Monde rural : une halte à Chauffailles

Publié le 05/11/2014
Saône-et-Loire
André en halte à Chauffailles
 

Les petits lieux de vie du Secours Catholique émaillent le territoire rural français. Ces haltes offrent un répit aux hommes qui sont contraints à l’errance. Exemple à Chauffailles, en Saône-et-Loire.

« Je suis content, le matin au réveil, d’avoir dormi dans un lit et de boire un café chaud », confie André, 52 ans, en ce matin embrumé d’octobre. La veille de son arrivée à la halte rurale de Chauffailles, il a dormi emmitouflé dans son duvet sur le boulodrome de cette petite commune de Saône-et-Loire. Ce vendredi commencent pour lui trois jours de répit avant de reprendre la route. « Je marche beaucoup. Ça fait vingt et un ans que je marche. »

“Halte rurale”, “petit lieu de vie” : ces noms désignent les abris proposés aux personnes à la rue par 28 délégations du Secours Catholique. En France, 176 lits sont ainsi disponibles chaque jour. À Chauffailles, les bénévoles appellent leur halte “l’accueil de nuit”, bien que les résidents y demeurent aussi en journée. Elle est d’ailleurs occupée tous les jours de l’année, à l’exception des deux mois d’été.

Moyenne d’âge : 42 ans

« Les accueils de nuit sont gérés par le 115, explique Christelle Latrasse, animatrice à la délégation de Bourgogne. Le séjour est limité à trois ou quatre jours par mois. Il en existe sept dans la région : à Charolles, La Clayette, Paray-le-Monial… »

Cécile est responsable de l’accueil de nuit de Chauffailles. Entourée d’une vingtaine de bénévoles, cette ancienne conseillère municipale est aujourd’hui membre du CCAS de la ville. « La moyenne d’âge des personnes accueillies, observe-t-elle, est de 42 ans, mais cette année nous avons reçu deux septuagénaires. En 2012, nous avons hébergé une cinquantaine de personnes dont trois femmes et deux couples. Ce sont souvent des gens cabossés par la vie, en rupture familiale. La plupart sont français. Depuis que je me suis engagée, en 2008, j’ai découvert un monde de pauvreté de tous ordres : matériel, financier, moral. Et en même temps, un monde d’une grande richesse. »

Les bénévoles assurent tour à tour une permanence deux semaines par an. Ils reçoivent les arrivants et s’assurent qu’ils ne manqueront de rien. Lorsqu’ils sentent chez eux le besoin de parler, ils prennent le temps d’écouter et d’échanger. Des repas conviviaux sont organisés et tous sont invités à venir le partager.

Serviettes, draps et couvertures, nourriture, tout est fourni gratuitement. L’appartement de Chauffailles a récemment été refait à neuf. Les routards adressés par le 115 occupent une chambre avec des lits jumeaux. L’équipement est simple : dans le salon, un canapé, un poste de télévision ; dans la cuisine, un réchaud et le réfrigérateur contenant le nécessaire. La clé est confiée aux occupants, qui la glissent dans la boîte aux lettres en partant. « On leur fait confiance et en général tout se passe bien, ils laissent les lieux en bon état », constate René, un bénévole de l’équipe.

« Je vis au jour le jour »

Durant ce long week-end, c’est Pierre, 21 ans, qui va partager l’appartement avec André. Ils se sont déjà croisés mais ne se connaissent pas vraiment. Pierre arpente les routes de ce département où il a vécu enfant. Trois nuits ici, trois nuits là. Quand il a épuisé tous les accueils, il va frapper chez des amis.

« Ici, dit-il, c’est pratique et gratuit. C’est important parce que je n’ai aucune ressource. Je n’ai pas encore l’âge de toucher le RSA. J’ai fait les vendanges à Bordeaux mais c’est fini pour cette année. Je marche tout le temps. J’ai mal partout. Je vis la galère. Je vis au jour le jour. Je ne vois plus ma famille, ni la mère de mon fils qui a un an. J’ai un CAP de charcutier-traiteur, j’ai été saucier dans un restaurant mais je ne trouve plus de travail. Je suis tombé un moment dans la petite délinquance, j’ai fait deux mois de prison mais il faut que ça change. Si je trouve du boulot, j’y vais direct. »

André a été marié. Il a deux enfants et deux petits-enfants. L’un de ses fils, lieutenant dans l’armée, est actuellement en Irak. André a trois CAP et n’hésite pas à chercher du travail là où il passe. « C’est souvent au black, mais quand j’ai un peu d’argent, je m’achète de la nourriture, ce qui me fait plaisir. Et je sais cuisiner ! » André a connu plusieurs fois la prison. En liberté conditionnelle, lundi il reprendra la route de Roanne pour aller pointer.

Pierre et André céderont leur place lundi matin de bonne heure. Durant ces journées au chaud et au sec, ils se seront reposés. Ils reprendront séparément la route en sachant qu’ils ne sont pas tout à fait seuls au monde et qu’ils pourront revenir le mois prochain.

 

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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