Mgr Pontier : « Je suis choqué par les propos de haine envers les Roms »

Publié le 08/07/2013
France
 

Succédant à Mgr André Vingt-Trois, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, a pris ses fonctions de président de la Conférence des évêques de France (CEF) lundi 1er juillet. Lors de sa première intervention publique vendredi 5 juillet, il a rappelé l’importance de l’accueil des plus démunis, notamment les personnes en situation de précarité et les Roms.

En mars dernier, le Secours Catholique déclarait que la situation des Roms en France relevait d’une « catastrophe humanitaire ». Vous-même à Marseille, vous alertez régulièrement sur les difficultés de ces populations. Est-ce un combat que vous comptez continuer d’investir ?

Il est évident que les vice-présidents et moi-même aurons une oreille attentive envers la situation des Roms en France. Cette problématique nécessite des paroles fortes. Récemment dans mon diocèse, j’ai été choqué par des propos de haine proférés à l’encontre de Roms de Marseille. Bien sûr, les politiques en ont eu, mais c’est surtout ceux venant d’habitants, catholiques mêmes parfois, qui m’ont choqué !

Ensuite, j’ai relu les slogans criés aux rapatriés d’Algérie, en 1962 : c’était les mêmes. Il y a dans l’homme, un mépris du drame que vit l’autre qui est abyssal. C’est pourquoi la Conférence des évêques s’est déjà exprimée de nombreuses fois sur l’urgence d’accueillir ces populations en frères et nous continuerons à affirmer cette position [1].

Au-delà de la question des Roms, il y a celle des migrants. Lundi 8 juillet, le pape François a rendu visite aux personnes arrivées clandestinement à Lampedusa, en Italie. Est-ce un signe fort à vos yeux ?

Je serais volontiers allé avec lui ! Ce genre de geste dit beaucoup. Dans un contexte de migrations douloureuses, cet acte est bien plus parlant qu’une déclaration.

En France, la précarité est grandissante et l’accueil des personnes en situation de pauvreté n’est pas toujours une réalité dans les paroisses. Ces trois dernières années, la démarche Diaconia a mobilisé l’Église catholique sur cet enjeu. Quelles suites comptez-vous lui donner ?

Diaconia a été une expérience forte pour nos églises diocésaines. Lors du rassemblement national à Lourdes, en mai dernier, nous avons eu des temps de partage avec des personnes en précarité, pas seulement autour du social mais aussi – et surtout – autour de la foi.

La vie de fraternité vécue lors de cet événement a marqué. Les personnes en précarité ont été écoutées, elles ont pu prendre la parole et s’exprimer sur tout. Il faut maintenant faire perdurer cet élan dans nos vies diocésaines.

Lors de la prochaine assemblée plénière de la Conférence des évêques, en novembre, nous prévoyons une séance de travail sur ce sujet. Il a été fait le choix de ne pas renouveler une structure nationale, comme ce fut le cas pendant les trois années précédentes, mais d’inciter à une prise en compte d’un large accueil au niveau local, dans les diocèses. À Marseille par exemple, nous nous sommes déjà réunis une fois pour imaginer les suites à donner à Diaconia.

Notes:

[1] Entre autres, en septembre dernier, le Conseil permanent de la CEF avait fait une déclaration portant spécifiquement sur l’urgence de « sortir les Roms de la marginalité ».

Sophie Lebrun
© Diocèse de Marseille
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