à la fois épuisés par leur fuite et heureux, mais leurs illusions s’évanouissent vite », regrette Claire Deffontaines. Car la procédure peut durer un ou deux ans. Célibataires, ils ne sont pas prioritaires pour un hébergement. Khatchik, Russe de 40 ans au visage émacié, dort avec un ami dans une voiture prêtée par un habitant de Villeurbanne. En Russie, sa famille, venue d’Arménie, a été dispersée après leur agression par des skinheads, qui a coûté la vie à sa mère. Khatchik tremble : « Je ne sais pas si ma femme et ma fille ont pu partir. » Et il ajoute, en réajustant sa casquette noire : « Ici, je n’ai rien d’autre que mes rêves. »

Lutter contre la solitude et le désœuvrement

Pour la réouverture de l’accueil après Noël, l’équipe a été renforcée. Car depuis quelques mois, les 35 bénévoles et 3 salariés ont du mal à faire face au nombre des demandes. « Je suis soulagée que nous soyons maintenant dans de nouveaux locaux plus vastes, déclare Véronique Guyard, présidente de la délégation du Secours Catholique du Rhône. On peut s’asseoir, prendre un café… »

En l’espace de deux heures et demie, l’affluence culmine parfois à 150 personnes : un défi pour l’Ada, dont la vocation est d’offrir un accompagnement humain, personnel et axé sur les personnes les plus fragiles. Pour cela, les bénévoles organisent des ateliers : cours de français, couture, expression artistique, équipe de football…

« Cela nous a permis de mieux nous connaître. Les demandeurs d’asile souffrent de solitude et de désœuvrement », constate Lucile Froitier, étudiante en philosophie. L’an dernier, cette bénévole a vu les liens se resserrer entre ces hommes autrefois étrangers.

Farès sourit. Il est devenu l’entraîneur de l’équipe de football. « Notre premier match avait rassemblé 53 joueurs ! On est devenus une famille. On se fait plaisir, on décompresse, on oublie un peu. » « Cela nous redonne de l’espoir », ajoute Omar, un géant de 19 ans qui a fui la Guinée-Bissau dans les cales d’un bateau en partance pour Marseille. Il vient de souhaiter à chacun une bonne année : « Santé, prospérité et beaucoup d’affection ! »

Marc, 49 ans, observe la scène, tenant à la main un dessin : une maison et un bonhomme de neige au feutre violet. C’est une petite fille russe qui le lui a offert. Comme Lucile, il consacre du temps aux demandeurs d’asile en dehors de son travail. « Je suis marqué par leur solidarité et par leur dignité. Ils acceptent à regret notre aide, parce qu’ils sont souvent instruits – il y a des journalistes, des artistes, des architectes, des ingénieurs… – et ils voudraient travailler. »

« Plus rien ne m’attend en Afrique, ma vie est ici », assure ce Congolais, militant d’un groupe politico-religieux interdit en République démocratique du Congo, évadé de sa prison. Pour l’instant, il lui faut attendre les suites de son recours, formé en fin d’année après une réponse négative de l’Ofpra.

Adrien Bail


© Xavier Schwebel/Secours Catholique
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