Mobilité : « Sans transport, les personnes sont enfermées dans un territoire »

Publié le 08/04/2015
France
Mobilité : « Sans transport, les personnes sont enfermées dans un territoire »
 

Depuis février, le Secours Catholique-Caritas France mène une enquête sur la mobilité des personnes en précarité. Une problématique que connaît bien Martine Sautet, responsable d’une équipe à Mondoubleau, dans le Loir-et-Cher.

En quoi la mobilité dans les zones rurales est-elle fondamentale ?

Tant qu’on n’y est pas confronté, on a du mal à se rendre compte combien la mobilité dans les zones rurales est indispensable à toute insertion dans la société. Sans possibilité de bouger, les personnes sont enfermées dans un territoire et isolées par rapport au reste des citoyens.

Les expériences que l’on a avec les personnes en situation de précarité dont les droits tels que Pôle Emploi sont annulés pour absence aux rendez-vous sont nombreuses. Mais cela va plus loin : nous arrivons à financer des séjours au centre de loisirs voisin pour les enfants des familles suivies par le Secours Catholique ; mais il se trouve en dehors de la commune… Chaque année, nous devons rivaliser d’ingéniosité pour mettre en place des transports avec des bénévoles du Secours Catholique matin et soir pour que les enfants dont les mamans ne travaillent pas puissent quand même profiter des vacances.

Quelles aides à la mobilité avez-vous mis en place à Mondoubleau ?

Il y a 6 ans, la municipalité a mis à disposition des associations un véhicule publicitaire financé par les commerçants de la commune. Nous sommes un village de 1 600 habitants, avec 16 petites communes rurales autour. Les villes, Vendôme ou Blois, sont à 40 et 60 km et toutes les administrations comme la Caf ou Pôle Emploi y ont leurs locaux, les hôpitaux aussi, ainsi que les tribunaux. Nous sommes éloignés de tout, et cette voiture était une grande aide.

Nous contactions la mairie pour l’emprunter. Ainsi, nous pouvions compter dessus en cas d’urgence : un rdv auprès d’une administration ou d’un médecin pour les personnes que l’on accompagne. Psychologiquement, c’était un signe de l’engagement de la commune à nos côtés pour soutenir les plus faibles habitants du coin.

Malheureusement, la nouvelle municipalité n’a pas rendu pérenne ce service. Une trentaine d’habitants, notamment des personnes âgées, ou touchées par un handicap moteur ou psychologique, y avaient recours.

Y a-t-il d’autres moyens de transports ?

Un bus fait la liaison entre Mondoubleau, Blois et Vendôme : il part chaque matin à 6h30 et revient à 19h30. Mais les personnes que nous accompagnons ne peuvent pas rester toute la journée à attendre. Le Conseil général a mis en place un programme de transport à la demande appelé “Route 41”. En appelant un numéro de téléphone, on peut obtenir qu’un bus passe nous prendre à notre domicile. Mais ce service ne fonctionne que le vendredi matin, jour de marché à Vendôme. Nous avons essayé d’entrer en contact avec le personnel de Pole Emploi et des Caf afin que les personnes en mobilité réduite puissent avoir des entretiens ce jour-là spécifiquement mais notre appel n’a pas été entendu.

Quelles solutions envisagez-vous aujourd’hui ?

Nous aimerions beaucoup pouvoir étendre le transport à la demande proposé dans le département voisin, en Eure-et-Loir, qui est valable tous les jours. Nous essayons aussi de prendre les bonnes idées qui se développent grâce à internet. Par exemple, nous voudrions amener les collectivités locales à développer “AutoStop solidarité” une plate-forme de mise en relation des automobilistes avec les personnes en précarité en besoin en utilisant la géolocalisation.

 

Une enquête nationale

Depuis février et jusqu’à l’été, les délégations du Secours Catholique sont invitées à mener une enquête auprès des personnes qu’elles accompagnent pour comprendre les problèmes rencontrés face à la mobilité. « Se déplacer c’est essentiel pour vivre et cela nous concerne tous, explique Guillaume Almeras, du département Plateforme Emploi-Économie Solidaire. Or aujourd’hui, de nombreuses personnes que nous suivons rencontrent des difficultés pour leurs déplacements au quotidien parce qu’il n’y pas de transports publics, parce que l’essence coûte cher, parce que c’est difficile de passer son permis, parce qu’on n’a plus son assurance auto et le contrôle technique n’est plus à jour… »

Pour mieux connaître les enjeux de la mobilité, les équipes locales ainsi que toute personne touchée par cette problématique sont appelées à donner la parole aux personnes concernées. Les résultats de cette enquête enrichiront le rapport statistique annuel du Secours Catholique.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Yann Castanier l hanslucas.com / Secours Catholiqe
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