Mali : un potentiel présent pour nourrir toute la population

Publié le 28/05/2014
Mali
 

Martin Koné est responsable de Caritas Bamako, au Mali, depuis 21 ans. Pauvreté, sécheresse, dégradation des ressources naturelles : voilà les défis auxquels Caritas fait face.

L’agriculture occupe 85 % de la population, et pourtant un tiers de la population malienne souffre de la faim. Comment expliquer ce paradoxe ?

Le secteur agricole du Mali est constitué presque exclusivement de petites exploitations agricoles familiales qui produisent des céréales. Or les agriculteurs sont confrontés à l’appauvrissement des terres et aux aléas climatiques : depuis plus de trente ans, les pluies se raréfient et deviennent irrégulières. Deux années sur trois, le pays est touché par la sécheresse. Les rendements deviennent de plus en plus faibles. La production n’arrive pas à couvrir les besoins de toute l’année. Sur les 12 mois de l’année, seuls 9 sont couverts : la récolte se fait en décembre/janvier, et déjà au mois de juin, les stocks sont presque épuisés.

Or l’agriculture est très importante pour se nourrir mais aussi pour avoir des revenus pour la scolarisation des enfants, les vêtements, les soins de santé… Ces dernières années, la production céréalière malienne s’est intensifiée, mais cela ne suffit pas à réduire la pauvreté. Dès qu’on s’approche de la période de soudure (période de pénurie entre deux récoltes, NDLR), les prix montent en flèche. Jusqu’à maintenant, l’État n’avait pas mis en place de réelles politiques contre la spéculation, il n’y avait pas de régulation des prix.

Le gouvernement actuel a développé un programme national pour la sécurité alimentaire afin de réguler les prix et de constituer des stocks de sécurité dans les zones les plus soumises aux aléas climatiques. Une loi d’orientation agricole a été votée, mais il faut maintenant veiller à ce qu’elle soit appliquée. Il faut également régler les questions liées au droit foncier, et ainsi éviter que les riches s’accaparent toutes les terres. De plus en plus, on constate que dans les villages, on exproprie les plus pauvres contre de l’argent. Il faut que les politiques de développement tiennent compte de cet état de fait.

Quels programmes Caritas met-elle en œuvre pour soutenir les agriculteurs ?

Depuis 2000, Caritas en particulier développe des programmes qui combinent plusieurs approches : la réalisation de micro-barrages qui permettent d’alimenter la nappe phréatique et de créer des potentialités pour l’agriculture mais aussi le maraichage ; l’accompagnement des populations dans l’agriculture durable avec des méthodes améliorant les rendements et préservant l’environnement ; la mise en place de banques de céréales pour gérer les stocks et lutter contre la spéculation des commerçants et la professionnalisation des agriculteurs pour qu’ils connaissent leur cycle de production, et s’organisent en coopératives.

Grâce à cette diversité d’actions, dans le diocèse de Bamako, la production qui couvrait les besoins durant 9 mois de l’année est passée à 10 mois. Le rendement atteint 1 à 2 tonnes l’hectare, contre 0,6 tonne avant.

Le Mali a-t-il assez de ressources pour pouvoir être auto-suffisant et dégager des revenus de l’exportation ?

Le pays a assez de potentiel en matière d’agriculture et d’élevage : on peut produire suffisamment pour satisfaire l’alimentation et avoir des excédents à exporter vers les pays voisins. Le sud est traversé par le fleuve Niger, le pays regorge de bas fonds qui peuvent être exploités grâce à des barrages pour favoriser la rétention d’eau dans le sol. Il est aussi possible de faire de la pisciculture : nous venons de réaliser un barrage qui a permis aux populations d’augmenter la superficie en maraichage, et nous avons aménagé des étangs piscicoles. C’est possible dans plusieurs localités du pays.

Marina Bellot
Crédits photos: © Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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