Mongolie : auprès des nomades sédentarisés

Publié le 16/01/2014
Mongolie
Mongolie : auprès des nomades sédentarisés
 

Missionnaire né il y a quarante-huit ans à Bukavu (République démocratique du Congo), le père Pierrot Kasemuana vit depuis dix-huit ans en Mongolie où il dirige aujourd’hui la Caritas nationale

Comment vous, prêtre africain, avez-vous été reçu dans ce pays bouddhiste d’Asie ?

Quand je suis arrivé en Mongolie en 1995, le pays venait de s’ouvrir au monde après la chute de l’URSS. Il n’y avait aucune église et les seuls chrétiens étaient des étrangers venus travailler dans les mines. La majorité des 2,8 millions de Mongols sont des bouddhistes tibétains qui ne parlent pas d’autre langue que le mongol et un peu le mandarin. Il m’a fallu apprendre rapidement leur langue. J’ai été ordonné prêtre par le nonce apostolique basé à Séoul, ce qui faisait de moi le premier prêtre ordonné en Mongolie.

La population m’a bien reçu. Les gens étaient curieux. L’accueil de l’étranger est assez proche de celui des Congolais, une hospitalité à l’africaine. C’est une société basée sur les valeurs de la famille. Avec cependant la montée d’un certain nationalisme, dont je n’ai personnellement pas souffert.

Comment définiriez-vous la société mongole ?

La population mongole est un mélange de sédentaires et de nomades. Presque 60 % des Mongols vivent à Oulan-Bator, la capitale, en grande partie dans des yourtes en banlieue de la ville. Ils sont arrivés là après les graves difficultés qu’ont connues les campagnes ces dernières années, avec des sécheresses et de grands froids qui ont décimé le cheptel. Ils sont arrivés massivement, ce qui a créé les bidonvilles et des maux comme le chômage, l’alcoolisme, les violences domestiques. Le gouvernement donne l’impression de ne pas bien contrôler la situation.

Comment s’est implantée la Caritas nationale et quelles sont ses activités ?

Après avoir été prêtre de la paroisse Saints-Pierre-et-Paul d’Oulan-Bator puis « provincial » de la province sino-mongole pendant six ans, on m’a confié la responsabilité de mettre sur pied la Caritas Mongolie. Cela intervenait après la situation d’urgence qu’avait connue le pays lors de l’hiver 2000 et qui avait duré plusieurs mois.

Tous les animaux étaient morts de froid. La Caritas a appelé à la solidarité. Ce travail a été organisé par le prêtre qui m’a succédé à la paroisse. J’ai, par la suite, structuré la Caritas. Au début, nous étions concentrés sur deux programmes : la traite des êtres humains (de nombreuses jeunes filles partent, via des réseaux mafieux, se prostituer en Chine, en Corée du Sud, en Malaisie et en Europe) et l’agriculture.

Ensuite, nous avons ouvert des programmes d’apprentissage de la couture et de la cuisine. Puis nous avons mis en place un programme de sécurité alimentaire reposant sur la construction de serres (il y en a plus de 400 aujourd’hui) sous lesquelles on cultive des légumes, impossibles à faire pousser à l’extérieur, où l’air est trop froid, malgré un taux d’ensoleillement de 90 % par an. Nous envisageons à présent de construire des serres familiales. À terme, nous voudrions créer des coopératives agricoles dans le désert de Gobi, ce qui serait un prolongement logique de notre politique de sécurité alimentaire.

Jacques Duffaut
Crédit Photo : © Patrick Delapierre/Secours Catholique-Caritas France
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