Maroc : accompagner les migrants

Publié le 28/10/2013
Maroc
 

Un des passages obligés sur la route de l’Europe, le Maroc voit sa population migrante se sédentariser et croître. Pour atténuer la précarité de ces migrants, Caritas Maroc a ouvert des centres dans les villes où ils se sont regroupés.

Combien ont échoué en Libye, en Tunisie ou au Maroc espérant un jour terminer leur voyage en Norvège, en Grande-Bretagne ou en France ? Au Maroc, le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem) estimait en 2007 qu’il y avait au moins 6 500 étrangers en situation irrégulière dans le pays ; hommes, femmes et enfants qui, faute de pouvoir prendre un bateau pour les îles Canaries ou sauter par dessus la triple clôture des enclaves espagnoles de Ceuta ou de Melilla, se résignent à s’installer en terre marocaine.

600 dirhams

Ces dernières années, est apparue une concentration d’étrangers dans certains quartiers de Rabat, Tanger et Casablanca, souvent contraints à vivre dans la marginalité et la précarité.

« Les migrants se logent dans des quartiers très populaires, souvent dangereux, où ils se répartissent par nationalité, explique Pierre-Marie Espagnet, chargée de projets au Centre d’accueil des migrants de Rabat. Ils vivent ainsi, dans des pièces qui ne font parfois pas plus de 10 m² et qu’ils louent 600 dirhams (60 euros). Souvent, ces logements sont insalubres et humides à cause de la proximité de l’océan. Dans ces quartiers, le taux de tuberculose et de maladies respiratoires y est particulièrement élevé. »

Étrangers, ils n’ont pas le droit de travailler, et porter plainte contre les attaques racistes dont ils font l’objet serait une manière de dénoncer leur situation illégale. S’ils peuvent avoir accès gratuitement aux soins de première nécessité, les soins secondaires et tertiaires leur sont difficilement accessibles.

« Humaniste »

Début septembre, le Conseil national (marocain) des droits de l’homme (CNDH) a décrit le sort de ces migrants et les atteintes portées à leurs droits. Le roi Mohammed VI en été ému et a demandé à son gouvernement de traiter de manière plus « humaniste » ces migrants installés sur son sol. Car jusqu’ici, les conditions d’arrestations pouvaient être contraires au respect des droits.

Les migrants en situation irrégulière sont-ils reconduits dans leur pays ? Chloé Faouzi, coordinatrice nationale du projet migrants à Caritas Maroc, estime que « le retour des migrants est bloqué ; les routes sahélo-sahariennes sont devenues dangereuses et le budget de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM, qui aide à la réinstallation les personnes exilées, ndlr) est actuellement insuffisant ».

Droits des migrants

À Rabat, Tanger et Casablanca, Caritas Maroc a ouvert des centres [1] d’une part pour apporter un accompagnement fraternel à ces personnes seules ou en famille et d’autre part pour que les droits des migrants, quels qu’ils soient, soient reconnus et respectés.

Le Centre d’accueil des migrants (CAM) de Rabat est le plus ancien. Ouvert en 2005 pour apporter des réponses sociales, de santé, d’éducation et de support psycho-social aux difficultés que rencontrent ces populations, il a depuis tissé un réseau de partenaires qui œuvrent pour une synergie (l’épaulent dans sa démarche) de sensibilisation aux droits des migrants.

Plus récents, le Service accueil migrantes (le SAM), ouvert en 2008, de Casablanca réserve en priorité son aide aux femmes et aux enfants, tandis que le Tanger accueil migrants (le TAM) fait participer depuis deux ans les migrants à l’amélioration de leur quotidien, notamment à travers des ateliers de fabrication d’objets recyclés.

Deux à trois mille migrants sont ainsi accompagnés chaque année à travers ces trois centres. L’objectif des années à venir ? « Renforcer ces trois structures, répond Chloé Faouzi, et surtout favoriser l’intégration des migrants dans les services de droit commun : santé, éducation, formation professionnelle... Nous contribuons ainsi, modestement, à une nouvelle approche de l’immigration que le Maroc cherche à instaurer. »

Notes:

[1] Avec le soutien financier de l’Union européenne et de la Coopération suisse.

Jacques Duffaut
© Sletten Ola/Panapress/Maxppp
Deux femmes discutent
Plus d'informations
Migrants
# sur le même thème